C’est dans l’enceinte des cuisines d’un célèbre restaurant nîmois, à deux pas des arènes, que cette affaire a débuté. Le chef de ce lieu emblématique se retrouve debout, une chemise bleu marine ajustée sur le dos, face au tribunal correctionnel de Nîmes. Âgé de 51 ans au moment des faits, il aurait imposé une tentative de baiser à une jeune apprentie, de trente ans sa cadette, travaillant en tant que commis de cuisine depuis un an dans l’établissement. La scène se serait déroulée dans les vestiaires du sous-sol du restaurant. Désireux d’obtenir ce rapprochement charnel, il aurait agrippé la jeune femme par le visage, lui occasionnant une entorse des cervicales des ecchymoses aux deux joues et un choc psychologique. Après consultation d’un médecin de l’Unité médico-judiciaire (UMJ), elle a été soumise à 2 jours d’ITT. Des faits que le prévenu réfute fermement à l’audience, non sans faire état d’une certaine « attirance réciproque » entre eux.
Face au tribunal, le chef à la réputation droite et au caractère tranché, maintien ne pas avoir violenté la jeune femme. Il fait état d’une simple main sur son épaule au moment de lui dire au revoir. Pourtant, au lendemain des faits, il lui a envoyé plusieurs messages dont la teneur reste surprenante. Il lui a alors écrit : « Merci de ne pas ébruiter mes agissements au sein de l’établissement », après lui avoir demandé de l’appeler pour « comprendre quelque chose ». Interrogé par le tribunal, le prévenu répond lui qu'il lui a demandé par ce message de cacher leur prétendu flirt. Depuis plusieurs mois, les deux cuisiniers échangeraient des paroles ambiguës, à la fois dans leurs échanges oraux et par SMS. Et ce, malgré le fait qu’ils soient tous deux en couple. Un comportement moins étonnant lorsqu’il est fait état du passé libertin du prévenu et de sa précédente relation adultérine avec la cheffe pâtissière du restaurant.
« Elle s’est peut-être pincée toute seule »
« Aujourd’hui, il n’est pas bon d’être un homme », lance maître Sylvie Laroche lors de sa plaidoirie. S’appuyant sur la beauté de la jeune apprentie, l’avocate de la défense a ajouté : « Elle se croit irrésistible », décrivant une jeune femme qui serait amoureuse de son chef et vexée qu’il ne lui apporte pas l’attention qu’elle désire. Une attention qui occasionne des bleus donne pourtant rarement envie. Autre argument soulevé par la défense : le caractère aguichant de la victime, exhibant, selon les dires du prévenu, un piercing au nombril pour le séduire. Concernant les ecchymoses constatées, l’avocate poursuit : « Elle s’est peut-être pincée toute seule », ajoutant que l’entorse des cervicales n’aurait pas été confirmée lors de la radiographie. « J’estime qu’il y a des doutes sur la réalité des faits », dit Arnaud Massip, procureur de la République, laissant l’appréciation du dossier à la sagesse du tribunal.
« Il faudrait presque conseiller à nos fils de faire signer un document avant de draguer », sourit l’avocate de la défense avant de demander la relaxe de son client. Une demande qui n’a pas fait fléchir le tribunal, qui a estimé que suffisamment d’éléments ont été apportés pour déterminer que les propos de la victime sont vrais. Elle a notamment fait l’objet d’une expertise psychologique décrivant la jeune femme comme quelqu’un de stable émotionnellement et au récit stable. Le chef, qui exerce aujourd’hui dans un autre établissement de restauration gardois, a été condamné à 1 000 € d’amende, compte tenu de la « gravité relative » des faits. N’étant pas considéré comme un délinquant sexuel « en puissance », comme l’a souligné le président à l’audience, il n’a pas été inscrit au Fijais.