Jeudi 11 juin 2026, stade Azteca, Mexico City. À 90 minutes du coup d’envoi du match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud, la Coupe du monde FIFA 2026 s’est offerte une cérémonie d’ouverture à la hauteur de l’événement. Sous les yeux de 90 000 spectateurs, des stars sud-américaines ont enflammé la scène. Parmi elles, Shakira, reine incontestée des Coupes du monde, mais aussi Belinda, l’actrice et chanteuse mexicaine, méga-star de l’autre côté de l’Atlantique.
Peu connue en France, son nom complet, Belinda Peregrín Schull, pourrait pourtant résonner familièrement pour les Arlésiens. Et pour cause : elle est la petite-fille de Pierre Schull, matador arlésien (né à Charleval, dans l'Eure).
Tout commence en 1958, lorsque Pierre Schull, fils d’Eugénie, poissonnière sur le boulevard Clémenceau à Arles, prend son alternative dans les arènes de sa ville, avec pour parrain Luis Miguel Dominguín, devenant ainsi le troisième matador de toros français. Élève de Luis Muñoz, fondateur de la première école taurine d’Arles, il incarne alors l’espoir d’une nouvelle génération de toreros français. Mais le destin, capricieux, en décide autrement.
Au milieu des années 1960, blessé dans les arènes de Vista Alegre, Pierre se retrouve convalescent en Espagne, chez Dominguín. C’est là qu’il rencontre Juana Moreno, surnommée "Nana". Propriétaire d’un salon de coiffure à Madrid et championne d’Espagne de bowling (sport qu'elle pratiquait avec Dominguin), elle va bouleverser sa vie. Entre eux, c’est le coup de foudre. Pierre s’installe définitivement en Espagne, abandonne progressivement les arènes et devient représentant pour Paul Ricard.
Jacques Durand, dans Libération (2008), résume ainsi son parcours : à son retour du service militaire, "le train était passé, et lui ne s'accrochera pas outre mesure." Sa dernière corrida à Arles, en 1962, reste gravée dans les mémoires : il torée des Palha… mais en civil. L’autorité militaire lui avait interdit de porter le traje de luces.
Pendant une trentaine d'années, Pierre Schull disparaît des radars. "On savait qu’il était à Madrid, mais où ?", se souvient Evelyne Lanfranchi, figure de l’afición arlésienne. En 1997, à l’occasion d’un regroupement des matadors français, elle et Jacques Durand partent à sa recherche. Grâce au critique taurin Pierre Arnouil, ils retrouvent sa trace. Une amitié naît entre eux.
Lors d’un voyage à Madrid, Evelyne rencontre, dans l’appartement de Pierre et Nana, "une ado en pyjama pilou-pilou qui sort de sa chambre" : Belinda, alors déjà sur la voie de la célébrité. À 4 ans, elle avait quitté l’Espagne pour le Mexique avec ses parents. Là-bas, elle devient une star, d’abord à travers des telenovelas, puis comme chanteuse.
"Pierre et Belinda étaient très proches, il était un peu son coach mental", se souvient Evelyne Lanfranchi. "Il allait souvent lui rendre visite au Mexique, elle venait à Madrid. Elle lui disait : 'Toi tu as rempli des arènes, moi je remplis des stades.' Mais un jour, elle a même rempli la Monumental de Mexico."
En 2008, peu après la disparition de Pierre Schull, une exposition hommage lui est consacrée à l’École taurine d’Arles. Parmi les clichés exposés, ceux de Lucien Clergue, ami de toujours. Les deux hommes avaient fréquenté le collège Mistral ensemble, "et c’est d’ailleurs la mère de Pierre qui avait offert à Lucien son premier appareil photo", ajoute Evelyne.
Aujourd’hui, il reste notamment de Pierre Schull le matador, beaucoup de photos et de souvenirs, deux costumes de campo et sa montera, qui auraient toute leur place dans un musée taurin à Arles. Une trace dans la littérature, aussi. Dans Un singe en hiver (1959), Antoine Blondin fait dire à son héros, Gabriel Fourquet : "Ici, tout me pousse à vous affirmer que je suis le seul grand matador français, plus grand que Pierre Schull."
Sa petite-fille, elle, brille désormais sur la scène mondiale. Un peu de Pierre Schull, sans doute, l’accompagne.