Publié il y a 1 h - Mise à jour le 19.06.2026 - Olivier Lemierre - 3 min  - vu 28 fois

ARLES La Ligue de protection des oiseaux s'installe aux Marais du Vigueirat, joyau de biodiversité en Camargue

Alain Bougrain-Dubourg, pésident de la LPO, était à Arles hier, aux marais du Vigueirat.

- O.L.

Ce 19 juin à Arles, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et le Conservatoire du littoral ont signé leur convention de partenariat pour une période de six ans aux marais du Vigueirat. Cet espace naturel protégé de 1200 ha, propriété du Conservatoire du littoral, est depuis le début de cette année géré par la LPO, la plus ancienne et plus importante association de protection de la nature en France. Les nouveaux "gardiens" de ce temple de la biodiversité se réjouissent de s'installer en Camargue. Entretien avec le co-directeur régional, Amine Flitti.

Le Conservatoire du littoral* et la Ligue de protection des oiseaux (LPO) ont officialisé, ce vendredi 19 juin aux marais du Vigueirat à Arles, une convention cadre pour les six prochaines années dans la continuité d'une collaboration de longue date au service de la préservation des espaces naturels littoraux et lacustres. Le site naturel de Mas-Thibert n'a pas été choisi au hasard. La gestion des marais du Vigueirat et de ses 1200 ha (dont 900 ha en réserve naturelle nationale), propriété du Conservatoire, a été confiée en ce début d'année à la LPO, qui s'occupe de 14 sites protégés en France appartenant au Conservatoire du littoral. À l'occasion de cet événement, Amine Flitti, co-directeur de la LPO Paca, a bien voulu répondre aux questions d'Objectif Gard & Arles.

Objectif Gard & Arles : Vous allez travailler en commun, avec le Conservatoire du littoral, sur la protection des littoraux qui sont en première ligne face aux bouleversements climatiques, comme le souligne votre président Alain Bougrain-Dubourg. La Camargue est bien évidemment concernée. Et les marais du Vigueirat ?

Amine Flitti : Les marais sont très contraints par ce qui se passe autour. Ils dépendent du bassin versant, mais également de l'écoulement de l'eau vers la mer. Avec le barrage à sel au grand port martitime de Marseille, la gestion n'est pas simple car nous devons aussi appréhender la salinisation de l'eau. La réserve naturelle nationale des marais du Vigueirat fait l'objet d'un programme "Life nature adapt", pour voir comment on va s'adapter pour gérer ces problématiques à l'avenir. Nous avons bien sûr des apports d'eau douce, mais également un gradian de salinité présent à certains endroits.

La LPO a candidaté et a été retenue à la suite de l'appel à manifestation d'intérêt lancé par l'État l'an dernier. C'est une première installation en Camargue, dans la plus grande zone humide de France. Quelles étaient vos motivations ?

Dès que nous avons eu vent de cet appel à manifestation d'intérêt, la LPO nationale et la LPO régionale se sont concertées. Elles ont tout de suite estimé qu'on ne pouvait pas ne pas candidater pour reprendre la gestion d'un tel joyau de biodiversité. Cette réserve est très connue pour son avifaune (909 espèces végétales, 2 200 espèces d'invertébrés, 410 espèces de vertébrés dont 314 espèces d'oiseau, NDLR). Nous sommes ravis de nous installer en Camargue, la plus grande zone d'accueil des oiseaux en France. Et nous avons toute la légitimité à venir gérer cette réserve nationale.

La réserve naturelle nationale de 900 ha est un petit trésor de biodoversité. On y recense 909 espèces végétales, 2200 espèces d'invertébrés, 410 espèces de vertébrés dont 314 espèces d'oiseaux. • Olivier Lemierre

Vous allez devoir redéfinir votre plan de gestion pour les années futures. Pouvez-vous nous préciser vos priorités ?

Nous allons dans un premier temps évaluer le plan de gestion actuel, puis rédiger en 2027 et 2028 un nouveau plan de gestion. Nous travaillerons sur un diagnostic territorial en rencontrant tous les acteurs du territoire : les élus, les associations, les citoyens de Mas-Thibert, les chasseurs, etc. Cela nous guidera. Il n'y aura pas de révolution. Nous voulons bien sûr maintenir en état cette maison, développer les visites et la formation. Nous avons recruté un nouveau responsable du site qui sera chargé de ces missions. Il élaborera une stratégie d'accueil du public et de développement d'actions pédagogiques, à destination des scolaires, en particulier ceux de Mas-Thibert. Et très vite, pour rester concret, nous allons refaire la route. Pour résumer, nous voulons protéger d'abord, accueillir et sensibiliser le public à la protection de l'environnement ensuite. En revanche, nous allons sous-traiter à des prestataires l'activité "insertion" qui n'est pas notre métier. Nous sommes très heureux de devenir le gestionnaire de cette belle réserve et nous ferons tout pour que les équipes qui nous reçoivent aujourd'hui puissent travailler dans les meilleures conditions.

Amine Flitti et Magali Goliard les deux co-directeurs de la LPO Paca. • Olivier Lemierre

Il y a quatre projets qui risquent de mettre en péril les milieux naturels et l'avifaune en Camargue : la ligne 400 000 volts aérienne entre Jonquières Saint-Vincent et Fos, la construction d'un pont à Salin-de-Giraud, le contournement autoroutier d'Arles, et le parc éolien en mer au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Quel est le positionnement de la LPO ?

Nous suivons bien évidemment de très près ces projets. Sur la ligne THT, nous sommes clairs : le tracé actuel n'est pas compatible avec les enjeux du territoire. Nous l'avons dit aux pouvoirs publics. Sur les éoliennes en mer, nous sommes très attentifs et on se donne toutes les possibilités d'agir car l'impact sur les oiseaux risque d'être important. Je n'ai pas étudié le dossier du pont, mais en revanche nous suivons celui du contournement autoroutier d'Arles. Nous avons contribué à l'enquête publique, et resterons vigilants à ce que la séquence ERC (éviter, réduire, compenser, NDLR) soit bien respectée afin de s'assurer qu'il n'y ait pas d'impacts trop importants pour l'environnement.

* En partenariat étroit avec 359 gestionnaires, le Conservatoire du littoral protège aujourd’hui 222 200 hectares au niveau national, qui représentent 843 sites.

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