À l’image des campagnes de la Sécurité routière, la CNR a choisi cette année un ton plus percutant pour sensibiliser tous les publics. L’objectif n’est pas de susciter la peur, mais de rappeler les dangers du fleuve encore parfois méconnus. Pour preuve, ce mercredi, alors que la CNR présentait, aux côtés des services de l'État et de la mairie de Beaucaire, son dispositif renforcé de prévention sur l’île de la Barthelasse - au niveau de la nouvelle passe à poissons - une personne se trouvait les pieds dans l’eau sur la berge opposée pour rafraîchir son chien, à proximité du seuil.
Une situation qui, sans être interdite par la réglementation en vigueur, a alimenté les échanges sur la notion de prise de risque au bord du fleuve, notamment sur ce tronçon du Rhône dit "naturel", entre le barrage de Vallabrègues et le seuil de Beaucaire, fortement utilisé pour des usages de loisirs (aviron, voile, canoë), aussi fréquenté par les pêcheurs. "Elle est dans une zone à fort courant, si le chien tire, elle part. Même si elle sait nager, elle se met en danger", intervient Christophe Perrin, responsable du service interministériel de défense et de protection civile à la préfecture du Gard.
La vigilance n'a pas de saison. Mais en période estivale, et d'autant plus dans ce contexte de fortes chaleurs qui engendre une fréquentation accrue des cours d'eau, la CNR insiste sur les bons réflexes à adopter aux abords du Rhône. "Il y a des zones qui sont interdites, par arrêtés, en amont et en aval des usines, des barrages et au niveau des seuils", rappelle Agnès Parizotto, ingénieure sûreté à la CNR. Plus de 500 panneaux ont été déployés sur les berges pour matérialiser ces zones et alerter sur les différents risques liés au fleuve.
Un dispositif de sécurité est également déclenché dès lors que les vannes d'un barrage doivent être ouvertes pour répondre à des contraintes d'exploitation (météo, opérations de maintenance etc...). "Des ouvertures qui vont se faire de manière progressive, maîtrisée, afin que les usagers présents au bord du fleuve puissent se rendre compte par leurs propres moyens qu'il y a une élévation du niveau d'eau et donc qu'il est nécessaire de se mettre en sécurité", précise David Ferry, délégué territorial à la CNR.
"On n'est pas dans un environnement aseptisé et figé"
Enfin, comme chaque été, la société déploiera une vingtaine de chargés de prévention sur l'ensemble de l'axe du Rhône. Présents durant les mois de juillet et août, ils iront directement à la rencontre du public pour rappeler les consignes de sécurité. Luna et Mathis, interviendront notamment autour des aménagements de Vallabrègues, Avignon et Caderousse en juillet puis passeront le relais à deux autres chargés de prévention. "Ils vont aller au contact des usagers avec ces différents dispositifs pédagogiques qui s'adaptent à toutes catégories de public, y compris aux enfants", complète David Ferry. Et le même d'insister : "On doit poursuivre le travail de prévention et faire prendre conscience qu'on n'est pas dans un environnement aseptisé et figé, le fond du Rhône peut bouger, varier. Il peut aussi y avoir des embâcles. Le chenal peut se déplacer..." En 2025, sur l’ensemble de la vallée, 5 200 personnes ont été rencontrées, dont 80 % de riverains et 20 % de touristes parmi lesquels 80 % d'adultes et 20 % d'enfants.
Cette mobilisation répond à un constat préoccupant. Selon la CNR, plus de 400 comportements à risque ont été recensés en une dizaine d'années le long du Rhône. "Et il ne s'agit que des faits observés par nos équipes, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", souligne le délégué territorial à la CNR. Parmi ces comportements figurent la présence dans des zones interdites situées à proximité immédiate des barrages ou des usines hydroélectriques, mais aussi le non-respect des consignes de sécurité lorsque le niveau de l'eau évolue. "En 2025, un pêcheur s'est retrouvé piégé sur un îlot dans le secteur de Mondragon (Vaucluse). Les secours ont dû intervenir pour le sauver", se souvient Agnès Parizotto.
Quant à la baignade, aujourd'hui, il n'y a pas de réglementation qui l'autorise, sans qu'il y ait pour autant d'interdiction. Sauf, on le rappelle, en amont et en aval des ouvrages hydroélectriques et au niveau des seuils. Et malgré tout, de nombreux baigneurs sont régulièrement observés dans le secteur du seuil de Comps, par exemple, intégré au dispositif de prévention. Arrêtés ou non, pour Christophe Guglielminotti, conseiller municipal à Beaucaire délégué à la gestion des risques, la question relève avant tout du bon sens et du savoir-vivre. "Les gens prennent des risques, mettent en péril leur vie. Il faut se dire que ça n'arrive pas qu'aux autres", insiste-t-il.
"L'eau n'est pas un élément naturel de l'homme, l'homme n'est pas un poisson, abonde Christophe Perrin, faisant un point plus global sur les dangers de la baignade. Tout le monde n'est pas Léon Marchand et même des Léon Marchand peuvent se noyer. Il n'y a pas un point d'eau plus dangereux que d'autre, il faut rester vigilants. On ne peut pas mettre des panneaux partout, il faut que les gens en responsabilité se renseignent de là où ils vont, et de ce qu'ils font, encore plus quand ils ont des enfants." À la méconnaissance des lieux s'ajoutent plusieurs facteurs : la fatigue, une surestimation de ses capacités, les fortes chaleurs ou encore les changements parfois rapides des conditions de courant. Le représentant de la préfecture du Gard rappelle quelques chiffres : environ 1 500 noyades sont recensées chaque année en France, dont près de 500 mortelles. Depuis le début de l'épisode de canicule le 18 juin, 43 personnes ont déjà perdu la vie par noyade.