Les Roland Durand sortent de plus en plus et reviennent pour cette novillada sans picadors en feria de Nîmes après de bonnes sorties. Avec du sang Domecq par Miranda de Pericalvo, les becerros de Mas Thibert plaisent, et pour cause.
La municipalité a choisi de valoriser le triomphe. Comme les jeunes n’ont qu’une seule chance de s’exprimer, s’ils coupent deux oreilles ou plus à leur adversaire, la sortie en triomphe se fera par la Porte des Consuls. Il en sera de même pour la corrida du dimanche matin.
Rémy Aensio a connu des jours compliqués. Le Nîmois s’est fait prendre, violemment, en terre alésienne la semaine dernière. Passage au CHU et examens complémentaires avant un retour possible sur le sable de « ses » arènes. Hélas pour lui et insuffisamment remis, il a cédé sa place à son compañero Mathias Sauvaire. C’est donc lui, Matias, qui défile et qui entame un duel unique. Il s’élance en piste et tombera sur le meilleur becerro de la matinée. Pétri de qualités, le cornu et bien fait, a une belle charge et permet beaucoup sans vice ni défaillance de moral. Mathias le sait, l’a vu et s’y colle dès le capote avec un accueil chamarré, empli de douceur et bonne volonté. La douceur, Mathias y arrive peu à peu. Au fil du duel, le torero se relâche, s’abandonne presque et trouve les bons terrains. Plutôt à son aise, il ne laisse pas passer cet excellent toro mais ne parviendra pas à pousser plus loin l’aventure artistique. Il saluera à l’issue de la confrontation.
Manuel Realito vient de Camas (Séville) et, comme celui qui va suivre, remporte tous les prix auxquels il prend part. À 17 ans, son toreo fait déjà parler de lui partout ! Il est l’enfant chéri du sud de l’Espagne et le voir débarquer laissait entrevoir de belles choses. La planta torera, il l’a ! Dans un sublime costume, l’apprenti torero en impose. Une fois en piste, devant un jabonero exigeant, très exigeant, peut-être trop exigeant, Realito fait ce qu’il peut. Il ne rompt pas mais flirte avec la limite. On aura tout de même le temps de voir quelques détails d’esthète dans son toreo pur et sincère. C’est aux aciers que la déroute, car c’est une déroute, a eu lieu. On a arrêté de faire les comptes mais trop d’envois à l’épée et pas assez d’engagement même si, encore une fois, ce toro faisait peur à tout le monde ! « La dure Realito de la vie » disait notre confrère Hervé Sallafranque. Silence glacial sous un soleil de plomb qui a dû mettre à mal tous les toreros.
Rogelio Pajuelo vient quant à lui de l’école taurine Tomas Campuzano. On l’a vu remporter le bolsin Pepe de Montijo de Bellegarde puis enchaîner à Vauvert avec le bolsin Robert Laurent. Mais Nîmes est une autre plaza et exige peut-être plus. Il tombe sur un jabonero un poil plus sombre que celui de Realito et, s’il est moins exigeant, il demande quand même les papiers au jeune apprenti et à sa cuadrilla. Le novillero sans picadors a une gestuelle toujours aussi intéressante et arrive à la lier à la charge du becerro. L’émotion est là, les tendidos réagissent et Pajuelo continue l’effort jusqu’à une épée en bonne place. Les étagères agitent les mouchoirs, le palco, présidé par Nicole Lutchmaya, tombe les deux pavillons blancs !
Lisares, jeune arlésien longiligne, a eu la chance de se préparer au mieux pour ce rendez-vous en participant à la fiesta campera de Saint-Étienne-du-Grès la semaine passée et en faisant rentrer son opposant de La Paluna vivant au toril. Dans la tête, ça fait toujours du bien ! Arrivé en piste, il montre un véritable savoir-faire au capote, un peu de verdure aux banderilles mais c’est le seul apprenti du jour à avoir tenté le tercio, et quelques instabilités à la muleta. La lidia n’est pas parfaite, et tout à coup le torero se plie, se tenant les côtes ou le haut de la hanche du côté droit. Handicapé par cette douleur lancinante, on le sent mal et, sans faire du cinéma, en souffrance. Il s’accroche mais la douleur l’emporte. C’est alors que son conseiller, Mehdi Savalli, celui-là même qui portait son costume il y a 22 ans ici même, vient vers lui et lui met une belle gifle dans le coup. Piqué à vif, c’est après cela que Lisares pègue sa plus belle série avant d’en finir. Oreille demandée, oreille donnée. La vuelta se fera sans sourire et avec quelques larmes de douleur. Mais, demain, au regard de son travail, Lisares sortira grandi de cette expérience.
Troisième triomphe dans le Gard pour Rogelio Pajuelo qui sort par la Porte des Consuls et qui lance bien cette feria de Pentecôte 2026 qui sera chaude !