« C’est leur version, à visage découvert », introduit Frédéric Deschamps, membre du collectif Nîmes en commun. Ce mardi, depuis le Prolé, Édouard, Gregory et Robert, colleurs d’affiches du candidat aux municipales Vincent Bouget – devenu maire – ont raconté leur dernière soirée de campagne municipale. Vendredi 20 mars, à 23 h 40, soit 20 minutes avant la clôture de la campagne électorale des municipales, quatre membres du collectif Nîmes en commun finissent de coller leurs affiches sur le panneau des 9 Arcades, route d’Alès. « On écoutait de la musique, on discutait… », se souvient Édouard, la cinquantaine, journaliste à l’Humanité.
« Je n'ai pas compris de suite de qui il s'agissait »
Soudain, un jeune arrive « dans une petite voiture. Il se gare à 400 mètres de nous ». « Il s’est changé, en tenue plus décontractée. On lui a demandé ce qu’il faisait là. Il nous a dit que c’était le fils d'un homme politique », raconte à son tour Robert, 73 ans. « Notre échange a été neutre. Il nous dit qu’il voulait coller ici et qu’il appellerait des gens en renfort. » Ayant contacté notre rédaction, Bruno Rochard, colistier de la liste de l’union de la droite et du centre, nuance ces propos : « J'étais là au même moment. Je n'ai pas compris de suite de qui il s'agissait… Il n'avait jamais collé d'affiche. Les colleurs d'affiche de la liste de Vincent Bouget ne voulaient pas laisser faire… Le plus âgé m’a donné des coups d’épaule et, l'autre (Édouard, ndlr) m'a même menacé de 'm'encoller'. Ce n’est pas une attitude républicaine. »
Quelques minutes plus tard, « deux personnes arrivent en voiture, dont un jeune, membre de la liste de l’union de la droite et du centre », Corentin Carpentier. Bruno Rochard poursuit : « Les colleurs d’affiches ne voulaient rien entendre… Corentin a même essayé d’appeler Vincent Bouget. C’est là que Corentin Carpentier a reçu un coup de balai sur le nez. C’est d’ailleurs pour ça qu’Édouard est renvoyé lui aussi devant la justice pour agression. » Ce mardi, l’incriminé se défend : « Ils allument des contre-feux pour essayer de se défendre… Les victimes, ce sont nous pas eux. »
Les échanges entre les colleurs d'affiche ne se sont pas arrêtés là. Quelques minutes plus tard, les « renforts » arrivent. « Ils sont sortis comme des hystériques. Une bande de loubards bien habillés. Ils semblaient se connaître, avoir des liens familiaux. Ils nous ont jetés au sol, donné des coups de poing, de pied. » Robert, ému, raconte : « Le plus costaud d’entre eux a donné des coups de pied à la tête à Gregory, je me suis jeté sur lui pour le protéger. J’ai 73 ans, des problèmes cardiaques, un cancer de la gorge… C’était une horde qui tapait dans tout ce qui bougeait. » Édouard poursuit : « En quelques minutes, nous sommes ressortis la gueule cassée, avec du sang qui coulait… »
« Un appel à l’aide qui a mal tourné »
« Ils étaient dans un état d’excitation un peu particulier », pointe Frédéric Deschamps. Une fois l’agression passée, « ils sont partis comme des moineaux ». Envolé ! « Moi, je suis resté. J’ai même voulu les soigner. Je peux vous dire que ce n’était en aucun cas une expédition punitive, mais un appel à l’aide qui a mal tourné », affirme Bruno Rochard. Édouard et Gregory sont emmenés aux urgences. Édouard a eu 10 jours d’ITT et Gregory, jardinier à la ville de Nîmes, 15 jours. En sortant des urgences, « nous nous sommes rendus au commissariat ». Plusieurs suspects ont été rapidement placés en garde à vue. Trois d’entre eux sont renvoyés devant la justice le 5 novembre. Une escalade regrettable, qui n’honore pas le monde politique.