Publié il y a 1 h - Mise à jour le 25.06.2026 - Yannick Pons - 4 min  - vu 1414 fois

FAIT DU SOIR Maevi s'est peu à peu éteinte, consumée par les viols qu'elle dénonçait

Maevi

- @Olivier Pailloux

Elle avait trouvé la force de parler après trente ans de silence. Maevi Colomina est morte lundi, deux ans après avoir dénoncé des viols qu'elle imputait à son ancien entraîneur du Nautic Club Nîmois.

Au funérarium de Nîmes, mercredi à 14 heures, il n’y avait plus vraiment de place. « On ne pouvait pas entrer tellement il y avait de monde », raconte Laetitia Meignan. Ancienne judokate médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992, référente prévention des violences sexuelles et sexistes dans le sport dans le Gard au sein de la FSGT, la Nîmoise avait connu la sœur de Maevi Colomina en équipe de France. Elle avait aussi échangé ces derniers mois avec l’ancienne nageuse, au fil de ses démarches, de ses alertes, de sa détresse, puisque qu’aujourd’hui elle en a fait son métier, soutenir ces filles victimes de viol dans le sport.

Broyée par l'attente

Maevi avait 41 ans. Ancienne nageuse du Nautic Club Nîmois, elle accusait son entraîneur de l’époque, Jérôme C., de viols et d’agressions sexuelles commis lorsqu’elle était adolescente. Deux ans après sa plainte, elle est morte le 15 juin. Hier, au funérarium de Nîmes, Laetitia Meignan a raconté une femme broyée par l’attente, le silence et la lenteur d’une affaire qui n’a pas encore été jugée.

En novembre 2024, cette ancienne nageuse du Nautic Club Nîmois avait déposé plainte contre Jérôme C., son entraîneur de l’époque. Elle l’accusait de viols et d’agressions sexuelles commis, selon elle, entre 1995 et 1999, lorsqu’elle avait entre 11 et 15 ans. Selon Le Parisien, d’autres femmes se disant victimes du même homme ont ensuite rapporté des faits similaires sur une période d’une trentaine d’années. Une dizaine de victimes potentielles se seraient manifestées. Six femmes ont également été entendues par la brigade de protection de la famille de la police judiciaire de Nîmes sur des faits d’agressions sexuelles subies entre 1994 et 2009.

Jérôme C. a été mis en examen en novembre 2025 pour viol ou agression sexuelle sur sept anciennes élèves au total, entre 1994 et 2009. Il conteste l’ensemble des faits, selon les éléments communiqués par la procureure à l’époque. Il reste présumé innocent. Maevi Colomina n’assistera pas au procès de celui qu’elle accusait. Son compagnon a annoncé sa mort sur les réseaux sociaux et a décidé de se constituer partie civile dans la procédure. Selon lui, son décès accidentel serait lié à son état de dépression causé par l’affaire.

Violences ajoutées

Laetitia Meignan refuse les raccourcis. Elle parle d’un effondrement progressif, et d’une situation malheureusement trop classique en France. Une parole empêchée, dévoilée trop tard, puis surtout trop peu entendue. Laetitia sait de quoi elle parle puisqu’elle a subi elle-même « des violences extrêmes, non reconnues, menant souvent au suicide voire au suicide forcé, qu'il faudrait nommer viol de l'âme. C’est très lourd psychologiquement. Ça te fait partir en vrille », confie-t-elle. Avant d’ajouter, au sujet de Maevi : « Elle n’a pas été protégée. »

La judokate insiste sur ce qui se joue après la plainte. Pas seulement l’enquête. Pas seulement les convocations. Tout ce qui entoure la victime. Les regards. Les loyautés. Les silences. « Tant que tout le monde tourne le dos ou met tout ça sous le tapis, qu’on sait qu’on est en retard, qu’on n’a pas le droit de le dire, qu’on n’est pas entendues, qu’on est prises pour folles, ce sont des violences ajoutées. »

Elle parle d’une violence en plus. De familles qui vous lâchent. Des collègues qui se taisent. Des portes des clubs qui se ferment. Dans le sport, le pouvoir d’un entraîneur sur de très jeunes athlètes laisse parfois des traces que personne ne veut voir au moment où elles se forment. Une ancienne nageuse rencontrée le jour des obsèques lui a raconté un souvenir revenu après coup. En stage, Maevi, appelée dans la chambre de l’entraîneur. Puis le retour. Rien n’est visible. Rien n’est dit. « On le sait avec Sarah Abitbol, on sait comment les victimes sont tenues au secret et tiennent le secret. Et du coup, ça mine intérieurement, terriblement », poursuit Laetitia Meignan.

« On n’avait pas trop les outils pour faire grand-chose »

Elle évoque aussi une responsable de l’époque, qu’elle ne nomme pas. Cette femme lui aurait confié que certaines choses se savaient. « C’était banalisé. On n’avait pas trop les outils pour faire grand-chose. C’est un truc intermédiaire que tout le monde sait et en même temps personne ne se sent capable de faire quoi que ce soit. On doit continuer et faire avec. »

Maevi Colomina avait parlé près de trente ans après les faits qu’elle dénonçait. Selon Le Parisien, elle avait expliqué avoir enfoui cette histoire pendant trois décennies, avant d’oser franchir le pas. Elle disait aussi avoir cru être seule. Laetitia Meignan y voit le coeur du dossier. Une victime isolée, puis la parole qui se libère trop tard. « Quand quelqu’un arrive à avoir le courage de le dire, c’est très lourd. Il y a des pressions. Je peux en témoigner personnellement. »

Laetitia ne réclame pas seulement des sanctions. Elle réclame une transformation plus profonde. « La première chose dont une victime a besoin, c’est que l’auteur reconnaisse, demande pardon,afin que l'on puisse se reconstruire. » Selon elle, la justice doit être plus forte, mais elle ne peut pas rester seule au bout de la chaîne. Les clubs, les institutions, les familles, les encadrants doivent aussi apprendre à agir avant l’irréparable. Au funérarium de Nîmes, mercredi, la foule le criait tout bas. Maevi Colomina n’était plus seule. Mais elle n’était plus là.

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