Elle est à peine visible depuis la route de Beaucaire, en direction de Comps. Mais elle est bien là, érigée sur le pic de l’Aiguille, non loin de l’abbaye de Saint-Roman. Comme l’une des deux précédentes signalées l’an passé, puis retirées. Sauf que cette fois-ci, bien que plus petite, cette croix est en métal et non en bois, solidement ancrée dans la roche. "C’est une atteinte à la laïcité", dénonce Laure Cordelet, présidente de l’ACAAB, qui attribue "cet acte illégal" à un ou plusieurs groupes identitaires. "C’est une démarche politique d’imposer un signe religieux et d’en faire du prosélytisme", poursuit-elle.
La présence de cette croix l'a donc fait réagir sur les réseaux sociaux et son blog, Chroniques citoyennes. "Depuis, j'ai reçu de nombreuses insultes, des menaces de mort..." Laure Cordelet n’exclut pas de déposer plainte. Mais pour l'heure, son combat est ailleurs. La présidente de l'ACAAB a alerté les référents beaucairois de la Libre pensée du Gard, lesquels ont relayé l’information auprès de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) au sujet de l’installation de cette croix.
"La croix exprime symboliquement un 'nous sommes chez nous'"
"Dans la mesure où il s'agit du domaine public, c'est l'article 28 de la loi 1905 (*) qui s'applique. Donc nous avons décidé de solliciter le préfet afin qu'il puisse saisir la justice d'un déféré laïcité. Une procédure plus rapide que si nous saisissions nous-mêmes la justice. Mais s'il ne le fait pas, bien sûr nous agirons", explique Nathalie Tehio, présidente de la LDH. Dans le but que cette croix soit retirée. Et la même d'ajouter : "L’épisode de la crèche dans la mairie de Beaucaire incite des groupuscules identitaires à vouloir manifester que c’est une terre catholique. La croix exprime symboliquement un “nous sommes chez nous”, mais le "nous" est excluant."
Du côté de la Libre Pensée du Gard, "un entretien avec le maire de Comps, Alain Laget, a été demandé", indique sa présidente Marie-Rose Baeza. Interrogé par nos confrères de France 3, le premier édile compsois (**) tempère dans cette interview : "Je pense qu’il y a d’autres problèmes beaucoup plus graves que ça", reconnaissant toutefois qu'il "faut s’en occuper". "Si c’est sur le territoire de Comps, on fera appliquer la loi."
*Article 28 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État : Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions.
** Alain Laget n'a pour l'heure pas répondu aux sollicitations de la rédaction.