La chapelle Saint-Félix a retrouvé ses décors du début du XXᵉ siècle. « Des couleurs qui donnent de la joie », raconte Monseigneur Brouwet, évêque de Nîmes, Uzès et Alès. Les plafonds bleu nuit ont retrouvé leurs étoiles. Les colonnes rouges et les motifs floraux ont repris leurs couleurs.
Un siècle après leur réalisation, les décors peints de la chapelle Saint-Félix apparaissent de nouveau dans la pureté originelle de leurs pigments. Ce jeudi 18 juin, l'institut d'Alzon a inauguré la restauration de l'édifice en présence du maire de Beaucaire Nelson Chaudon, du député du Gard Yoann Gillet et de Monseigneur Nicolas Brouwet, évêque de Nîmes, Uzès et Alès, venu bénir les travaux.
Petit séminaire
Devant les invités, Yvan Lachaud remonte à l'origine du site en 1823 : le diocèse de Nîmes installe son petit séminaire à Beaucaire. La maison accueille alors uniquement des jeunes gens qui se destinent au sacerdoce. Pensionnaires dès la cinquième, ils suivent un enseignement classique latin-grec et vivent au rythme de la formation religieuse. Ainsi pendant plus d'un siècle, le site reste celui des séminaristes. Puis la porte s'ouvre progressivement à d'autres élèves.
En 1946, un petit collège est créé au sein du séminaire. Les familles de Beaucaire, Tarascon et des villages voisins peuvent désormais y inscrire leurs enfants. Pensionnaires, demi-pensionnaires et externes rejoignent alors un établissement jusque-là réservé aux futurs prêtres. Le petit séminaire quitte finalement Beaucaire en 1964. Une école primaire rejoint ensuite le site. Puis viennent les restructurations de l'enseignement catholique local.
Après la liquidation de Saint-Roman, l'institut d'Alzon reprend les établissements en 2011. Quinze ans plus tard, l'ensemble accueille près de 1 000 jeunes, de la petite enfance au post-bac. Crèche, école, collège, lycée, internat et formations professionnelles composent désormais un véritable campus éducatif. « Dans un établissement catholique, la chapelle n'est pas un bâtiment parmi les autres », rappelle Yvan Lachaud.
Un siècle après, les peintures réapparaissent
Les décors restaurés remontent à 1923, année du centenaire du Petit séminaire. Les peintures sont alors réalisées par le décorateur nîmois Beaufort. Un siècle plus tard, l'humidité et les infiltrations ont fortement dégradé l'ensemble. Certaines parties ont perdu leurs couleurs. Les murs ont été altérés par des matériaux qui empêchaient la pierre de respirer.
La restauration est confiée à l'Atelier WB de Pont-Saint-Esprit, entreprise familiale spécialisée dans le patrimoine religieux. Durant plusieurs mois, les artisans travaillent jusqu'à douze mètres de hauteur. Les murs sont assainis, recouverts de chaux puis poncés à la main avant la reprise des décors. Certains motifs sont reconstitués à partir de calques.
Selon Émeric Pons, 675 étoiles ont été reprises une à une au plafond. Les restaurateurs ont également travaillé sur 840 fleurs dans les parties hautes de la chapelle (soit 6 720 pétales), 720 autres fleurs sur les murs et 1 300 motifs croix entre le chœur et la nef. Tout autour des décors, 2,7 kilomètres de lignes ont été retracés au pinceau. Un travail colossal qui a nécessité plus de 4 000 heures de travail !« Restaurer un édifice comme celui-ci, ce n'est pas seulement réparer ce qu'a laissé le temps. C'est transmettre un patrimoine et préserver le travail de nos ancêtres », souligne le maître d'œuvre du chantier.
Bien plus qu'une restauration
L'opération ne s'est pas limitée aux peintures. Une partie des vitraux a été restaurée. La toiture a été reprise. Le sol rénové. La sonorisation modernisée. Des renforts métalliques ont également été installés afin de prévenir l'apparition de nouvelles fissures sur ce terrain proche du Rhône.
Le financement a mobilisé l'Association Notre-Dame qui a apporté 39 000 euros, la Fondation Saint-Pierre de Palavas à hauteur de 60 000 euros. L'organisme de gestion de l'établissement a financé le reste du chantier. À l'issue de la cérémonie, Monseigneur Nicolas Brouwet a béni les travaux sous le regard des élus, des enseignants, des familles et des anciens élèves.
Sous les peintures restaurées demeurent les traces de toutes les générations passées par Saint-Félix. Celles des séminaristes du XIXᵉ siècle. Celles des collégiens arrivés plus tard. Celles des élèves qui fréquentent aujourd'hui le campus. Plus de deux siècles d'histoire se lisent aujourd'hui dans les couleurs des murs de la chapelle.