Le contexte est multiple. Par décret, et face à la consommation élevée de gaz et de pétrole, le Premier ministre Sébastien Lecornu a souhaité accélérer la production d'électricité dans le pays. L'objectif est de consommer plus d'électricité, que la France possède en quantité abondante. La région PACA consomme environ 6 000 MW, un peu plus l'hiver. Les services de l'État ont réanalysé tous les besoins et ont estimé qu'il fallait amener 4 400 MW supplémentaires dans la région. "Tout ce qui est installé dans la région représente 40 % de ce qu'on consomme", affirme Gilles Odone, délégué RTE Méditerranée.
La création d'un nouvel axe entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent a été engagé en 2023, "en collaboration entre tous les acteurs du territoire", précise RTE. Plusieurs étapes ont déjà été lancées depuis, notamment la concertation publique de février à avril 2024, ainsi que l'instance locale de concertation qui a eu lieu en septembre 2024. "Un certain nombre d'études a été mené par différents cabinets d'experts, pour mieux intégrer l'ensemble des dimensions des milieux naturels, humains et agricoles, ainsi que les activités économiques et touristiques. Ça a permis le tracé d'un fuseau de moindre impact de la ligne", explique Christophe Berassen, directeur du Programme Electrification Fos Berre Provence chez RTE.
Aujourd'hui, l'État a engagé l'instruction de la Demande d'Utilité Publique (DUP), déposé ces dernières semaines. Ce qui conduira à l'automne à une enquête publique, et qui pourrait donner lieu à une autorisation en début d'année 2027 puis les mois d'après, jusqu'au démarrage des travaux. "On en est assez loin encore, même si on l'envisage pour 2028".
Quelle trajectoire pour la ligne ?
Le tracé retenu par RTE, à l'issue d'une instance locale de concertation validée le 27 septembre 2024 par le préfet coordonnateur, dessine un fuseau dit "de moindre impact" d'environ 100 mètres de large, 65 km de lignes aériennes, avec 145 pylônes. "Il évite le cœur de la Camargue et sa réserve de biosphère, en ne traversant que la partie nord agricole du parc naturel régional, hors de la zone centrale protégée, soit environ 25 kilomètres du tracé", annonce RTE. La ligne s'insère également sur 12 kilomètres dans le terre-plein central de la RN568, entre Fos-sur-Mer et Arles, mutualisant ainsi un espace déjà artificialisé.
"Côté Gard, le tracé contourne les communes de Fourques, Bellegarde et Beaucaire, reste à l'écart d'Arles et de l'abbaye de Montmajour, et évite Tarascon, avant de rejoindre le poste électrique de Jonquières-Saint-Vincent", souligne le porteur de projet. Selon RTE, aucune habitation ne sera survolée par la nouvelle ligne. RTE met en avant les nouvelles générations de pylônes déployées sur ce type de projet, présentées comme moins impactantes que les modèles historiques de type Beaubourg F44 : moins 28 % d'émissions carbone sur l'ensemble du cycle de vie, et 80 % d'acier recyclé et de béton bas carbone recyclé dans leur fabrication.
Plusieurs dispositifs sont également annoncés pour limiter l'impact sur la biodiversité, notamment sur l'avifaune : spirales anti-collision fixées sur les câbles, balises diurnes et nocturnes à proximité des zones sensibles, et poursuite d'inventaires écologiques "quatre saisons" menés depuis juin 2026 sur l'ensemble du tracé projeté par des écologues spécialisés.
Scénarios alternatifs
C'est l'un des points qui ne manquera pas d'alimenter le débat local. RTE aurait étudié plusieurs scénarios alternatifs à la ligne aérienne, et les a tous écartés. C'est pourtant ce que désireraient les opposants au projet, favorable à un enfouissement total de la ligne. Ils étaient d'ailleurs quelques-uns à s'être réunis, juste avant que RTE n'embarque les journalistes pour la visite.
Un enfouissement partiel sur 6 kilomètres aurait d'abord été envisagé. Techniquement possible, ce scénario impliquerait toutefois, selon RTE, la création de deux nouveaux postes électriques de transition, d'une superficie totale équivalente à sept terrains de football ainsi que l'extension des postes de Jonquières-Saint-Vincent et de Fos-sur-Mer. RTE affirme que cela entraînerait neuf hectares de terres artificialisées, contre zéro hectare supplémentaire pour la solution aérienne, un coût plus élevé, et un retard de mise en service de 2 à 5,5 ans par rapport à la ligne aérienne, initialement prévue pour 2029.
Un enfouissement total des 65 kilomètres en courant continu aurait également été étudié. RTE le juge inadapté. "Coût douze fois supérieur à la solution aérienne (3,6 milliards d'euros), 36 hectares artificialisés, nécessité de trois liaisons à courant continu en parallèle et de deux stations de conversion de six hectares à chaque extrémité, et surtout une mise en service qui ne pourrait intervenir avant 2035, avec six ans de retard", justifie l'entreprise.
Enfin, un enfouissement total en courant alternatif a été écarté pour des raisons plus techniques : au-delà d'une certaine distance, ce type de ligne souterraine perd en capacité de transport et nécessiterait la construction de postes de compensation tous les 25 kilomètres maximum. Coût annoncé : 2,2 milliards d'euros, pour une mise en service également non envisageable avant 2035 et 34 hectares artificialisés. Pour RTE, seule la ligne aérienne permettrait donc de répondre aux besoins électriques du territoire à l'horizon 2030, sur les plans technique, économique et de la sécurité d'exploitation du réseau.
Compensation
Le projet s'accompagne d'un volet indemnisation et accompagnement des territoires que RTE qualifie d'"exceptionnel". Un dispositif spécifique, doté d'environ vingt millions d'euros, doit indemniser les propriétaires de terrains non constructibles survolés, les propriétaires d'habitations et de terrains constructibles, ainsi que les professionnels du tourisme subissant un préjudice économique lié au surplomb de la ligne.
À cela s'ajoutent les dispositifs habituels : indemnités de servitude pour les propriétaires fonciers (environ 2 500 euros par pylône, soit une enveloppe globale de 500 000 euros), et indemnités périodiques pour les exploitants agricoles des terrains surplombés (1 800 euros par pylône sur 9 ans, réévalués chaque année).
RTE annonce également la mise en souterrain d'autres réseaux à hauteur de soixante millions d'euros, un Plan d'accompagnement projet (PAP) de vingt millions d'euros piloté par les préfets du Gard et des Bouches-du-Rhône pour financer des projets de développement économique portés par les collectivités, ainsi qu'une fiscalité locale liée à la taxe sur les pylônes électriques, estimée à 1,2 million d'euros par an pour les communes concernées. Au total, l'ensemble des mesures de compensation et d'accompagnement annoncées par RTE dépasserait les 170 millions d'euros.
Manifestants sur place
Une dizaine de manifestants s'est réunie devant le mini-bus d'RTE pour faire part de leurs arguments. Ils dénoncent d'abord un manque de discussion avec la société : "Ça fait deux ans et demi qu'on souhaite discuter avec RTE", affirme une d'entre elles. "Ils vont vous vendre une notion de compensation, qui est l'élimination de certains poteaux pour installer cette autoroute d'électricité qui est un monstre. Ce qu'on ne veut pas c'est la ligne aérienne, c'est ce qui pose problème", affirme un autre aux journalistes présents. "On n'est pas opposés à la ligne THT, ni à la décarbonation, ni au déplacement industriel à Fos-sur-Mer. On propose des solutions alternatives et constructives", ajoute un dernier.