La majorité aurait pu voter contre. Mais elle partage les principes énoncés par Paul Gabriel, élu d’opposition, auteur de cette motion, notamment celui de garantir une égalité dans l’accès à l’apprentissage, mais aussi "l’attachement indéfectible à une école publique forte, inclusive et ambitieuse". Toutefois, "je ne peux pas partager l’opposition aux fermetures (des classes, NDLR) parce qu’au-delà du fait que ce n’est pas raisonnable, on n’a pas d’argument." Et pourtant, c’est bien ce qui était initialement demandé dans cette motion : "considérant que les inscriptions peuvent encore évoluer dans les mois à venir, considérant que la réduction du nombre de classes entraîne mécaniquement une augmentation des effectifs par classe, dégradant les conditions d’apprentissage des enfants et les conditions de travail des enseignants, considérant que la qualité du service public d’éducation doit primer sur toute logique d’économie budgétaire", a énuméré Paul Gabriel.
Pour rappel, le vendredi 17 avril, Christophe Mauny, directeur académique des services de l'Éducation nationale (Dasen) du Gard, a présenté la nouvelle carte scolaire pour la rentrée de septembre 2026, avec 15 ouvertures de classes et 58 fermetures, dont trois à Saint-Gilles. Décision contre laquelle l’élu d’opposition de l’union Parti socialiste–Parti communiste français souhaitait que "le conseil municipal puisse exprimer une position claire, apaisée et constructive, une opposition qui s’inscrit dans une démarche de dialogue exigeant avec les services de l’État."
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Lunettes sur le nez et chiffres à l’appui, Dominique Tudela, première adjointe au maire de Saint-Gilles, déléguée à l’enseignement scolaire, a démontré l’impossibilité de donner suite à cette requête. "Ces fermetures ne sont pas "un recul" pour vous citer, mais tout simplement dues à la baisse du nombre d’élèves. Constat malheureux mais que l’on retrouve hélas au niveau du département comme au niveau national", a-t-elle indiqué en préambule. Moins 6 000 élèves entre 2015 et 2025, soit 9 % des effectifs, à l’échelle du Gard, d’après les données du Dasen, avec des projections à 16 % entre 2025 et 2035. À Saint-Gilles, "la baisse s’est accélérée depuis la rentrée 2024, car nous avons un constat de moins 89 élèves sur la commune." Des fermetures de classes, il y en a eu ces deux dernières années. "Lorsque tel est le cas, a expliqué l’élue de la majorité, les services de la ville et moi-même étudions attentivement les situations en tenant compte que nous sommes en zone prioritaire REP, et que par conséquent, nous ne devons pas dépasser les 25 élèves par classe."
"Les effectifs n'y sont plus, nous ne pouvons ni les uns ni les autres faire des miracles"
Et la même d’énoncer le détail de l’analyse des fermetures annoncées en 2026 au regard des effectifs dans les établissements concernés : une classe en maternelle à l’école Le Ventoulet, sur la sellette depuis quatre ans, et deux classes en élémentaire à Jules-Ferry et Jean-Moulin. En tenant compte de ces fermetures, les effectifs restent toujours en dessous du seuil fixé en zone REP. "Je partage avec vous (Paul Gabriel, NDLR) que nous devons, au vu de la fragilité de certains de nos élèves, être garants de l’égalité des chances, maintenir les moyens éducatifs et d’accompagnement des élèves en difficulté et de la réussite éducative. À ce jour, ces principes sont respectés et conservés", a précisé Dominique Tudela, citant par ailleurs la labellisation d’une classe de grande section à l’école maternelle Le Ventoulet. Et la même de poursuivre : "Nous ne pouvons nous opposer aveuglément et systématiquement aux mesures de fermeture si elles sont justifiées [...] Malheureusement, lorsque les effectifs ne sont plus au rendez-vous, nous ne pouvons ni les uns ni les autres faire des miracles."
Mais alors que faire de cette motion ? La modifier ? Paul Gabriel ne s’y est pas opposé, et Eddy Valadier en a tenté une reformulation, suscitant l’amusement et la dispersion dans l’assemblée. Le maire a alors appelé ses rangs au sérieux, estimant "qu’il n’est pas inintéressant de débattre de ces sujets qui vont nous préoccuper pendant 15 ou 20 ans". Finalement, la séance du conseil municipal a été suspendue une quinzaine de minutes afin de permettre à Paul Gabriel en collaboration avec Dominique Tudela d’écrire une nouvelle version du texte. Considérant que..., "le conseil municipal de Saint-Gilles, réaffirmant son attachement indéfectible à une école publique forte, inclusive et ambitieuse pour tous les enfants de la République, mandate monsieur le maire de poursuivre un travail partenarial de qualité visant à maintenir les moyens spécifiques au classement REP". La motion, retravaillée à quatre mains et amputée de la mention d’opposition aux fermetures de classes, a été votée à l’unanimité.