« J’avais honte, c’était mon papy préféré », lance Dalila, victime des pulsions sexuelles de son grand-père par alliance. Non sans émotion, l’adolescente de 15 ans a raconté la scène d’agression sexuelle qu’elle aurait vécue, au sein même de la chambre de son bourreau, dans son domicile de Poulx. Un film regardé depuis le lit, des caresses et tout s’effondre. « Il a mis sa main dans ma culotte », explique la jeune fille en larmes à la barre. « Je n’avais pas envie, donc j’ai croisé les jambes », ajoute-t-elle. Ancien militaire de 78 ans, Alfred aurait imposé des gestes sexuels à cette fillette, âgée entre 4 et 5 ans au moment des faits.
« Il a décidé d’imposer des gestes sexuels à des enfants », relate l’avocate de la mère des deux enfants victimes. Parce que Dalila n’est pas la seule jeune femme à demander réparation pour les agissements du septuagénaire. La procédure judiciaire a démarré à plusieurs centaines de kilomètres du lieu de commission des faits, à Toulouse. La sœur aînée de Dalila, Clara, a été la première à dénoncer les agissements d’Alfred. Elle relate un épisode similaire où, dans un contexte de sieste en pleine journée, le retraité de l’armée l’aurait obligée à le masturber. D’abord par-dessus le caleçon, puis à même le sexe. Absente à l’audience, la jeune femme aujourd’hui âgée de 24 ans vit en Polynésie française.
Trois victimes
« Il m’a demandé de caresser son zizi », a relaté l’une des fillettes à sa mère, lorsqu’elle a été interrogée sur les éventuels comportements du grand-père paternel. Mais l’affaire n’a pas été plus loin. Le père des deux fillettes n’a pas souhaité intervenir, craignant d’être renié par sa mère et son beau-père, l’auteur présumé des faits. Ce n’est que plusieurs années plus tard que Clara a porté plainte pour que justice soit faite. À cette occasion, de nouvelles auditions ont été menées, notamment celle du père de famille. C’est le choc. Le père de Dalila et de Clara explique avoir, lui aussi, subi une agression sexuelle de la part de son beau-père. Il explique que l’homme l’aurait initié à la masturbation, avant de tenter de lui faire une fellation, alors qu’il n’était qu’un enfant…
« Je n’ai strictement rien fait », lance le prévenu, emmitouflé dans son sweat couleur prune. Une allégation qui contraste avec la détresse apparente de Dalila et de sa maman, toutes deux présentes sur le banc des témoins. « Clara ne dort pas cette nuit », explique son conseil en faisant mention des 14 heures de décalage horaire. Depuis Nouméa, elle attend la décision, sans trouver le sommeil. « Le parquet à des doutes », lance Arnaud Massip, procureur de la République, pour introduire son réquisitoire. Sans remettre en doute les dires des victimes, il a souligné le manque d'éléments dans un dossier où la certitude peine à trouver sa place. La relaxe a donc été requise. Maître Jean-François Corral, intervenant pour la défense d’Alfred, s’est joint aux réquisitions dans la théâtralité qu’il maîtrise. Au vu de sa complexité, l’affaire a été mise en délibéré. La décision ne sera rendue que le 12 mai prochain. Date à partir de laquelle les victimes pourront espérer tourner la page…