Objectif Gard : Vous êtes maire depuis moins d’un mois. Comment se passe votre prise de fonction ?
Stéphane Porret : Très exactement, nous avons gagné depuis 19 jours soit 456 heures (sourire). J’ai d’abord commencé à rencontrer les agents, il y en a 58. L’idée est d’apprendre à mieux se connaître, savoir leurs attentes et leurs projets. Aujourd’hui, en étant dans la majorité, nous avons enfin toutes les informations… Et surtout, les bonnes ! Dans l’opposition, nous n’avons jamais la main sur tout. Notre équipe peut donc mieux analyser, juger et trancher. Il y a aussi la méthode : je demande aux élus et services de venir non seulement avec des informations, mais aussi des propositions de solution pour trancher plus vite.
Qu’avez-vous ressenti en entrant dans le bureau de maire ?
Au lendemain de l’élection, j’ai ouvert la porte, je me suis imaginé que c’était le bureau de Monsieur Guy Marotte (maire de Sommières de 2005 à 2020). Je me suis mis au travail. Notre première mesure : commander un audit financier à la DGFIP (direction générale des Finances publiques) pour avoir l’état précis de la situation de la commune.
Réouverture du château cet été : « Je ferai le maximum »
Quelles sont vos autres premières décisions ?
Il y a d’abord eu les urgences à gérer… Je me suis occupé de la piste des arènes qui était impraticable depuis le 15 mars. C’est l’ancienne majorité qui a fait les travaux de rénovation. Pour des raisons électorales, les choses ont été faites en dépit du bon sens… Le marché étant autour de 40 000 €, il n’y a pas eu d’appel d’offres. L’ouvrage, tel qu’il a été livré, est impropre à sa destination. Le sable utilisé ne répond pas aux exigences nécessaires pour la pratique des courses camarguaises. Il est donc impératif de refaire la piste pour qu’elle soit opérationnelle dans un mois. Au total, six courses camarguaises vont être annulées.
Un autre ouvrage touristique a été fermé : le château de Sommières. Quid de son devenir ?
Je ferai le maximum pour que le château soit ouvert cet été. Ce site est magnifique, datant du XIIe siècle. Il est fermé en février 2025 par arrêté municipal. Ce château a été fermé à cause d’un risque structurel sur les remparts, la voûte de la porte d’entrée… Malheureusement, aucun entretien n’a été effectué. Il est donc urgent de sécuriser la tour et de mettre en place un cheminement d’accès avec un garde-corps. En parallèle, nous avons le temple, l’église à rénover… S’il faut, je ferai même appel à Stéphane Bern (rires). Il faut être amoureux de la ville pour l’observer, se battre pour elle… Tenez, sur le pont Tibère à la sortie de la mairie, j’ai alerté le Conseil départemental parce qu’il y a, selon moi, des choses à reprendre.
Centre social Calade : « Une urgence absolue »
Avez-vous d’autres urgences à gérer depuis votre prise de fonction ?
Oui… Le centre social est menacé de fermeture. C’est une urgence absolue : nous avons reçu une mise en demeure de la Caf, qui subventionne plusieurs acteurs du centre, mais aussi de l’inspection du travail. L’échéance a été fixée au 28 mai. Nous devons donc mettre en place toutes les actions correctives afin qu’il ne ferme pas. C’est un gros pôle social, un lieu de vie, de rencontre, situé dans l’ancien collège Henry Dunant où se trouvent les Restos du cœur, l’inspection académique… Des salles sont aussi prêtées aux associations et autres clubs sportifs.
Quand auront lieu les travaux et combien vont-ils coûter ?
Ce centre social se trouve dans l’ancien collège de Sommières. Forcément, son utilisation a changé. Aujourd’hui, vous avez, par exemple, une prise utilisée pour cinq cafetières… Avec les services, nous avons rédigé un cahier des charges qui s’appuie sur un audit commandé par la Caf auquel je n’avais pas eu accès en tant qu’élu d’opposition. Nous devons faire des travaux électriques et de toiture pour mettre hors d’eau le bâtiment afin de protéger les biens et les personnes. Leur montant ne dépassera pas les 60 000 € pour pouvoir les réaliser rapidement sans passer par un appel d’offre.
Qu’en est-il de la ZAC (Zone d’aménagement concertée) de Massanas ? Un projet qui vous a opposé à l’ancien maire…
Le montage d’origine nous pose un problème… Il nous faut repenser cet aménagement.
Bâtiments communaux : « Faire l’inventaire et optimiser les recettes »
Vos premières urgences entraînent des dépenses… Comment les concilier avec votre promesse de baisse de la fiscalité ?
Notre objectif est qu’en fin de mandat, la part communale revienne au taux de 2023. Bien sûr, on ne compensera pas la part de l’État. Pour la commune, ça représente 1,2 M€. Ce n’est pas insurmontable. Ensuite, nous ferons des économies sur nos dépenses de fonctionnement. Il faut faire l’inventaire de nos bâtiments et optimiser les recettes et supprimer autant que faire se peut les dépenses inutiles. Nous ferons aussi la chasse aux mauvaises dépenses, aux bons achats. Nous monterons aussi des dossiers de subvention, même s’il faut que j’aille les chercher à pied à Paris, je le ferai !
« Je suis emphatique, j’aime servir et aider les gens »
Un mot plus personnel. Vous êtes un nouveau maire, tout le monde ne vous connaît pas. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous ?
Je suis né à Paris, mon père était dans les assurances et ma mère, originaire de Bretagne, travaillait dans une grande surface. Mes grands-parents, qui ont beaucoup compté pour moi, étaient agriculteur et serrurier. J’ai fait des études d’ingénieur en génie civil et travaux publics. J’ai fait une année de spécialisation à Sciences Po Aix pour obtenir une spécialité juridique. À 25 ans, j’ai commencé à travailler à Marguerittes chez Screg pour le groupe Colas. J’étais conducteur de travaux, mon secteur était Sommières et l’histoire a commencé.
En quoi consiste précisément votre métier ?
Concevoir des projets et suivre les travaux. J’ai réalisé beaucoup d’autoroutes, mais aussi des travaux à Sommières, l’aménagement urbain du Grau-du-Roi, les arènes, la place de la gendarmerie, les ponts… J’avais aussi la Ville de Nîmes en travaux d’entretien, les beaux-arts, des écoles et les voiries. Je ne voulais pas d’un métier enfermé dans un bureau, donc, ce fut le bon intermédiaire. J’adore le sentiment du travail accompli.
Votre métier est un avantage dans la fonction de maire, non ?
Évidemment. C’est un plus dans la compréhension des dossiers et la recherche de solutions. Souvent les élus, les donneurs d’ordre, veulent laisser une empreinte, quelle qu'elle soit. C'est le cas, par exemple, de l’espace Lawrence Durrell. Il a capitalisé l’ensemble des dépenses pendant plusieurs années. Il y avait d’autres choses à faire… On ne peut plus avoir de gros blocs de plusieurs millions d’euros qui entraînent un immobilisme durant plusieurs années. Nous devons avoir une vision de la ville à court et à long terme.
Comment êtes-vous entré en politique ?
Grâce à mes activités, je connaissais bien Guy Marotte, l’ancien maire. On est venu me chercher sur une liste en 2020 (Sylvie Royo, NDLR). C’est comme ça que je suis arrivé en conseil municipal. La politique locale, la gestion d’une commune, m’a toujours passionné. Je suis emphatique, j’aime servir et aider les gens. Pendant le mandat, je n’arriverai pas à me résigner à ce que la ville se paupérise comme ça. Je n’entends pas détenir une quelconque intelligence ou un droit divin. J’ai su fédérer une équipe compétente pour une gestion avec les mêmes règles pour tous.
Continuez-vous toujours à exercer votre métier ?
Oui, d’ailleurs mes nuits sont très courtes… Je me couche rarement avant trois heures du matin et me lève à six heures. Très franchement, pour concilier les deux, j’ai fait une croix sur ma vie privée.