Publié il y a 47 min - Mise à jour le 13.05.2026  - 4 min  - vu 47 fois

VEOLIA Mathieu Berard : « Chaque litre compte »

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Responsable du pôle Performance Réseaux et Production chez Veolia, Mathieu Berard détaille le travail de fond mené et évoque les différentes techniques utilisées pour détecter les fuites d’eau sur un réseau long de 1 700 km.

Pourquoi la recherche de fuites sur les réseaux d'eau potable est-elle une priorité absolue pour Veolia ?

Mathieu Berard : L'eau potable est une ressource précieuse, et dans le contexte de tensions croissantes sur la ressource en eau — particulièrement sensible dans le Sud de la France — chaque litre compte. Sur un réseau d'eau potable, une fuite n'est jamais anodine : elle représente de l'eau captée, traitée, pompée, acheminée… et perdue avant même d'arriver au robinet du consommateur. À l'échelle d'un réseau de distribution comme celui de la métropole nîmoise, soit plus de 1700 km, limiter les pertes en eau représente un véritable enjeu. Les fuites doivent être détectées et réparées rapidement pour limiter la quantité d’eau perdue.

Les enjeux sont multiples, n’est-ce pas ?

Au-delà de l'enjeu économique, c'est un enjeu environnemental majeur. Dans une région où les épisodes de sécheresse se multiplient et où la ressource en eau est sous pression, il serait incohérent de prélever davantage dans les nappes ou les rivières pour compenser des pertes évitables. La recherche de fuites est donc l’un des leviers essentiels de sobriété hydrique et de préservation de la ressource. Enfin, certaines fuites, si elles ne sont pas traitées, peuvent également fragiliser les infrastructures souterraines (voiries, bâtiments) et présenter des risques pour la qualité de l'eau distribuée. Détecter vite, c'est aussi améliorer la qualité de vie des usagers.

« Le réseau est découpé en plus de 400 zones »

Concrètement, comment recherche-t-on une fuite sur un réseau enterré ?

Tout d’abord il faut savoir que 90 % des volumes perdus proviennent des fuites invisibles. Leur détection précise et rapide est donc primordiale pour limiter les pertes en eau sur les réseaux de distribution. Trouver une fuite sur un réseau enterré, c'est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin si on ne dispose pas des bons outils, d’autant que les fuites peuvent jaillir loin de leur point d'origine réel. C'est pourquoi les équipes mobilisent des techniques de détection de pointe, combinées à une connaissance fine du réseau. La crainte du chercheur de fuite, c’est de ne pas savoir où chercher ! Pour éviter cela, le réseau de la métropole de Nîmes est découpé en plus de 400 zones (ou secteurs), c’est ce que l’on appelle “la sectorisation”. Un superviseur analyse en permanence les volumes qui transitent dans ces secteurs mais c’est la nuit, quand la consommation est quasi nulle, que nous évaluons si de nouvelles fuites apparaissent. Cette méthode permet alors de localiser la zone suspecte et d’orienter dans la foulée une équipe de chercheurs de fuites qui utilisent de nombreuses méthodes complémentaires.

Quelles sont les techniques utilisées ?

La corrélation acoustique, une technique particulièrement efficace sur les conduites métalliques qui permet de positionner avec une grande précision les fuites grâce à l’analyse de la répercussion du son produit par la fuite entre les deux capteurs.

On a aussi l'écoute au sol : les techniciens parcourent le réseau avec des aquaphones ou des tiges d'écoute, des appareils ultra-sensibles capables de capter et d’amplifier le bruit caractéristique d'une fuite à travers le sol. On utilise également les loggers (voir photo), ce sont 400 capteurs acoustiques positionnés sur les réseaux. Chaque jour, ils écoutent, enregistrent et retransmettent les niveaux de bruits sur plus d’une centaine de kilomètres de canalisations. C’est une technique qui permet de prépositionner et d’alerter très rapidement les techniciens en cas d’apparition d’une nouvelle fuite. Enfin, il existe aussi le gaz traceur dans les cas les plus complexes (conduites en plastique, faible pression, sol absorbant). On injecte un gaz inerte et inoffensif dans la canalisation. Ce gaz remonte à la surface au niveau de la fuite et est détecté grâce à des capteurs spécifiques.

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« 700 fuites détectées chaque année »

Plus récemment, la recherche de fuite canine a fait son apparition, l’employez-vous ?

Nous en avons fait usage il y a un peu moins d’un mois. Issu d’un projet co-construit avec des professionnels de la cynotechnie, la recherche de fuite canine permet notamment d’intervenir dans des configurations où les techniques traditionnelles peuvent avoir leurs limites. C’est très utile sur des longues distances de canalisation sur lesquelles nous n’avons pas de point d’écoute. Des chiens sont formés pour détecter les émanations de chlore présent dans l'eau potable qui remonte à la surface du sol avant même que la fuite ne soit visible.

Quels résultats concrets cette politique de recherche de fuites permet-elle d'obtenir ?

La lutte contre les fuites, c'est une démarche continue, structurée et ambitieuse qui repose sur des collaborateurs expérimentés. Sur le périmètre de la métropole nîmoise, les campagnes de recherche de fuites sont menées tous les jours, y compris la nuit quand l’environnement est plus calme. Cela représente 1 400 km de réseau inspectés en 2025. Les résultats sont concrets et mesurables : chaque année, près de 700 fuites sont détectées sur les réseaux de distribution et réparées par nos équipes travaux dans la foulée. Chaque fuite détectée et réparée, c'est de l'eau économisée, des coûts de production réduits et une pression préservée sur la ressource naturelle.

Quels sont les engagements d'Eau de Nîmes Métropole en la matière ?

Cette politique s'inscrit dans un objectif plus large : améliorer durablement le rendement du réseau, c'est-à-dire le rapport entre l'eau introduite dans le réseau et l'eau effectivement consommée par les usagers. Un réseau performant, c'est un réseau qui perd le moins possible entre le point de production et le robinet. C’est d’ailleurs prêt de deux millions de mètres cubes qui ont été économisés depuis 2020. Au-delà des chiffres, c'est aussi un engagement fort vis-à-vis des habitants du territoire : garantir une eau de qualité, en quantité suffisante, tout en préservant les ressources naturelles pour les générations futures. Dans un territoire méditerranéen particulièrement exposé aux effets du changement climatique, cet engagement prend tout son sens.

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