Patrick Malavieille, 63 ans, dit "Mala" pour les intimes, a grandi dans le quartier populaire de Trescol, à La Grand'Combe. Orphelin à 17 ans, après avoir perdu sa mère à la suite d'un cancer, et son père lors d'un accident de la route, il a été porté et marqué par la solidarité des habitants de sa ville, qui l’ont soutenu matériellement et moralement. « Ils m’ont payé ma carte de car pour aller au lycée, ils m’ont aidé pour les papiers… Je leur dois beaucoup », confie-t-il. Cette dette, il l’a remboursée toute sa vie en servant sa ville, son département, sa région, et au-delà.
Son engagement politique a commencé à 20 ans, au Parti communiste français, inspiré par les valeurs de justice sociale, de paix et d’éducation. « J’ai adhéré pour ces valeurs, pas pour reproduire ce qui se passait en URSS », précise-t-il. Depuis, il n’a jamais quitté ce parti, malgré les débats internes et les évolutions du paysage politique. « Je suis resté dans mon couloir, comme disent les coureurs », lance-t-il avec humour.
Un parcours politique riche et varié
Patrick Malavieille a occupé de nombreuses fonctions : maire de La Grand'Combe pendant 20 ans, député (1997 à 2002), au conseil départemental du Gard depuis 37 ans, conseiller régional, président de communautés de communes, ou encore administrateur d’institutions comme le centre hospitalier de Ponteils ou le Pont du Gard. « J’ai porté beaucoup de casquettes, mais chaque mandat a été une aventure », explique-t-il.
Parmi ses réalisations, il cite avec fierté la fusion des intercommunalités (Haute-Cévennes, Cévennes et Pays Grand’Combien), la création de l’Epide, la rénovation de la Maison du mineur, le classement du Puits Ricard au titre des Monuments historiques, ou encore l’accueil de réfugiés (kosovars, syriens, ukrainiens). « J’ai toujours préféré perdre une élection que perdre mon âme, mais manque de pot pour les autres, j'ai toujours gagné ces élections et gardé mon âme », déclare-t-il, rappelant que ces engagements humanistes ont parfois été critiqués, mais jamais abandonnés.
Son mandat de maire reste celui qui l’a le plus marqué : « C’est là où on est le plus proche de la population, où on peut agir concrètement. » À l’Assemblée nationale, il a travaillé sur des sujets comme la formation professionnelle, une expérience qui lui a permis de « découvrir des enjeux nouveaux », en tant que jeune député élu à 35 ans.
Un homme de valeurs, ancré dans son temps
Patrick Malavieille est aussi un homme de foi, catholique peu pratiquant, qui voit dans son éducation religieuse et son engagement politique une complémentarité. « Quand on croise ces deux dimensions, ça produit des choses intéressantes », estime-t-il. Il est également un voyageur inconditionnel qui n'a jamais transigé sur son amour de la découverte, ayant sillonné l’Amérique du Sud, l’Asie ou l’Europe centrale, ce qui lui a permis de « relativiser et de prendre du recul, d'ouvrir encore plus l'esprit vers le monde ».
Il assume aussi son homosexualité, un sujet qu’il n’a jamais caché, mais qui a parfois été source de moqueries ou de remarques déplacées. « Ce n’est pas toujours facile, mais j’ai toujours continué mon chemin, et j'en ai pas fait une carte de visite », souligne-t-il.
La culture et l’éducation, piliers de son action
Pour lui, la culture et l’éducation sont les leviers essentiels pour faire évoluer la société. « L’éducation artistique dès le plus jeune âge peut révéler des talents et ouvrir des voies », défend-il. Au département, il a mis en place des parcours artistiques pour 10 000 collégiens chaque année, avec un budget de 300 000 €. « La culture, c’est le ciment de la société. Essayons l’inculture, on verra ce que ça coûte », lance-t-il avec ironie.
Il s’inquiète aujourd’hui de voir certaines collectivités censurer des œuvres ou des spectacles, rappelant que « la liberté artistique et la liberté d’expression sont non négociables ».
Réinventer La Grand'Combe
Pour La Grand'Combe, Patrick Malavieille voit trois priorités : améliorer le cadre de vie (espaces publics, jardins), maintenir le maillage des services publics (comme la maison de retraite, avec 15 millions d’euros d’investissement), et développer l’activité économique, comme la zone Humphry Davy. « Il faut inverser la vapeur : aujourd’hui, on habite à la Grand-Combe par nécessité. Demain, il faut que ce soit par choix », explique-t-il.
Il insiste aussi sur la nécessité de travailler en intelligence avec Alès et les communes voisines. « Notre histoire est commune. On va dans le sens du fleuve, vers la mer », image-t-il.
Lors de cérémonie de sa remise d'insigne, Françoise Laurent-Pérrigot, présidente du conseil général du département du Gard, qui le connaît depuis ses débuts en politique, résume son attachement au territoire en ces mots : « C'est ici que bat ton cœur, c'est ici que tu puises ta force, ton caractère, ton sens de la justice sociale. C'est ici que s'enracinent ces valeurs de solidarité, de dignité et de fraternité qui ont façonné des générations de mineurs et de familles ouvrières. »
Le préfet Jérôme Bonet, présent pour la cérémonie qui lui a remis l'insigne, a également souligné « cet attachement viscéral à ce territoire, pourtant meurtri par son histoire, un attachement et un dévouement qui irradie et qui fait aimer La Grand’Combe à chacun de ses interlocuteurs. »
Une cérémonie empreinte d'émotions
La Légion d’honneur, Patrick Malavieille l'a donc reçue avec humilité ce jeudi soir, entouré de ses amis, ses proches, ses adversaires, mais c'est avant tout, en pensant d’abord à ses parents, disparus trop tôt, et à tous ceux qui l’ont accompagné. « C’est une reconnaissance pour celles et ceux qui m’ont soutenu, et pour ce territoire qui a tant donné à la France », déclare-t-il.
En recevant la Légion d’honneur, Patrick Malavieille a tenu à rappeler que cette distinction honorait avant tout son territoire et ceux qui l’ont accompagné : « Si je suis là aujourd’hui, ce n’est pas le parcours d’un homme qui est reconnu, mais celui d’un territoire et de toutes les rencontres qui en ont jalonné ma vie. » Il a également réaffirmé son engagement pour l’avenir : « Je continuerai à défendre pied à pied La Grand’Combe, les Cévennes et le Gard. »
La cérémonie à la Maison du mineur, symbole de l’histoire ouvrière de la ville, a une résonance particulière : « C’est comme si je la recevais au pied de la Tour Eiffel », sa Tour Eiffel qui brillera de rouge aux couleurs d'un des hommes les plus influents de l'histoire du Gard.