Alès-Cévennes
Publié il y a 22 jours - Mise à jour le 17.01.2023 - Propos recueillis par François Desmeures - 4 min  - vu 917 fois

FAIT DU SOIR La sous-préfète Saadia Tamelikecht fait ses adieux à l'arrondissement du Vigan : "Ici, la différence n'induit pas la discrimination"

La salle du Cantou s'est remplie pour saluer Saadia Tamelikecht

- (photo François Desmeures)

Débarquée fin février 2021 à la sous-préfecture du Vigan, Saadia Tamelikecht aurait pu en partir il y a six mois. Elle a choisi de rester quelque temps afin d'aller au bout de ce qu'elle voulait. Ce lundi en fin d'après-midi, une réception lui a permis de saluer les personnalités avec lesquelles elle a été amenée à travailler. Elle quittera ses fonctions pour devenir directrice de cabinet du préfet du Doubs, sans remplaçant pour l'instant. Entretien. 

La préfète, Marie-Françoise Lecaillon, a notament remis à Saadia Tamelikecht la médaille de la préfecture • (photo François Desmeures)

Objectif Gard : Vous êtes arrivée en février 2021 à la sous-préfecture du Vigan, dans un département que vous disiez " inconnu". Avez-vous eu le temps de le connaître ?

Saadia Tamelikecht : Le département, non. Mon arrondissement, oui. Je n'avais pas de préjugés mais je m'attendais à ce que l'ingéniosité soit la première des ressources. J'y ai découvert une intelligence de situation, de compréhension du système, dans un territoire extrêmement complexe. J'ai rencontré des gens des plus efficaces parmi les élus, les entrepreneurs. J'ai rencontré des paysans, au sens de gens qui cultivent leur pays. 

"Les paysans d'ici ne désespèrent jamais"

En quoi trouvez-vous le territoire complexe ?

C'est un territoire très contraint. Les paysans d'ici ne se désespèrent jamais, alors que c'est une des terres qui rend le moins ce qu'on y a investi.  L'ingéniosité y est pour quelque chose : au moment où je suis arrivée, c'était la sortie du covid et le moment où émergeaient des dispositifs de gouvernance et des projets qui étaient nouveaux. Ce que j'ai vu ici, c'est que les gens se sont appropriés ces outils rapidement. Ils se sont saisis de l'occasion pour donner un nouvel élan au territoire. Ils ont su s'approprier des offres d'ingénierie de la préfecture pour effectuer des demandes, établir des projets. 

Vous êtes issue du monde de la culture, Francilienne, ne craigniez-vous pas l'accueil qu'aurait pu vous réserver les gens d'ici ?

Mon poste précédent était francilien, mais j'ai parcouru la France. J'ai eu l'occasion de travailler dans des endroits ruraux, au début de ma carrière, où je m'étais fait rouler...

"Les gens d'ici savent défendre un sujet, argumenter et obtenir"

Si vous deviez garder une découverte faite sur ce territoire ?

L'agriculture, ou plutôt l'élevage. Je sais évidemment ce qu'est un troupeau de moutons. Mais, savoir ça, n'a rien à voir avec le détail du travail d'éleveur. On est face à des gens passionnés par ce qu'ils font. Comme quelqu'un comme Marc Delpuech de Sumène, qui est un grand maître de l'histoire des moutons. Les gens d'ici savent défendre un sujet, argumenter et obtenir. Pour moi, c'est le contraire d'un ''réboussier''. 

Le sous-préfet d'Alès, Jean Rampon (appuyé sur les chaises) avait également fait le déplacement pour saluer son homologue • (photo François Desmeures)

Y a-t-il un aspect du territoire auquel vous ne vous attendiez pas ?

Les conséquences de la fraternité. C'est un territoire de refuge, ça sous-entend qu'ici, la différence n'induit pas la discrimination. Cette fraternité donne beaucoup de choses. Elle fait aussi que beaucoup de gens viennent se ressourcer ou chercher un regard de l'autre qui leur permet d'innover. 

"Pas particulièrement contente de partir"

Votre action ici vous laissera-t-elle des regrets ?

Non, j'ai été comblée par ce que j'ai vu, ce à quoi j'ai participé. Je n'ai pas de regrets, si ce n'est de ne pas avoir fait plus. Je ne suis pas particulièrement contente de partir, même si le poste qui m'attend est très intéressant. Mais j'ai déjà repoussé de six mois. 

Comment voyez-vous l'avenir du territoire comme l'arrondissement du Vigan, entre des sécheresses qui augmentent, difficultés agricoles et un prix du foncier appelé à augmenter ?

Le territoire va être confronté aux difficultés que connaissent les territoires façonnés par les gens qui l'habitent, et ne se laissent pas facilement façonner. Aujourd'hui, par exemple, les milieux se referment et présentent un danger en matière d'incendie. Il faut aussi inventer la paysannerie de demain. En matière de tourisme, dès que l'idée de villégiature s'est mise en place pour tous, on cherchait des paysages, de l'air pour sortir des villes. Cette ère des villes pas très bonnes pour la santé est loin d'être éteinte. Mais les transformations se font sur des décennies. Il y a aussi une présence de la silver économy (*) mais il n'y a pas que ça. Et puis, c'est un territoire qui s'est relevé de situations précédentes. L'enjeu est aussi de voir comment on fait pour ne pas vivre dans une réserve d'Indiens, sous perfusion extérieure. La ressource des gens est la raison. 

Qu'emporterez-vous du territoire dans vos bagages ?

Que des bons souvenirs, une expérience humaine au-delà de ce à quoi je m'attendais, une tendresse... Je verrai à mon deuxième poste si tout ceci tient à l'effet premier poste (sourire). Je n'ai vu que des gens qui m'ont fait partager leur enthousiasme. 

Et qu'est-ce qui vous y fera revenir ?

Les paysages, la marche à pied, les éleveurs, les gens... Car, comme dit le proverbe, "à mauvais caractère, bon cœur."

* L'économie autour des services propres aux 3e et 4 âge.

Saadia Tamelikecht deviendra, ce lundi, directrice de cabinet du préfet du Doubs • (photo François Desmeures)

Belle affluence à la salle du Cantou pour le départ de la sous-préfète

Principalement des maires, mais aussi des agriculteurs, des chefs d'entreprise, des agents des services publics, ainsi que la préfète du Gard, Marie-Françoise Lecaillon, et le sous-préfet d'Alès, Jean Rampon, sont venus saluer Saadia Tamelikecht à la salle du Cantou, ce lundi en fin d'après-midi. Dans ce territoire "où le grand écart entre la ville et la campagne s'exprime pleinement", la préfète du Gard a souligné l'action de sa collaboratrice viganaise, ses 13 maisons France services ouvertes, son rôle logistique lors de l'épisode du double assassinat des Plantiers. Un triste évènement auquel Saadia Tamelikecht a fait référence - en saluant au passage le maire Bernard Mounier, également présent - comme un épisode qui prouvait encore la grande tolérance des Cévenols, alors que celui qui allait commettre l'irréparable commençait à dériver, sans que ceci fasse l'objet d'un signalement. Marie-Françoise Lecaillon s'est finalement dit convaincue que Saadia Tamelikecht n'oublierait pas "Le Vigan, ses élus et son territoire".

Propos recueillis par François Desmeures

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