ObjectifGard : Quel est le sens de ces visites, aujourd'hui (jeudi 16 avril) à l'oliveraie Jeanjean et demain (vendredi 17 avril) au Mas de la Roseraie à Saint-Gilles ?
Katy Guyot : Simplement, c'est d'être sur le terrain. On a une crise de la viticulture mais également de l'agriculture, on sort aussi d'une crise de la dermatose nodulaire contagieuse... Donc il faut être au plus près du monde agricole. L'agriculture en Occitanie est variée, on a besoin de connaître toutes ses modalités de fonctionnement.
Et les préoccupations aussi...
On les connaît, on les suit, on est en contact régulier avec les chambres d'agriculture, les organisations professionnelles et syndicales. On a eu une visite très intéressante aujourd'hui avec Carole Jeanjean. L’oliveraie Jeanjean est une entreprise qui fonctionne bien, mais elle a su prendre des risques : gérer 10 000 oliviers en bio constituait, en 2008, au moment de la décision, une gageure qu’ils ont relevée avec brio. C'est une entreprise qui se remet en question, qui réfléchit en permanence sur son développement, son avenir, avec des valeurs en faveur de l'environnement, de la préservation d'un terroir, d'un territoire, de la santé et des produits de qualité. Ce qu'on a pu mesurer, c'est que ses produits ne sont pas compétitifs sur un certain nombre de secteurs, et qu'ils ont donc, eux, développé la vente en directe et dans certaines épiceries fines. Et puis, il y a la concurrence, surtout espagnole dans ce cas précis, sur laquelle l'agriculture occitane ne peut pas s'aligner.
Comment la Région peut-elle venir en aide aux agriculteurs sur cette question de la concurrence ?
C'est difficile, nous n'avons pas de compétences en matière législative. Nous, nous agissons avec un accompagnement financier, un soutien en aide directe avec le Dispositif unique ou le PASS petits investissements donc sur l'aide à l'investissement pour la modernisation des exploitations, à l'innovation aussi. On aide par exemple SUDEXPE sur les études qu'elle mène en faveur de cépages résistants à la sécheresse, à la maladie. On accompagne aussi avec les contrats d'agriculture durable, les transformations d'exploitations... La Chambre régionale d'agriculture Occitanie est notre partenaire majeur pour conduire une politique au plus près des attentes des agriculteurs.
Madame Jeanjean a également évoqué la problématique de l'eau, un sujet central dans le milieu agricole et sur ce territoire.
La Région est présente sur le grand cycle de l'eau. Dans le cadre du pacte de souveraineté alimentaire sur lequel nous travaillons actuellement, il y a une réflexion sur comment créer des ressources en eau qui soient exploitables rapidement pour les agriculteurs. Ça fait partie des problématiques parce que le changement climatique, c'est beaucoup d'eau à certain moment, moins d'eau à d'autres. Et puis, on sait que les jours de sécheresse vont être de plus en plus importants.
Des agriculteurs dénoncent un décalage entre les décisions politiques et la réalité de terrain. Madame Jeanjean en a d'ailleurs parlé au cours de la visite. Le comprenez-vous ? Et comment pouvez-vous agir ?
Je crois que la meilleure réponse pour adapter nos politiques, c'est d'être sur le terrain et de prendre vraiment la mesure de ce que vivent au quotidien les agriculteurs.
Au-delà du présent, c'est l'avenir qui se joue, aussi avec la thématique très problématique de la transmission.
Plus de 52% des agriculteurs ont plus de 50 ans. Donc dans une dizaine d'années, on va se retrouver avec un gros déficit. C'est pour cela que nous lançons ce plan de souveraineté alimentaire. Il faut absolument que l'on donne envie aux jeunes de s'installer en agriculture. Alors certes, il faut être passionné, mais la passion ça va un temps. Il faut quand même pouvoir faire manger sa famille, pouvoir sortir un revenu.
En quoi consiste ce plan de souveraineté alimentaire ?
On va le sortir au mois de juin. On y travaille en parallèle avec l'État. On essaie de voir comment on alimente les objectifs au regard des réalités du terrain. On a du travail devant nous. La difficulté de l'agriculture méditerranéenne, c'est qu'elle est spécifique. Là où on a du mal à répondre, c'est sur la transformation et l'agroalimentaire. Donc, on travaille aussi sur la diversification mais ce sont d'autres métiers... Souvent les exploitations qui fonctionnent, comme ici à l'oliveraie Jeanjean, c'est parce qu'elles ont des compétences croisées entre production, maîtrise technique, marketing, commercialisation...