« Je tenais, avant de quitter mes fonctions de directeur adjoint et de directeur par intérim, vous faire part de mes réflexions… » Le 30 janvier, Thierry Carret a pris la plume, écrivant pas moins de dix pages (que nous avons pu consulter) « à l’attention des élus du conseil d’administration du SDIS. » Le service départemental d’incendie et de secours qui embauche 720 sapeurs-pompiers professionnels, 2 000 volontaires et 170 personnels administratifs et techniques.
Derrière son discours très technique, le colonel dénonce des « pressions » et même, « des obstructions permanentes » du syndicat Sud, qui l’aurait empêché de mettre en place un « plan de renouveau ». Finie donc l’époque où les manifestations du syndicat Sud servaient à la direction pour obtenir des moyens supplémentaires… Ce fut le cas notamment en 2017 pour les camions feux de forêt, sous Denis Bouad, alors président du Département.
De « vrais sous-officiers » pour « éviter les dérives »
Les « retards et fragilités inquiétantes » du SDIS résulteraient, selon lui, d’un manque de capitaines au profit du recrutement de pompiers de terrain : « Ce sous-encadrement, 18 % contre 25 % pour un SDIS normal, est fait en conscience. » Résultat, la masse salariale s’organiserait mal, le règlement intérieur prendrait la poussière et même, cette situation « éloignerait les pompiers de leur raison d’être : sauver des vies. » Sur la gestion des ressources humaines, Thierry Carret, pointe, selon lui, des anomalies.
D’abord, le temps de travail des pompiers professionnels : « Il est très favorable aux catégories C. Nous aurions dû passer à 1 607 heures par an, soit une économie d’1 M€. » Sur le manque de mobilité des pompiers, « elle est pourtant cruciale pour équilibrer les centres de secours. Aujourd’hui, sur l’Aigoual et à Génolhac, nous n’avons aucun candidat désirant être affecté sur ces structures. » Ce défaut d’encadrement aurait également eu des conséquences sur la saison des feux de forêt : « En 2022, la sollicitation de certains cadres était telle que certains n’ont eu qu’une seule journée de repos en juillet et août (…) Certains feux ont dû être commandés en dehors des règles. »
Le colonel Carret ne s’arrête pas là. Il dénonce « une perte de repères et d’éthique qui touche les effectifs qui ont été trop longuement habitués à une forme d’impunité. » Or, « de vrais sous-officiers de garde, choisis par rapport à leurs compétences, leur respect de l’éthique, seraient de nature à éviter les dérives dont beaucoup d’entre eux ont été à l’origine. »
Budget 2026 : « Nous sommes dans une impasse »
À la fin de sa missive, le directeur apporte son avis sur le prochain budget, voté après son départ : « Nous sommes dans une impasse. Certains artifices, déjà largement utilisés, comme le report du paiement des vacations, arrivent en limite. Il n’y a pas d’autres solutions que de solliciter le Département à hauteur de 2 M€ ». Avant de partir, il donne même quelques idées « de réformes structurelles » comme la « réduction des effectifs des pompiers (de terrain, catégories C), passant de 750 à 680, soit une économie de 3,5 M€ ou celle du nombre d’adjudants, à ramener à 180 voire 160 (au lieu de 400, NDLR). »
Après neuf ans passés à la direction, cette lettre est-elle une sorte de fantasme d’un plan de « renouveau » qu’il n’a jamais pu appliquer ? Thierry Carret se place-t-il en lanceur d’alerte ? Ou ses relations délétères avec le président Pissas ont-elles motivé ses écrits ? À la lecture de cette lettre, certains s’interrogent : « Le colonel Carret écrit dix pages où il détruit le SDIS, alors qu’il l’a dirigé pendant presque 10 ans, en disant que c’est la faute des élus et d’un syndicat… ? Un peu trop facile ! »
Au 1ᵉʳ mars, le directeur ne prendra finalement pas sa retraite. Le Gardois sera détaché du SDIS 30 à la direction générale de la sécurité civile à Paris. Il pourrait toutefois revenir à Nîmes, à la base de Garons, pour son expertise feux de forêt. Et non pour celle sur les lettres incendiaires…