"On sème des graines pour l’avenir", indique le lieutenant-colonel Éric Agrinier, du Service départemental d’incendie et de secours du Gard (Sdis 30), devant un camion feu de forêt pris d’assaut par les enfants, qui ont pu manier la lance à eau. "Même pour susciter des vocations de pompiers professionnels ou volontaires." "Même", car il s'agit d'abord de sensibiliser les enfants et de responsabiliser ces futurs adultes face au risque de feux de végétation et de forêt. "9 feux sur 10 sont d’origine humaine, pas forcément volontaire", rappelle l’officier. Étincelles lors de travaux extérieurs, mégots jetés au bord des routes, barbecues aux abords des massifs... À savoir que, dans le Gard, les feux de forêt constituent le second risque naturel après les inondations.
Après les Cévennes et la vallée du Rhône, le village "Gaffofeu" s'est installé ce mardi 26 mai au stade des Arnaves, à Saint-Gilles. L'opération portée au niveau national par l'IFFO-RME sous l’égide du ministère de la Transition écologique est co-organisée par la préfecture du Gard. Outre les sapeurs-pompiers, d'autres partenaires ont animé des ateliers pédagogiques : l’Office national des forêts (ONF) sensibilise à la biodiversité et au rôle de la forêt, Météo France présente la météo des forêts et les effets du changement climatique. La gendarmerie nationale explique comment sont menées les enquêtes après un départ de feu, etc.
Et cela dans le but de développer la culture du risque, de rappeler les bons gestes à avoir en milieu naturel et de découvrir le rôle ainsi que les actions menées par chaque acteur avant, pendant et après un incendie. "Les risques sont au programme scolaire, mais les aborder sous forme d’ateliers ludiques et interactifs, ça fonctionne beaucoup mieux qu’en classe", estime Maud Bournet, cheffe de projet à l’IFFO-RME. L’organisme revendique déjà "30 000 élèves sensibilisés" à travers la France. "On forme aussi de futurs gestionnaires du territoire, de futurs citoyens qui sauront mieux se protéger et protéger les autres", insiste Maud Bournet.
Pour Marie-Charlotte Euvrard, sous-préfète et directrice de cabinet du préfet du Gard, cette opération "est une très bonne manière de sensibiliser tout le monde, les élèves bien sûr, mais aussi leurs familles". "On veut faire prendre pleinement conscience du risque et du moment de bascule qui peut arriver très rapidement", a-t-elle ajouté, rappelant les incendies de l’été 2019 à Générac, commune située à quelques kilomètres de Saint-Gilles, et la mort de Franck Chesneau, pilote de Tracker.
Au-delà de l’aspect pédagogique, les collectivités veulent aussi faire évoluer les comportements. "L’an dernier, 50 % des feux que nous avons eus dans le Gard sont partis des bords de routes ou de chemins", précise Cédric Clémente, maire de Lirac et président de l’association des communes forestières du Gard, également partenaire du dispositif "Gaffofeu". "Depuis les années 1990, poursuit-il, la tactique française d’attaque massive des feux naissants a permis de diviser par cinq les surfaces brûlées dans le sud de la France. Toutefois on a toujours autant de départs de feu. Toute la démarche aujourd’hui, c’est de faire baisser ce nombre d’incendies. Certains ne prennent toujours pas la mesure de leurs actes. Pourtant, chaque intervention des pompiers a un coût, à la fois financier et humain."
Pendant quatre jours, l’opération va sensibiliser 1 580 jeunes en Camargue gardoise. Après Saint-Gilles ce mardi, le village prendra la direction de Vauvert ce mercredi 27 mai pour accueillir, au parc du Castellas, les enfants des centres de loisirs, puis les 28 et 29 mai les élèves de primaire et les collégiens.