Ils ont tremblé... Hors de question d'annuler la journée en hommage à la manadière, Fanfonne Guillierme, décédée le 22 janvier 1989, à l'âge de 93 ans. "Elle a été une innovatrice dans de nombreux domaines qui touchent la bouvine et a permis à de nombreuses cavalières d'accéder à la monte Camargue et l'élevage. Elle a entraîné dans son sillage beaucoup de vocations et de passions permettant la démocratisation de la femme au sein de la bouvine", soulignait en 2023, Jean-Paul Franc, maire d'Aimargues.
Qu'il pleuve ou qu'il vente... "Même sous la neige, l'événement a été maintenu", insiste aujourd'hui le premier édile aimarguois. "Je ne peux que m'en souvenir, c'était le jour de l'anniversaire de ma sœur. Il y avait eu le défilé mais pas la course", renchérit Ludovic Soriano, président de la commission taurine extra municipale. "C'est à chaque fois une fierté de rendre hommage à cette grande dame", ajoute Martine Geraud-Cottino, adjointe au maire, déléguée aux aînés, cérémonies et festivités.
Et puis, il y a eu cette édition 2020 dont le programme avait été perturbé par l’annulation de la traditionnelle course des espoirs de la manade Guillierme, due à des divergences entre la Fédération française de la course camarguaise et les raseteurs. L'année d'après, le covid. "On s'était tout de même retrouvés, mais en comité restreint, c'était triste", se remémore Jean-Paul Franc. En 2022, la 33ᵉ édition de cette journée marquait un retour, très attendu et suivi, aux traditions.
Plus de trois ans après, de nouvelles perturbations ont secoué le monde de la bouvine. D'abord, l'arrêt prématuré de la saison 2025 des courses camarguaises, face au risque de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) jugé trop important pour les élevages. Puis le désengagement, en novembre, de Groupama Méditerrannée, assureur principal et historique du secteur des jeux taurins à compter du 31 décembre 2025. Une décision - pas si imprévisible - liée à la hausse des accidents (quatre mortels dans le Gard et les Bouches-du-Rhône l'été dernier) et à des comportements irresponsables de certains spectateurs lors d'abrivados, d'encierros et de bandidos.
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Dans ce contexte, la municipalité aimarguoise, organisatrice de la journée en hommage à Fanfonne Guillierme, n'a eu d'autre choix que de réfléchir à un plan B. "Un tel événement ne peut s'organiser en deux semaines. Donc fin décembre, nous avons imaginé deux scénarios, l'un avec les taureaux, l'autre sans taureaux", confie Ludovic Soriano. Toujours mieux que rien. Mais ce plan B, pourra rester dans les tiroirs. Car en ce qui concerne les assurances, une solution provisoire - d'une durée d'un an - a été proposée par le groupe Dolce Vita. "Le combat n'est pour autant pas terminé, précise Jean-Paul Franc, nos parlementaires travaillent pour la modification de la législation concernant la responsabilité en cas d’accident". "Malgré les barrières et les messages de prévention, poursuit l'élu, certains spectateurs se mettent en danger. Il faut que chacun prenne conscience qu'il est responsable de sa propre sécurité."
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La commune a d'ailleurs investi dans la sécurisation des parcours, entre 80 000 et 100 000 € pour des barrières. Mais tout ne peut pas être verrouillé. "Sur certains trajets, comme celui de la journée de Fanfonne Guillierme, on ne peut pas mettre de barrières. Donc je prends la responsabilité de faire sortir les animaux sans barrières, et croyez-moi je ne suis pas tranquille", glisse Jean-Paul Franc. Quant à la DNC, la Fédération des manadiers a levé, à compter du 7 février, le confinement des taureaux dans le Gard et les Bouches-du-Rhône. "Ouf, ça a été un soulagement pour nous et pour tout le monde", commente le maire d'Aimargues.
Demandez le programme
Cet événement, qui ouvre la saison taurine, attire dans son meilleur millésime entre 4 000 et 5 000 personnes. "On entend partout : "On se verra à Fanfonne", s'amuse Martine Geraud-Cottino. C’est le moment des retrouvailles, une fois l'hiver passé, et pour toutes les générations." Le programme habituel sera donc intégralement maintenu, le dimanche 1ᵉʳ mars, dans le village décoré pour l'occasion par les membres de l'association Générations Mouvement.
Le grand défilé réunissant les groupes folkloriques provençaux, la Nacioun Gardiano, la Confrérie des Gardians, ainsi que des calèches et musiciens, est prévu à partir de 8h30. La messe des Gardians en provençal sera célébrée à l’église Saint-Saturnin à 9h30 et suivie de la bénédiction des chevaux sur la place du 8-Mai 1945. La matinée se poursuivra avec l'acampado, à 10h45, devant la statue de Fanfonne Guillierme à cheval avec ses deux biòu d'Or, en présence notamment de la Reine d'Arles. Puis les abrivados organisées par la manade Aubanel — dont une menée exclusivement par des cavalières — traverseront le village avant la roussataïo proposée par la manade Fourmaud.
L'après-midi, place à la course avec la manade Fanfonne Guillierme, dans les arènes d'Aimargues. "On a l'honneur d'avoir la "despedida" de Jacquet, Biòu de l'Avenir 2019, se réjouit Ludovic Soriano. Ce taureau avait réalisé sa première course dans les arènes d'Aimargues le 3 mars 2019 puis remporté le trophée Léo-Dupont, cette même année." Rendez-vous donc le dimanche 1ᵉʳ mars pour ce grand et bel hommage rendu à la Grande Dame de Camargue.