Publié il y a 1 h - Mise à jour le 28.06.2026 - Stéphanie Marin - 4 min  - vu 81 fois

FAIT DU SOIR Les peupliers du ségonal de Faragon : retour sur les racines d’un héritage familial

Une partie des peupliers plantés dans les années 2000 au ségonal de Faragon à Fourques, a été abattue par La Forestière de Provence. 

- S.Ma

Ces troncs de peupliers qui jonchent le sol au ségonal de Faragon, à Fourques, sur la propriété d’Anne-Marie Dumont, ne passent pas inaperçus auprès des promeneurs, notamment de ceux sensibles aux questions environnementales. Retour sur l’histoire de ces arbres, dont les premières pages ont été écrites par un passionné : Jean Dumont.

"Ces peupliers n'avaient qu'un seul avenir, celui d'être coupés et valorisés." Anne-Marie Dumont, 60 ans, pourrait se contenter de ces quelques mots. Une coupe sèche certes, mais il s'agit de sa propriété après tout. Ces propos nous appartiennent car la Fourquésienne souhaite aller au-delà, un peu pour répondre aux inquiétudes de certains promeneurs craignant de voir "disparaître une forêt", bien plus pour rendre hommage à son père, Jean, un amoureux des arbres, décédé en 2016 à l'âge de 86 ans.

Dans les années 70-80, le maraîcher, petit-fils de Jules Dumont - à l'origine de la ferme du Rouinet - exploitait des vignes ainsi que les bois attenants situés entre les digues et le Rhône. "Il s'est pris de passion pour ces ségonaux", rapporte sa fille. En lien avec les Papeteries Etienne à Arles, il déboise une parcelle du ségonal dit de Faragon et y replante des peupliers. Après une première coupe, 20 ans plus tard, le surnommé "Piboule", bien connu dans le village, plante à nouveau des peupliers en deux salves, dans les années 2000, sur une surface de trois hectares. "Il y a toujours eu des gens pour l'aider, des Fourquésiens qui lui rendaient service. Autour de ce bois se sont nouées des amitiés", se souvient Anne-Marie.

Jean Dumont. • DR/

Mais en 2009, avec l’arrêt de l’activité des Papeteries Etienne, Jean doit trouver une autre solution pour valoriser ce bois destiné au déroulage pour la fabrication de cagettes. Il n'y a pas urgence, les arbres sont encore trop jeunes, pas assez matures. Et c'est finalement l'une de ses cinq filles, la cadette, Anne-Marie donc, qui reprendra ce dossier. Après avoir exercé comme costumière à l’opéra d’Avignon, elle se tourne vers l’agriculture en 1991 en reprenant la ferme, avant de créer avec son mari la première Amap du Gard à Fourques (*). "Ça correspondait au moment où mon père partait à la retraite. À partir de là, il a vraiment consacré son temps et sa vie à ses arbres. La forêt a été sa maison de retraite, son univers, son refuge", confie la sexagénaire. Il aimait contempler la nature mais travaillait dur aussi pour entretenir les lieux. Un entretien qui incombe désormais à sa fille, "mais pas du tout avec la même passion et le temps qu'il y passait lui." Elle aurait pu vendre ces terres, ou ne serait-ce que laisser la nature reprendre ses droits. "Au bord du Rhône, ça aurait été vite fait !", commente-t-elle.

>> À relire : FOURQUES. La première Amap du Gard fête ses 20 ans

Anne-Marie a malgré tout décidé de poursuivre l'œuvre de son père et donc de faire couper ces peupliers après avoir obtenu la certification PEFC. "Une personne de l'administration rencontrée lors de cette démarche m'a assuré que ces arbres ne deviendraient jamais centenaires, qu'ils avaient une durée de vie limitée", explique-t-elle. Plusieurs forestiers se sont montrés intéressés par cette peupleraie. "J'ai découvert que l'univers du bois était compliqué, parce qu'il y a des tarifs, un marché, des négociations, et puis je suis une femme...", souffle la Fourquésienne.

Anne-Marie Dumont. • S.Ma

Mais finalement, grâce à un ami menuisier, Anne-Marie a fait affaire avec La Forestière de Provence, une entreprise familiale installée à Carpentras. "On a des racines dans ce secteur-là du Vaucluse, donc sentimentalement, je trouvais qu'il y avait des choses belles, un lien. Et ce forestier, bien sûr qu'il coupe des arbres, qu'il en fait des planches, des cagettes, mais il est amoureux des arbres. Alors j'ai trouvé que c'était une belle entreprise qui pouvait valoriser ce bois, la passion de mon père, d'une très belle façon." Les peupliers les plus anciens, dont certains culminaient à 30 mètres de hauteur, ont été abattus "sans contrainte de saisonnalité". Les plus jeunes seront exploités d’ici une dizaine d’années. Une manœuvre réalisée ce mois de juin avec un robot : "Ça prend trois minutes pour couper l'arbre, lui retirer les branches, les feuillages et le stocker, témoigne fascinée la fille cadette de Jean. Tout est valorisé, les feuillus compris."

Dans le cadre de la certification PEFC, l'exploitante a l'obligation de replanter des arbres "ou du moins de rendre un aspect boisé d'ici cinq ans". Sur les conseils du forestier, Anne-Marie a choisi de laisser se développer les drageons naturels, puis de les sélectionner progressivement afin de favoriser la repousse de nouveaux peupliers. Ce qui nécessitera encore des travaux d'entretien dans les années à venir. "Parfois je ronchonne, mais c'est un bel héritage, c'est une très belle histoire. Tant que je peux, tant que le tracteur de mon papa tient le coup, tant que le broyeur fonctionne et que cela ne me demande pas trop d'investissements, je continuerai. J'en retire beaucoup de joie. Je n'abats pas des arbres juste pour abattre des arbres, si je ne le fais pas, ils vont mourir et ne rendront service à personne. Ce ne serait pas gratifier ce que notre papa nous a transmis. Et du bois, on en a besoin", conclut la Fourquésienne, salariée de BioCoop Camargue mais aussi adjointe au maire en charge de l'agriculture et de l'environnement.

*Khalid Abarki est depuis quatre ans le chef d'exploitation de la Ferme du Rouinet, locataire de Terre de Liens. 

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Stéphanie Marin

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