Cinq heures par page. Le deuxième tome de "Madness Oni" en compte 180. Un travail colossal. Une fois encore, Yacine Kahlerras, 30 ans, a mis toute son exigence au service d’un univers foisonnant, patiemment couché sur le papier. Depuis le tome 1, sorti en décembre 2023, la technique a évolué, autant sur le plan de la narration que du dessin qu'il réalise désormais exclusivement sur une tablette graphique. Ce sont les détails qui l’animent, même les plus discrets, ceux qui donnent à son trait une singularité. Autodidacte, il a fait de la lecture sa seule école. Les références sont nombreuses, toujours des mangas, la bande dessinée franco-belge, très peu pour lui. Il juge le format trop court, les bulles trop limitées. "Le manga lui, offre une plongée plus profonde dans les pensées des personnages, avec une dimension plus personnelle", explique-t-il.
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Le dessin est un refuge, un exutoire, une manière aussi de se livrer, parfois même inconsciemment, à travers ses personnages, en exagérant les traits ou en métamorphosant des difficultés passées en super-pouvoirs. "J’avais des tocs, petit, confie-t-il. Et quand Sony, un des héros, active son pouvoir, il y a tout un rituel avec ses tocs. J’ai transformé quelque chose de handicapant dans la vraie vie en une force dans ce manga." Sony partage l'affiche avec Naomi, rejoints par Malek et Magda, tous les quatre confrontés à des forces sombres.
Yacine raconte aussi sa ville, car encore une fois des sites emblématiques de Beaucaire servent de décor principal, malgré un détour par Nîmes et Uzès : l'abbaye de Saint-Roman - on y retrouve même le bouc qui fut jusqu'en 2021 la mascotte du massif de l'Aiguille -, l'école de la Moulinelle, les Iris, la caserne des pompiers, le centre commercial Carrefour, l'usine Ciments Calcia... La logique est toujours la même : "autant écrire sur ce que je connais." Et ça plaît. Le premier tome de Madness (folie en anglais) Oni (esprit en japonais) a rencontré son public. "On n'est pas à des milliers d'exemplaires vendus, tempère le mangaka, mais je suis très heureux des retours qu'on a pu me faire." Dans la rue, comme lors de conventions ou de salons du livre que le trentenaire fréquente régulièrement pour présenter son travail.
Un voyage au Japon
Une série - le troisième est en cours de préparation, d'autres suivront - jusque-là auto-éditée, qui mêle action, mystère et dimension psychologique, tout en explorant des thèmes comme le deuil, la mémoire et la seconde chance. Il a même tenté de la faire connaître au pays du Soleil-Levant, à l'occasion d'un voyage entre amis. "C'était incroyable même si je ne me verrais pas vivre là-bas. Nous sommes allés à Jimbocho - quartier littéraire Tokyoïte, Ndlr - et j'ai essayé d'entrer dans la maison d'édition Shūeisha, mais on nous a arrêtés au rez-de-chaussée, il fallait avoir un rendez-vous", regrette Yacine, qui n’a ainsi pas pu sortir les trois exemplaires de Madness Oni qu’il avait emportés dans sa sacoche.
Ces deux dernières années, le Beaucairois a jonglé entre sa tablette graphique et les bancs du collège Elsa-Triolet, où il a été surveillant ; a animé des ateliers de dessin notamment au collège Eugène-Vigne et à Nîmes, au Carré d’Art, ainsi qu’à Beaucaire avec Booster 3.0. C’est d’ailleurs dans ces locaux - 16 bis rue Roger Salengro - qu’une rencontre-dédicace sera organisée ce vendredi 3 avril, de 17h30 à 20h, pour le lancement officiel du deuxième tome de Madness Oni. Une autre rencontre est prévue le mercredi 15 avril à la bibliothèque de Beaucaire, à partir de 10h. Yacine Kahlerras participera aussi au Mang'Anîmes les 18 et 19 avril au Parc des Expositions à Nîmes.
Madness Oni, Tome 2
Un mystérieux mercenaire se retrouve sur la route du run sauvage. Magda est sous le choc et Malek est épuisé... Le combat ne fait que commencer mais Sony est déjà gravement blessé. Comment lui et Naomi vont-ils s'en sortir ? L'enquête continue à Beaucaire...
- Madness Oni est disponible sur commande via Instagram sur yacine.kalh ou chez Booster 3.0, 16 bis rue Roger Salengro à Beaucaire.