Publié il y a 7 jours - Mise à jour le 10.06.2024 - Louis Valat - 8 min  - vu 3118 fois

FAIT DU SOIR Le président de l'OAC, Didier Bilange : "Nous envisageons un cap 2026, pour rejoindre le National"

Didier Bilange et Philippe Mallaroni ce lundi, à Alès.

- Photo Louis Valat

Après une saison annoncée comme prometteuse, le bilan sportif de l'OAC s'est révélé décevant. Un réveil tardif, une relégation en National 3, des tensions internes et de nombreux départs à l'issu de cet exercice 2023-2024. Ce lundi 10 juin, Didier Bilange, président de l'OAC, et Philippe Mallaroni, manager du club, prennent la parole pour aborder ces difficultés, envisager un éventuel repêchage, évoquer le cas Hakim Malek et poser les bases d'un nouveau cycle, avec pour horizon "Cap 2026".

Rare est sa parole. Président du club de l'Olympique Alès en Cévennes depuis 2009, Didier Bilange brosse un tableau sans concession des performances de l'équipe première, à l'aube d'une saison à vite effacer de la mémoire. Après une relégation sportive qui semble désormais les orienter vers le National 3, l'OAC place toujours ses espoirs dans un éventuel "repêchage" par la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG). Malgré ce contexte peu favorable, la direction reste modérément optimiste, affirmant que "l'OAC a peu de chances d'être relégué en National 3." En attendant la décision qui sera rendue mi-juillet, le club est engagé dans un processus de reconstruction.

Alors que le capitaine Yann Djabou vient de quitter le club, rejoignant une cohorte de près de quinze joueurs contraints ou décidés à partir, cette décision est clairement assumée par la direction du club. Actuellement, quatre joueurs demeurent : Lucas Franco, Jérémy Balmy, Wilfried Baana-Jaba et Eric Moreau, bien que des départs supplémentaires ne soient pas exclus - s'agissant des joueurs arrivés au terme de leurs contrats. Cette situation équivaut presque à une dissolution de l'équipe première, qualifiée de "grand nettoyage" par le président Didier Bilange. Toutefois, malgré ces changements massifs, le staff technique demeure intact, avec un entraîneur inchangé et un directeur sportif poursuivant l'aventure. Décor est planté.

Un cap 2024 trop ambitieux ?

C'est la question que beaucoup se posent. Après une saison décevante pour le club, où l'objectif de la montée en National fixé par le "Cap 2024" semblait à portée de main au vu de l'effectif, certains remettent en question la pertinence des ambitions affichées face à la descente en National 3, en... 2024. Le manager général, Philippe Mallaroni, reste pourtant convaincu : « Est-ce trop ambitieux d'avoir été champion de N3 puis d'avoir atteint les 16e de finale de la Coupe de France puis les 32e ? » Le président Didier Bilange reconnaît que « nous n'en étions pas très loin. Cela se joue à peu de choses. » Malgré un beau parcours en Coupe de France, interrompu en 32e de finale par le Paris FC, la saison 2023-2024 laisse pourtant un goût extrêmement amer. Avec un bilan de sept victoires, huit matchs nuls et onze défaites, difficile tout de même, de dire que le club en était proche.

Pour expliquer une telle déception sportive et se défendre d'une certaine manière, le président pointe alors du doigt un "manque de motivation et de remise en question chez les joueurs", peut-être résultat de l'euphorie de la saison précédente, selon lui. « Je pense que les joueurs ne savaient pas assez qu’ils étaient au fond du trou (cette saison, NDLR). L'idée que l'OAC peut toujours vaincre est peut-être trop ancrée dans leurs esprits. Peut-être étions-nous trop la fleur au fusil ? [...] Les joueurs n'avaient peut-être pas la maturité, et je ne parle pas de l'âge, d’avoir un comportement professionnel, il y avait un décalage. »

Didier Bilange et Philippe Mallaroni ce lundi, à Alès. • Photo Louis Valat

Au cours de la discussion, le manager a admis : « L'idée du projet était de se mêler au trio de tête pour tenter l’accès au National. Face à cette réalité et à la rétrogradation sportive observée, il est juste de considérer cela comme un échec. En revanche, perdre une bataille ne signifie pas perdre la guerre. » Didier Bilange a ensuite tenté de relativiser en soulignant la bonne gestion financière du club, a raison, validée par la DNCG (relire ici) sans aucune restriction salariale. Néanmoins, il a également reconnu, à son tour, l'échec sur le plan sportif : « Le problème réside uniquement sur le plan sportif, bien que ce terme soit assez large. Il n'y a pas de crise au sein du club ni de son encadrement, mais des ajustements doivent être apportés au niveau du management sportif. Ce n'est pas seulement une question individuelle des joueurs, c'est un ensemble de choses qui font que nous n'avons pas eu le succès à la hauteur des moyens que nous nous sommes donnés. »

OAC
L'OAC lors de son match de coupe de France face à Martigues (National). • Photo OAC

L'entrepreneur a également souligné que le tiers des clubs de National 2 ont été relégués cette saison, justifiant ainsi la difficulté du défi imposé. Mais il admet tout de même que le club a démontré à plusieurs reprises au cours de la saison, notamment en Coupe de France, « qu'il était capable de jouer à un niveau bien supérieur à celui de sa division ». Et compte tenus des performances alésiennes, notamment à Martigues en fin d'année civile 2023, il est difficile de ne pas souscrire aux propos tenus. Néanmoins, à demi-mot reconnu, le Cap 2024, représente un échec incontestable pour les dirigeants du club.

"Nous ne cherchons pas d'excuses, mais des explications. Il y en a plusieurs lorsque nous faisons le bilan de l'année. Nous ne sommes pas satisfaits et ne pouvons pas l'être. Mais nous ne pouvons pas dire que rien ne va au sein du club, que rien n'est bon. Ce n'est pas vrai."

Philippe Mallaroni, manager général de l'OAC

Selon les révélations du duo Bilange-Mallaroni ce 10 juin, de nombreuses séances de discussions "constructives" ont eu lieu à l'inter-saison, entre les différents membres du staff, pour analyser les failles de ce projet qui, en surface, semblait réalisable. Une fois le bilan dressé de la saison écoulée, il était crucial pour le président et le manager du club de se mettre rapidement au travail afin de prévoir la suivante et de tenter de rebondir. Afin de faire progresser le projet et de réaffirmer ses ambitions, Didier Bilange a fait part de "tout son mécontentement" au staff, mais a choisi de le maintenir sans apporter de modifications.

Un staff reconduit et un mercato à plusieurs inconnues

Tel que récemment annoncé dans nos colonnes, Hakim Malek conserve son poste d'entraîneur principal de l'équipe première de l'OAC. « L'entraîneur est maintenu. Il n'y a jamais eu de doutes sur lui, sur ses compétences. Je n'ai pas été déçu par Hakim Malek, justifie le président, Didier Bilange. Il est essentiel qu'un entraîneur soit remis en question, au minimum, à chaque saison, qu'il gagne ou non. Nous l'avons fait, et ce tout au long de l'année, et nous pensons que ce n'est pas sa reponsabilité unique cette éventuelle relégation. Il demeure toujours l'homme chargé de porter le club vers le haut. »

Philippe Mallaroni, manager général et Hakim Malek, coach de l'OAC. • Photo OAC

Dans le contexte actuel où les moindres décisions concernant l'effectif de l'équipe première sont importantes pour l'avenir de l'OAC, il est indéniable que Hakim Malek, bien que maintenu à son poste, ne détient pas le plein pouvoir quant aux départs des joueurs. Il n'a, du moins, "pas la décision finale", comme reconnu par le président, Didier Bilange. Les quinze départs enregistrés depuis le dernier match de la saison à Bourgoin-Jallieu le 18 mai dernier ne sont pas le fruit de sa seule volonté, mais plutôt d'une décision émanant des dirigeants du club. Selon les informations communiquées par le président et son manager général ce lundi, il semble que Hakim Malek aurait préféré conserver un nombre considérable des joueurs qui ont quitté l'équipe. Bilange clarifie alors la situation : « Ce ne sont pas les souhaits d'Hakim Malek qui ont conduit au renouvellement de l'équipe, mais bien la décision des dirigeants du club, explique Didier Bilange. L'année précédente, nous n'avons pas effectué suffisamment de changements au niveau des joueurs, et nous en subissons les conséquences aujourd'hui. C'est une leçon que nous retenons. Cette année, nous voulons faire un maximum de changements. Hakim Malek adopte, lui, plutôt une approche conservatrice. »

"Dans le recrutement, nous allons croiser davantage de critères. On ne s’interdit pas de changer 100% de l’équipe."

Didier Bilange, président de l'OAC

Malgré l'admission par le club de sa responsabilité dans les départs, seuls quatre joueurs composent actuellement, officiellement, l'équipe première, une situation qui pourrait encore évoluer dans les jours à venir. En effet, parmi ces neuf joueurs, quid de Lucas Franco, dont le contrat court jusqu'en juin 2025 et qui est particulièrement courtisé ? Pour le président, Franco incarne les valeurs essentielles de l'OAC. « C’est un joueur toujours motivé, avec un état d’esprit exemplaire. Si tous étaient comme lui, nous aurions été en tête du championnat », confie-t-il. Philippe Mallaroni affiche clairement sa volonté de retenir le joyau au sein de son effectif, mais aucun accord n'a encore été finalisé, laissant ainsi planer un doute quant à sa présence la saison prochaine.

LUCAS FRANCO
Il est plausible que Lucas Franco ne soit pas sous les couleurs de l'OAC la saison prochaine. • Photo OAC

Alors que la date du premier entraînement, fixée au 8 juillet prochain, approche, la composition du groupe reste à définir, avec encore des incertitudes quant à la présence ou non de certains joueurs. Jusqu'à présent, aucune nouvelle recrue n'a été officiellement annoncée, le club préférant tempérer et attendre des éclaircissements sur son propre avenir. Le recrutement s'annonce donc "conséquent", selon les propos du duo dirigeant. Se voulant rassurant, le président et son manager ont souligné que le processus de recrutement a débuté plusieurs mois en amont, avec de nombreux observateurs parcourant les différentes pelouses pour repérer de nouveaux talents. « Nous avons ce travail collectif qui est réalisé, de façon encore plus forte aujourd’hui. Nous n'avons pas été satisfait du recrutement précédent, admet Philippe Mallaroni. Nous avons alors cet objectif d’amélioration. » Une nouvelle manière d'opérer ?

Nouveau cycle, nouveau cap

Une vingtaine de clubs sont actuellement sous la surveillance de la DNCG. Dans ce contexte, il semble plus que jamais évident que l'OAC se trouve dans une position favorable, ayant terminé en tant que deuxième meilleur dixième en National 2, ce qui laisse entrevoir une possibilité de maintien administratif. Le club a également confirmé à la DNCG son accord en cas de "repêchage" - personne n'en doutait, mais il était préférable de le préciser. Philippe Mallaroni l'a rappelé : le club d'Aubagne, champion de National 2 cette année et promu en National pour la saison prochaine, a pourtant été "repêché" en début de saison. Par cette comparaison qui semble anecdotique mais lourde de sens, l'OAC semble alors nourrir l'espoir de reproduire cet exploit. Pour ce faire, le club semble lancer un tout nouveau projet et repartir de zéro.

"Nous sommes arrivés au bout d'un cycle sportif ainsi qu'économique. Il est maintenant temps de repartir avec une page blanche."

Philippe Mallaroni, manager général de l'OAC

En cas de relégation en National 3, l'objectif de Didier Bilange et son équipe est clair : remonter immédiatement et ne pas s'y attarder plus d'une saison. En cas de repêchage - en quoi il croit fermement - le but est de fixer un nouveau cap pour les années à venir, à l'instar du projet 2024 précédemment établi. Le club affiche une ambition assumée. « Nous envisageons de mettre en place un nouveau plan, le "Cap 2026", ou 2027 au plus tard, pour atteindre le niveau National. Les ambitions du club affichés, pour l'instant, ne dépasseront pas ce championnat. En ce sens, nous cherchons à bâtir une équipe performante qui brillera en National 2. Mais pour prétendre au National, nous avons besoin du soutien des partenaires publics et privés pour développer les moyens et les infrastructures nécessaires. Cela ne dépend pas uniquement de nous, cela dépend du niveau auquel nous allons jouer la saison prochaine. »

Didier Bilange : "La politique du club est de ne retenir personne car nous ne sommes pas à ces niveaux d’enjeux." • Photo Louis Valat

Un président en réflexion sur son avenir

En fin d'entrevue, le président actuel du club a laissé entrevoir des nuances dans son engagement à long terme envers le club alésien. Didier Bilange évoque une saison marquante, non pas pour sa douleur immédiate, mais sur la remise en question profonde de son statut. Un exercice 2023-2024, qui a suscité chez lui des interrogations profondes sur la pérennité de son engagement. À court terme, il assure sa présence, mais il souligne que son implication future dépendra de plusieurs facteurs, dont l'enthousiasme autour du club sur les années à venir et, surtout, la capacité à rallier de nouveaux partenaires investis au projet. « Le football est aux portes d'un très bon niveau sur Alès. Il est nécessaire d'avoir beaucoup plus d'infrastructures, des terrains de football synthétiques dédiés, une belle pelouse, et un stade amélioré pour accueillir dignement les sponsors. Le foot ici doit être l’affaire de tous, c’est la seule solution de réussir. » 

Bien qu'il admette ne pas être le plus fervent passionné de football parmi les différents présidents, Didier Bilange insiste néanmoins sur son sens des responsabilités, son attachement au respect des engagements pris, ainsi que sa préoccupation pour l'avenir durable du club. Il exprime également une certaine inquiétude quant au "manque de soutien global" dont il pourrait faire l'objet à long terme, soulignant qu'il ne souhaite pas "porter seul" le poids de cette responsabilité sur ses épaules. En d'autres termes, continuer d'investir sans davantage de soutien. Coup de pression ou ras-le-bol ? Réponse en 2026 ?

Louis Valat

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