Aux Halles de Nîmes, les changements ne passent pas inaperçus. Un rideau fermé, un nouveau nom, un commerçant qui n'est plus là, un autre qui prend la suite. Il faut dire qu'ici, on ne vient pas seulement faire ses courses. On vient y retrouver des visages, des conseils, parfois même une routine. Alors forcément, quand plusieurs étals changent en même temps, ça fait parler dans les allées.
Ces dernières semaines, le marché couvert nîmois connaît plusieurs fluctuations. Un étal vide a notamment été repris par les propriétaires de Casa Flores, rue Thoumayne. Aux Halles, l'adresse devient simplement "Casa".
Casa Flores, l’Espagne entre dans les Halles
Le concept reste le même, fidèle à l'esprit de la maison : spécialités espagnoles, variétés de fromages qui ont pour la plupart des médailles, des anchois, du poisson séché et une sélection venue en grande partie d'Espagne. "On a pris plus petit, mais dans l'esprit Casa Flores", expliquent Yoann et Marie-Caroline Planiol, tous deux restaurateurs nîmois.
Leur idée est simple : proposer ce qui manquait, selon eux, dans les Halles. « On a ramené des produits qui viennent pour la plupart d’Espagne. C’est de la cuisine de produit, une sélection à faire découvrir aux gens », ajoutent-ils. Une arrivée qui n'a rien d'anecdotique puisque les nouveaux propriétaires sont eux même de grand amateurs du lieu : « Nous, on adore les Halles, on les fréquente depuis toujours. On est ravis d’en faire partie. » Dans une ville où l’Espagne n’est jamais très loin, entre culture taurine, ferias et habitudes de table, le pari n’a rien d’exotique. Il paraît même assez naturel. « Ça faisait sens, dans une ville comme Nîmes, de proposer ce genre de produits aux clients », résument-ils. Reste maintenant à convaincre les habitués.
Margot, des Halles côté client aux Halles côté commerçante
Un peu plus loin, c'est une toute autre histoire. Margot Meniel a repris l'ancien étal de Justine Baeza. Désormais, il faut dire La Cueillette de Margot. Margot n'arrive pas tout à fait de nulle part. Nîmoise, elle connaissait déjà les Halles comme cliente. Puis elle y a travaillé. Un peu en boucherie, un peu chez un primeur, au contact des produits et des clients. "Je me suis sentie super bien dans les Halles", raconte-t-elle.
C'est quand elle apprend qu'un étal va se libérer qu'elle se dit que c'est peut-être le bon moment : "Je connaissais pas mal d'agriculteurs autour d'ici et j'avais toutes les cartes en main pour me lancer." Mais dans cette aventure, il y a aussi la transmission familiale. Sa mère a quinze ans d'expérience dans les Halles, c'est elle qui l'a formée : comment choisir un fruit, comment reconnaître la bonne maturité. Des gestes simples en apparence, mais qui font souvent toute la différence.
Margot mise aujourd’hui sur des producteurs locaux autant que possible. Des achats dans la région, notamment à Beauvoisin. Elle sait aussi que ses prix peuvent parfois être au-dessus de la moyenne. Elle ne s’en cache pas. Pour convaincre, elle a choisi la méthode la plus ancienne du marché : faire goûter. « En général, ça suffit. Les gens reviennent parce que les produits sont de très bonne qualité », explique-t-elle. Ouverte depuis trois semaines, elle commence déjà à reconnaître certains clients. La jeune primeur prend ses marques. Ce qu’elle aime le plus ? Le lien. La discussion. Aux Halles, c’est peut-être encore cela qui compte le plus.
Les Jolis Canons veulent reprendre le verre à moitié plein
La Cave à Bobo, fermée, doit aussi changer de main. L’étal doit être repris par Vincent Farrugia et sa compagne Ana, déjà connus rue Fresque avec Les Jolis Canons. Là encore, il ne s'agit pas de tout effacer puisque le lieu restera un caviste, avec une possibilité de dégustation. La Cave à Bobo laissera ainsi place aux Jolis Canons des Halles. Ana, Nîmoise, y voit aussi un retour aux sources. Après beaucoup d'années dans le vin, elle avait envie de se poser. "L'envie, c'est de se sédentariser un peu plus, de monter son projet aussi", indique-t-elle. L'occasion s'est présentée par le biais de discussions avec l'ancien propriétaire. Le projet a suivi.
Sur l’étal, les clients devraient retrouver l’univers des Jolis Canons : vins régionaux, sélection plus pointue, Bourgogne, champagne, bières artisanales, spiritueux. Le tout avec une attention particulière portée aux vins bio, biodynamiques ou nature. « L’idée, ce n’est pas de faire un copier-coller », précise Ana. L’étal des Halles aura donc sa propre sélection. Pourquoi les Halles ? Parce que ce n’est pas une adresse comme une autre. « Ce sont des Halles marchandes. Les gens y font leurs courses, achètent ce dont ils ont besoin pour le repas du midi ou pour les fêtes. Il y a une proximité entre les étaliers et les consommateurs. » Tout est dit.
C'est peut-être ce qui résume le mieux ces arrivées. Les Halles de Nîmes ont beau être une institution, rien n'est figé. Les noms changent, les générations passent, les envies évoluent, et les clients aussi.