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INTERVIEW Tony Gatlif : « Itinérance, c’est le plus beau mot du monde »

Tony Gatlif devant les arènes de Nîmes (Photo archive / Anthony Maurin).
Tony Gatlif devant les arènes de Nîmes (Photo archive / Anthony Maurin).

Au terme d’une émouvante soirée hommage à laquelle seuls les plus grands ont droit, le cinéaste Tony Gatlif, parrain du 40e festival Itinérances, a reçu un prix spécial qui couronne tant l’ensemble de son œuvre que sa fidélité à l’événement alésien ce mardi soir (relire ici). Ému aux larmes, le réalisateur de Gadjo dilo, né d’un père kabyle et d’une mère tzigane, s’est confié à Objectif Gard. Interview.

Objectif Gard : Vous venez de recevoir un prix spécialement conçu pour vous. Peut-on le considérer comme la consécration de votre œuvre et de votre fidélité au festival ?

Tony Gatlif : Je le considère comme un prix d’amitié. Les gens du monde du cinéma d’Alès, de Nîmes, d’Arles et de Montpellier sont vraiment des amis de longue date. Et ça vaut très cher. Ce prix a donc une valeur inestimable.

Quel est votre rapport à Alès et à ce festival Itinérances ?

Je suis venu à Alès il y a très très longtemps, il y a une quarantaine d’années. J’ai tout de suite bien senti Alès et les gens qui y vivent. J’aime beaucoup Antoine Leclerc (coorganisateur de l’événement, Ndlr), qui a été jusqu’à projeter mes films dans des HLM. On est allé vers les gens, qu’ils soient arabes ou gitans. Je suis donc fier qu’il soit encore là.

Ce festival a un nom : Itinérances. Ce qui induit forcément la notion de voyage. Qui mieux que le nomade que vous êtes pour l’incarner ?

Il n’y a pas plus beau mot au monde qu’itinérance. Ça parle directement de cinéma donc ça me plait énormément. C’est peut-être aussi pour ça que j’aime autant ce festival qui me le rend bien.

Vous avez connu la guerre d’Algérie, l’exil, l’extrême pauvreté, les maisons de correction… De quelle manière ces épreuves ont impacté votre œuvre cinématographique ?

J’ai connu la guerre, vu des gens se faire égorger dans des vignes. C’était dégueulasse et j’en ai fait des cauchemars. Je ne voyais pas d’humanité. Ça a peut-être conditionné ma vie de cinéaste. Quand on fait du cinéma, la première chose qu’on doit vouloir, c’est faire des films pour les gens. On n’est pas des stars et ça ne nous intéresse pas d’en être. On fait des films parce qu’on aime les gens qui aiment les films. C’est une fierté que les gens viennent voir nos films et nous reconnaissent. Les gens qui disent qu’ils sont des stars sont des abrutis.

Dans votre carrière, il y a eu deux tournants : la rencontre avec Michel Simon et avant ça, le visionnage de Jeux interdits avec Brigitte Fossey…

Avec Michel Simon, j’ai rencontré un mec génial ! Un mec que j’ai adoré. J’arrive d’Algérie, j’ai douze ans à peine et complètement par hasard, je me suis rendu au théâtre. Je rentre dans la salle, je paie un prix dérisoire pour accéder au balcon. C’est l’affiche avec la photo de Michel Simon qui m’avait donné envie de venir. Tout d’un coup, Michel Simon débarque sur scène avec son chapeau et son flingue à la main. Il m’a fait rire dès ses premiers mots. Pour moi, Michel Simon fait partie de la France. Comme Fernandel. C’est ce qui me rattache à ce pays. Je n’aime pas beaucoup le cinéma américain. Pas parce que je suis raciste mais parce qu’il raconte des choses que je n’aime pas. Pour Brigitte Fossey, en voyant Jeux interdits, c’est comme si on l’avait posée sur mes genoux dans un panier en osier. Je l’ai aimée tout de suite !

Tony Gatlif, c’est aussi la musique. En quoi est-elle indissociable de votre carrière de cinéaste ?

Moi, sans cinéma je ne vis pas ! Sans musique c’est pareil ! C’est la vie, quoi qu’on dise. La musique, c’est aussi la marque de chaque culture, et elle est très importante pour la culture gitane qui est hélas la plus méprisée du monde. Quand on dit que « les gitans sont des voleurs », ça me rend malade !

Propos recueillis par Corentin Migoule

 

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