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FAIT DU JOUR 26 mai 1987 : quand Alès faisait trembler le grand Bordeaux

Gernot Rohr, Gérard Biguet et José Pasqualetti avant le coup d'envoi (Archives municipales d'Alès)
Alain Roche n’a pas empêché Pierre Sither d’ouvrir le score  (Archives Municipales d’Alès)

Il y a 35 ans aujourd’hui, l’Olympique d’Alès en Cévennes (OAC) résistait aux Girondins de Bordeaux en demi-finale de la Coupe de France. Éliminés sans perdre, les joueurs de Léonce Lavagne ont épaté l’Hexagone face à la meilleure équipe française de l’époque. Retour sur un match qui est entré dans la légende du sport gardois.

Il y a des moments qui marquent la mémoire collective. Celle des joueurs de football évidemment, mais aussi de leurs supporters et même d’une ville. Pendant quelques heures, le mardi 26 mai 1987, le temps s’arrête et la joie devient collective et indescriptible. Ces instants de bonheur et de fierté, l’Olympique d’Alès en Cévennes les a connus il y a 35 ans, à la fin d’un printemps où Bordeaux dominait le football français.

Nîmes Olympique première victime des Alésiens

En ce temps là, l’OAC est un des meilleurs clubs de D2, régulièrement bien classé et qui termine devant Nîmes Olympique trois ans d’affilé (1986, 1987 et 1988). Les derby face aux Crocodiles sont des rendez-vous où la délicatesse n’est pas de la partie et où les Alésiens prennent un malin plaisir à bousculer leur ambitieux voisin. Tout va bien dans la capitale des Cévennes et la montée en D1 n’est pas loin quand les joueurs de Léonce Lavagne échouent en barrage contre Mulhouse en 1986 et Caen en 1988.

Les supporters alésiens sont venus en masse (archives municipales d’Alès)

En ce mois de mai 1987, en plus de la lutte pour accéder à l’élite, les Bleu et Blanc s’offrent une épopée en Coupe de France, une compétition où ils ne se sont guère illustrés dans leur histoire. L’aventure débute de la meilleure des façons avec une victoire sur Nîmes Olympique (D2) 2-0. Ce sont ensuite Manosque 3-1, Thonon (D2) 1-0 et 0-0, Tours (D2) 3-1 et 0-1 et Strasbourg (D2) 2-0 et 0-1, qui sont victimes de l’inébranlable volonté cévenole.

« Il y en avait partout, dans les tribunes, sur la piste, même sur les pylônes »

Pour la première fois, Alès atteint les demi-finales en compagnie des Girondins de Bordeaux (D1), l’Olympique de Marseille (D1) et le Stade de Reims (D2). Que du beau monde et le tirage au sort désigne la fabuleuse équipe bordelaise comme adversaire de l’OAC avec le match aller dans le Gard et le retour en Gironde. Sportivement, cela ne pouvait pas être pire, mais c’est aussi l’assurance d’affronter ce qui se fait de mieux dans l’Hexagone. Car le Bordeaux de l’époque, c’est un peu l’équivalent du PSG d’aujourd’hui.

La banc des remplaçants alésiens est soucieux avant le match (Archives municipale d’Alès)

Avec des internationaux en pagaille, les Girondins ont été champion de France en 1984, 1985 et ils le seront encore en 1987. Vainqueurs de la Coupe de France en 1986, ils n’ont échoué qu’en demi-finale de la Coupe des Champions en 1985 face à la Juventus Turin (0-3 et 2-0) de Michel Platini. L’ogre bordelais se présente dans les Cévennes et le stade Alésien est plein à craquer pour voir les stars girondines et pourquoi pas un exploit retentissant de l’OAC. « Il y en avait partout, dans les tribunes, sur la piste et même sur les pylônes. Par moment, le stade s’embrasait », se souvient le défenseur Lionel Cristol.

« Je voulais tellement participer que j’aurais pu jouer blessé »

Loin de se présenter en victime expiatoire, Alès joue sans complexe et justifie les commentaires flatteurs qui l’entoure depuis plusieurs mois. Enthousiastes et consciencieux, les Cévenols incitent le grand Bordeaux à la prudence. La première période ne produit aucun but et Bordeaux comprend qu’il va devoir sérieusement se mettre à l’ouvrage pour gagner sa qualification. Sur le banc un jeune joueur ronge son frein. C’est Olivier Dall’Oglio qui s’est blessé lors d’un match contre Nîmes et c’est en spectateur qu’il assiste à ce moment historique pour le sport gardois : « Je voulais tellement participer que j’aurais pu jouer blessé. Léonce Lavagne m’a mis sur le banc et il a bien fait. Nous étions insouciants et nous n’avions peur de rien. »

Jean Tigana, l’un des meilleurs joueur du monde à Alès (Archives municipales d’Alès)

Après la pause, le Girondin Alain Roche touche le ballon de la main dans sa surface de réparation, mais en 1987 il n’y a pas d’assistance vidéo et l’arbitre Gérard Biguet ne siffle pas le penalty logiquement réclamé par les gardois (49e). Trois minutes plus tard, l’Alésien Pierre Sither en position idéale rate la cage visiteuse de peu (52e). Le stade Pierre-Pibarot rugit et exulte enfin quand l’Oacien José Martinez, pourtant en position de hors-jeu, ouvre le score (1-0, 70e).

« Les mecs de ma génération se souviennent où ils étaient ce jour-là »

Il ne faut alors que treize minutes au FCGB pour égaliser par Philippe Vercruysse (73e) et puis prendre l’avantage grâce à Jean-Marc Ferreri (83e). C’est dur, mais les gardois ne sont pas de ceux qui baissent les bras et ils parviennent à égaliser par une tête de Patrice Cabanel (85e). Alès tient tête à la meilleure équipe française du moment et c’est déjà une victoire en soi. Les Cévenols font des provisions de gloire pour le temps où il y aura disette de plaisir. Le 2 juin au match retour, les Alésiens ramènent un 0-0 du Parc Lescure, c’est excellent mais insuffisant et Bordeaux se qualifie au bénéfice des buts à l’extérieur.

Au match retour, les alésiens Cabanel et Cristol ont fait trembler le grand Bordeaux (archives privées Lionel Cristol)

« Nous étions déçu car José Pasqualetti rate une balle de but à Bordeaux. Nous avions l’impression d’être passé à côté de quelque chose d’exceptionnel. Il y avait un peu de regret mais beaucoup de fierté d’avoir donné du plaisir aux Alésiens. C’est incroyable, on m’en parle encore aujourd’hui. Les mecs de ma génération ont été marqués par ce match et ils se souviennent où ils étaient ce jour-là », explique Olivier Dall’Oglio. En 1987, l’Olympique d’Alès en Cévennes a raté une occasion d’affronter Marseille en finale de la Coupe de France, mais la bande à Lavagne a gravé dans le marbre un des plus beaux exploits du sport gardois de ces cinquante dernières années. C’était le 26 mai 1987 quand l’OAC tutoyait les sommets.

 Norman Jardin

26 mai 1987. Demi-finale de la coupe de France de football. Stade : Pierre-Pibarot. OLYMPIQUE ALÈS EN CÉVENNES (D2) – FC GIRONDINS DE BORDEAUX 2-2 (mi-temps : 0-0). Arbitre : M. Biguet. Spectateurs : 17 000. Buts pour Alès : Martinez (70e) et Cabanel (85e). Buts pour Bordeaux : Vercruysse (73e) et Ferreri (83e).

 Alès : Sence – Cristol, Cabanel, Zago, Malbeaux – Chaintreuil, Da Silva, Pasqualetti (cap), Martinez – Sither (Monczuk, 60e), Alouyal. Entraîneur : Léonce Lavagne.

Bordeaux : Dropsy – Thouvenel, Specht, Roche, Z. Vujovic – Rohr (cap), Girard, Tigana, Vercruysse – Fargeon, Ferreri. Entraîneur : Aimé Jacquet.

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