Timothée Dufour, avocat parisien originaire de Dordogne, est devenu en quelques années une figure incontournable de la défense des agriculteurs et des territoires ruraux. Petit-fils de paysans périgourdins, il a fait de la cause agricole son combat quotidien, multipliant les plaidoiries marquantes face aux contrôles abusifs, aux conflits de voisinage ou aux projets industriels controversés. Parmi ses affaires les plus emblématiques, on retient sa défense d’un pisciculteur de Troyes, accusé en août 2024 d’avoir tué un oiseau protégé, un dossier qui a révélé les tensions entre écologie et activité agricole. Il a aussi mené une bataille judiciaire de trois ans pour Fabien Le Coïdic, un éleveur bio des Yvelines, face à l’opposition de Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, obtenant finalement gain de cause malgré une explosion des coûts. Enfin, il s’oppose avec fermeté à la judiciarisation croissante du monde agricole, refusant des contraintes déconnectées de la réalité, comme l’interdiction d’utiliser un tracteur à certaines heures.
Son engagement et ses victoires judiciaires lui ont valu le surnom de "l'avocat des paysans", mais aussi une reconnaissance médiatique et institutionnelle, comme en témoigne sa nomination au grade de chevalier de l’Ordre du Mérite agricole. Auteur de La défense est dans le pré (publié en 2025), il incarne la résistance juridique des mondes ruraux face aux défis environnementaux et administratifs. Et aujourd’hui, c’est l’agglomération Arles Crau Camargue Montagnette (ACCM) qui fait appel à lui.
"Je souhaite qu'ACCM puisse engager, comme dit précédemment, tout recours contentieux qui pourrait opposer RTE à notre agglomération. L'intégralité des maires concernés par le projet aérien de ligne THT s'est prononcée contre ce tracé. Pas contre l'industrialisation mais contre la façon dont le projet est présenté et peu discuté. J'ai sollicité Maître Dufour, grand spécialiste des questions agricoles et environnementales. Il représentera notre agglomération ACCM pour défendre les intérêts de notre territoire", a expliqué Patrick de Carolis, président d'ACCM, lors du conseil communautaire de ce mardi 2 juin.
Un courrier au Premier ministre
Quelques heures avant, le maire d'Arles avait co-signé avec la maire de Saint-Martin-de-Crau, Séverine Dellanegra, un courrier adressé au Premier ministre afin de "demander l’arrêt du projet de ligne à très haute tension tel qu’il nous est imposé aujourd’hui". Un projet qui, insistent les élus, est "sans justification actuelle". "Le projet reposait notamment sur la création de la giga-usine Carbon, aujourd’hui abandonnée. Dans ces conditions, pourquoi continuer à envisager une infrastructure de cette ampleur au détriment de notre territoire ? Nous refusons que l’agriculture, les paysages et l’identité de la Crau et de la Camargue deviennent les variables d’ajustement d’un projet déconnecté des réalités locales. Notre position est claire : nous ne sommes pas contre la transition énergétique. Nous sommes pour une transition cohérente, responsable et concertée."
Dans cette missive, les élus demandent ainsi au Premier ministre : "la suspension immédiate de la procédure en cours, l’étude sérieuse de solutions alternatives (enfouissement, optimisation des tracés) et la désignation d’un tiers-facilitateur indépendant pour garantir un véritable dialogue."
Le Conseil de l’Europe demande des comptes à la France
Le Collectif THT13/30 vient de marquer un point important dans son combat contre la ligne à très haute tension Jonquières-Saint-Vincent / Fos-sur-Mer. Le 1er juin 2026, le Secrétariat de la Convention de Berne (Conseil de l’Europe) a officiellement demandé à la France de justifier son projet, à la suite de la plainte déposée en janvier par le collectif.
Pour la première fois, une instance internationale examine les atteintes présumées à des espèces protégées (comme le flamant rose, l’aigle de Bonelli ou le butor étoilé) et à leurs habitats, menacés par les 180 pylônes de 60 à 80 mètres de haut prévus sur 65 km. Le dossier, qui sera discuté à l’automne 2026, souligne l’incompatibilité du projet avec les obligations de protection stricte de la biodiversité, malgré les alertes répétées des associations et les sites Natura 2000 concernés. Une victoire symbolique pour le collectif, qui multiplie les recours juridiques (plaintes pour destruction d’espèces, recours à venir contre la DUP) et appelle à l’enfouissement des lignes pour éviter un "Notre-Dame de Camargue".