De colocataire à bourreau, il peut n’y avoir qu’un pas. C’est ce qu’ont démontré Marvin et Diego dans cette affaire. Assise sur le banc des parties civiles, aux côtés de sa curatrice, la victime, âgée d’une vingtaine d’années, bouge la jambe nerveusement en écoutant le récit de son cauchemar. Le 27 juillet dernier, un jeune homme sous curatelle pour des problèmes de santé dépose plainte pour vol. La veille, il a eu la mauvaise surprise de croiser les deux prévenus du jour. L’un d’eux, Marvin, est son ancien colocataire. Prétextant qu’il lui doit de l’argent, ce dernier l’a menacé avec un couteau. « Déshabille-toi ! », lui aurait commandé Marvin. Dépassée par la situation, la victime a refusé, conduisant à une nouvelle injonction de la part de son agresseur : « Vide tes poches ! ». Un second ordre auquel la victime a cédé.
C’est alors que Marvin s’est emparé du téléphone portable de celui qui le considérait comme son ami. Se sentant quelque peu extérieur à la situation de conflit, Diego aurait alors asséné une gifle à la victime, déjà dépouillée de l’un de ses biens. « C’est pas moi qui ai sorti le couteau, mais mon complice », lance Marvin à l’attention du tribunal, tout en reconnaissant, à demi-mot, son implication dans les faits. Diego, lui, se place comme simple spectateur de la scène. « Les deux se sont battus », dit-il aux enquêteurs, suivant la thèse de la dette financière. Pourtant, s’il y a une dette dans cette histoire, c’est à Marvin de la régler. La victime aurait régulièrement été envahie par ce « colocataire », plus proche d’un squatteur, profitant sans scrupules de sa gentillesse.
« Il joue de sa maladie »
Selon les dires de la victime, Diego n’a pas été le seul à lui asséner un coup. Marvin a lui aussi profité de ce moment de faiblesse. Une version que le prévenu réfute totalement : « Je ne lui ai pas mis un taquet, sinon il serait plus là », relate-t-il, visiblement bien peu lucide quant à sa force physique. « Il joue de sa maladie », ajoute-t-il, non sans agacer l’assistance. Soulignant la gravité de tels faits, le procureur de la République, Arnaud Massip, a requis 12 mois d’emprisonnement à l’égard des deux hommes, tout en soulignant la gravité de leurs actes, commis à l’encontre d’une personne qu’ils savent vulnérable.
À l’issue des débats, les deux hommes ont été reconnus coupables des faits qui leur étaient reprochés. Suivant les réquisitions du ministère public, le tribunal, présidé par Édouard Le Jan, les a condamnés à 12 mois d’emprisonnement. Marvin, déjà incarcéré sous le régime de la détention provisoire pour une affaire de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, va regagner sa cellule pour exécuter immédiatement sa peine. Un mandat d’arrêt a été prononcé à l’encontre de Diego, qui n’a pas été interpellé à ce jour. Les deux hommes vont également devoir verser à leur victime la somme de 1 000 € pour son préjudice moral et lui rembourser la valeur de son téléphone dérobé, soit 80 €. Le traumatisme, lui, ne pourra pas être effacé par les billets.