Le président d'Alès agglomération était en verve, ce mercredi soir, dans un exercice qu'il maîtrise très bien, les comptes publics. Et si, depuis des années, il alerte régulièrement sur l'amenuisement des possibilités de recettes pour les collectivités territoriales, il s'est montré particulièrement offensif quant aux décisions de l'État en la matière, entre ponction directe dans les marges des intercommunalités et compensation en baisse des taxes supprimées.
Christophe Rivenq avait déjà donné le ton, au cours du rapport sur le développement durable, en comparant la gestion de l'eau à Paris et dans l'agglomération alésienne : le même kilométrage de canalisations et un seul pompage à Paris, contre 71 dans toute l'agglo d'Alès. Et des recettes bien différentes... Le président de l'agglo s'en est ensuite pris aux députés, puisque ses services ont dû accoucher d'un rapport d'orientation budgétaire "alors que la Loi de finances a moins de deux mois d'existence".
"On nous demande de participer à baisser la dette de la France"
"Les administrations publiques que nous sommes n'ont pas participé au déficit de la France, que ce soient les régions, les départements, les intercommunalités, etc.", insiste Christophe Rivenq. Pour mieux dénoncer "un nouveau tour de vis sur les collectivités locales, avec un effort de deux milliards d'euros qui nous est demandé. En clair, on nous demande de participer à baisser la dette de la France."
Et Christophe Rivenq enchaîne les recettes manquantes : "la baisse de 19,3 % des compensations fiscales relatives à la CFE (cotisation foncière des entreprises, NDLR) (...) la DGF (dotation globale de financement) versée à l'identique par rapport à 2025, sans prise en compte de l'inflation (...) l'année blanche pour la FCTVA (fonds de compensation pour la TVA)..." Enfin, le président d'Alès Agglo appuie sur "la TVA qui doit compenser la taxe d'habitation, identique depuis les trois dernières années". Soit, "si on applique l'évolution des bases", une perte d'un million d'euros pour l'agglomération cette année, autant que l'année dernière, alors que ce fut 700 000 € il y a deux ans. "Avec ces recettes, le Débat d'orientation budgétaire n'aurait rien à voir avec ce que je vais vous dire aujourd'hui !"
"Pour la première fois, nos recettes de fonctionnement sont en baisse"
Avec une hausse de 1,36 M€ des dépenses obligatoires, "nous arrivons au bout des dépenses et des économies que nous pouvons porter, poursuit Christophe Rivenq. Pour la première fois, nos recettes de fonctionnement sont en baisse, de 446 000 €. La solution est de moins payer, de moins dépenser." Et le maire d'Alès revient sur le coût exorbitant des ordures ménagères - "30 M€, 30 % de nos dépenses !" - et la nécessité d'améliorer le tri. Pour lui, la collectivité a besoin de disposer d'une épargne nette de 3 millions d'euros. "Elle était de 5 M€ en 2025, nous ne serons pas aux 3 M€ cette année." Et à ce rythme, "en 2029, nous aurons une épargne nette négative". Des économies s'annoncent donc inexorablement sur le fonctionnement.
Côté investissements, dont le détail sera débattu dans deux semaines lors du vote du budget, Christophe Rivenq proposera 22 M€. La même somme qu'en 2025, "la plus importante de tous les temps".
"On arrive à l'os"
Lors du débat, le maire de Saint-Martin-de-Valgalgues, Claude Cerpedes, a comparé les difficultés des collectivités locales au "versement des dividendes des grandes fortunes", invitant, au niveau national, "à prendre l'argent où il est, sinon on ira dans le mur". Il a aussi évoqué l'éventualité, qui sera confirmée vendredi, de dix fermetures de classes pour la rentrée prochaine dans l'agglomération. Christophe Rivenq a répondu qu'il doit rencontrer, avec cinq autres maires du Gard, le Premier ministre Sébastien Lecornu ce jeudi même, dans une grande réunion de 200 élus.
Appelant à "une grande réforme de la fiscalité locale", Christophe Rivenq a pu recevoir acte du débat par l'assemblée. Mais il a aussi prévenu : "Ici, on est en dessous de la moyenne des strates des collectivités de même taille. Donc, on ne jette pas l'argent par les fenêtres. Mais on arrive à l'os. Soit on augmente les recettes, soit il faut supprimer des services publics." Avant d'ajouter : "Je ne fermerai pas de services publics."