Publié il y a 1 h - Mise à jour le 29.06.2026 - Abdel Samari - 2 min  - vu 552 fois

ÉDITORIAL Le RN a déjà gagné une bataille

Marche des fiertés 2026 (Photo Anthony Maurin)

Marche des fiertés 2026

- Photo Anthony Maurin

À force d'amalgames, de polémiques permanentes et de propos décomplexés, le débat public s'est déplacé. Bien avant une éventuelle victoire électorale, l'extrême droite a déjà imposé une partie de son récit.

La France détient un record. Pas encore celui du plus grand nombre de Coupes du monde, même si l'on espère que l'édition 2026 offrira aux Bleus une troisième étoile. Non, notre véritable spécialité est ailleurs : nous sommes devenus les champions du monde de la plainte. Il ne se passe pas une journée sans que l'on trouve une nouvelle raison de reprocher à nos institutions, à nos dirigeants ou à notre organisation collective tous les maux de la société. Il fait trop chaud ? Personne n'aurait anticipé. Une guerre éclate à des milliers de kilomètres, entre l'Iran et les États-Unis ? C'est au gouvernement français d'en payer l'addition. Un drame survient, comme il en existe malheureusement dans toutes les sociétés modernes ? Les responsables politiques sont immédiatement désignés coupables. Cette défiance permanente finit par contaminer tout le débat public. Et parfois, elle se transforme en quelque chose de bien plus inquiétant. Samedi dernier, lors de la Marche des fiertés à Nîmes, les commentaires les plus abjects, les plus haineux, les plus honteux se sont déversés sur les réseaux sociaux. Beaucoup n'ont retenu qu'une chose : les tenues parfois extravagantes de certains participants. Presque personne n'a voulu voir l'essentiel. En ouvrant le cortège, le maire de Nîmes, Vincent Bouget, rappelait qu'une République digne de ce nom protège chacun de ses citoyens, quelles que soient son orientation sexuelle ou son identité. Il affirmait que Nîmes est une ville où chacun doit pouvoir trouver sa place sans craindre d'être insulté, discriminé ou agressé. Mais ce message est passé au second plan. Certains ont préféré accuser le maire de cautionner les excès du défilé. D'autres sont allés plus loin. Le député RN Yoann Gillet a dénoncé ce qu'il considère comme l'hypocrisie de Vincent Bouget face à « l'islamisme homophobe ». Une réaction qui interroge. Que sous-entend exactement cette accusation ? Que le maire de Nîmes serait l'allié politique des islamistes ? Sur quels faits repose une telle affirmation ? À force d'associer sans démonstration des adversaires politiques à des ennemis de la République, on finit par installer un climat où le soupçon remplace le débat. C'est peut-être cela, le véritable basculement. La radicalisation du discours public n'est plus une hypothèse pour demain. Elle est déjà là. La bataille culturelle ne se prépare plus : elle est engagée. Il y a quelques jours, un maire gardois confiait à notre journal, les larmes aux yeux, sa douleur de voir sa propre mère voter désormais pour le Rassemblement national. Au-delà du choix électoral, c'est le symptôme d'une fracture plus profonde : les mots employés quotidiennement finissent par façonner notre regard sur les autres et sur le monde. Jean-Luc Mélenchon parle souvent de la « nouvelle France ». Le Rassemblement national, lui, n'attend plus d'arriver au pouvoir pour imposer son récit. À force de banaliser certains raccourcis, certaines oppositions et certains amalgames, il a déjà réussi à déplacer les frontières du débat public.

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