Publié il y a 1 h - Mise à jour le 19.02.2026 - propos recueillis par Anthony Maurin - 6 min  - vu 121 fois

L’INTERVIEW Esteban Navarro : « Je vais montrer ce que je suis »

Esteban Navarro (Photo Anthony Maurin)

Esteban Navarro (Photo Anthony Maurin)

Au cartel du Trophée Sébastien Castella qui se tiendra à Bellegarde sous la forme d’une novillada sans picadors le 29 mars prochain, Esteban Navarro se dévoile. Interview.

Cette novillada sans picadors fermera un week-end taurin avec la présence de becerros de La Paluna et la famille Durand. Face à eux, l’Andalou de Linares Blas Marquez, le Madrilène Daniel Garcia et Esteban Navarro qui est à l’école taurine de Béziers et qui débutera en costume de lumières. Esteban Navarro est inscrit à l’école taurine Béziers Méditerranée, mais les Gardois le connaissent bien ! De Saint-Gilles en passant par Lunel, Codognan, Pérols, Méjanes ou encore Palavas, le jeune s’est installé dans le décor taurin régional.

ObjectifGard : Pouvez-vous vous présenter ?

Esteban Navarro : J’ai 18 ans, je suis né à Arcachon et j’ai grandi entre Béziers et Arcachon. Je vais devenir novillero sans picadors le 29 mars à Bellegarde où je mettrai le costume de lumières pour la première fois.

Comment êtes-vous arrivé dans les toros ?

Mon père est militaire, ma famille, de ce côté, est de Béziers. Ma mère, qui n’était pas du tout aficionada, m’a suivie pour que je vive ma passion, donc j’ai grandi entre Béziers et Arcachon. À douze ans, je me suis inscrit à l’école taurine. J’ai eu mon bac avec mention, je fais un BTS de commerce en formation initiale. Les toros occupent bien ma vie ! Je suis scolarisé non pas par doute d’y arriver, mais par précaution et anticipation, juste au cas où.

Qui êtes-vous quand vous n’êtes pas dans les arènes ?

Civil et torero, c’est un peu la même chose dans ma tête. Je suis quelqu’un de sociable, j’aime parler aux gens, je suis passionné par les toros mais j’aime voir mes amis, manger avec eux, passer du temps avec ma famille aimante. J’aime aussi aller au campo, j’adore ça ! Si on m’enlève les toros, j’aime l’extérieur, les voyages.

Esteban Navarro (Photo Anthony Maurin)
Esteban Navarro (Photo Anthony Maurin)

Votre premier souvenir taurin ?

Mes grands-parents paternels étaient aficionados mais je n’ai pas souvenir de ma première corrida. Par contre, il se dit que depuis tout petit je veux être torero. Mon prof de maternelle, à Arcachon, quand j’étais en moyenne section, m’a même offert un livre taurin !

Et un vrai souvenir dans les arènes ?

Ma première image est celle d’une corrida. Je revois le maestro Sébastien Castella faisant des chicuelinas, j’avais six ou sept ans, c’est l’image la plus ancienne que j’ai dans ma tête. J’ai découvert le campo vers mes 11 ans. Pour mon anniversaire, mes parents m’avaient offert une visite chez Margé, Robert nous avait alors pris dans son pick-up et c’est là que j’ai pu voir l’animal de près !

Vos impressions ?

C’est impressionnant ! Robert Margé est quelqu’un de très impressionnant, je savais qui il était. J’ai toujours parlé et discuté toros, j’avais conscience de cela. Arriver au campo et découvrir le décor et ses toros impressionnants, c’est puissant, ça marque !

Vous vous inscrivez à l’école taurine et après ?

J’ai fait mes débuts avec la fin de Philippe San Gillen à l’école. Puis, il y a eu le Covid dans la foulée donc les réels premiers entraînements sont début 2021 pour moi. J’ai alors découvert Tomas Cerqueira et Cayetano Ortiz qui arrivaient à l’école taurine pour y enseigner. Christian Parejo était, lui aussi, là, Christian est un modèle. Il marchait sur l’eau, tout lui réussissait et c’était très intéressant pour ma formation. Il m’a toujours pris avec lui au campo de second, un lien s’est créé entre nous, il m’a apporté beaucoup.

Vous avez été bien guidé jusqu’ici…

Oui ! Mais, malgré ces modèles, je veux créer ma propre histoire et mon propre chemin, mon parcours. Quand je vois le trophée Castella, pour moi, je me dis que je ne veux pas suivre une route déjà faite. Débuter de lumières et montrer ce que je veux exprimer avec ma tauromachie, là sont mes buts.

Vous toréez selon vos envies ou une ligne directrice imposée ?

Je pense toréer comme je le ressens. Pendant longtemps j’ai toréé de façon assez scolaire, les talons au sol, avec un côté Juli, qui est l’idole de Tomas. Un jour, quand j’ai rencontré Sébastien Castella avec la peña Emilio Oliva en Espagne chez Juan Pedro Domecq, j’ai évolué. Malchance dans ma chance, personne n’était là pour me dire quoi faire devant le bétail. Le maestro Castella impose un certain respect par son charisme et sa trajectoire, ce n’était pas facile de s’imposer. On a échangé très peu de mots ensemble mais il m’a dit que j’allais sortir après lui, j’étais heureux.

Et ?

Je sors seul, le maestro me regarde, la tienta était filmée, c’était impressionnant mais j’ai presque oublié ce que Tomas Cerqueira m’apprenait. J’ai toréé comme je l’ai senti, de façon beaucoup plus verticale. C’est là que j’ai ressenti plus de choses, il m’a semblé maîtriser un certain équilibre, j’étais bien devant l’animal. Mais je n’ai pas voulu regarder si on me regardait.

Esteban Navarro (Photo Anthony Maurin)
Esteban Navarro (Photo Anthony Maurin)

Cela a acté votre concept ?

Après un retour en bus d’une dizaine d’heures, je suis allé tienter chez Margé le matin et l’après-midi avec un Camargue ! J’aime le style à la Manolete, Tomas a compris ce dont j’avais besoin et il a cru un peu en moi. Depuis, on travaille ce style vertical, pur. Ma tauromachie est un mélange qui va dans le sens des Manolete ou des Talavante des années 2006, 2007. Je veux montrer ce que je ressens et ce qui me plaît.

Pas facile de trouver la juste mesure entre un torero et son apoderado…

Tomas a réalisé que notre concept était différent. Il a appris, s’est renseigné sur cette tauromachie, sur ce qu’a appris Corbacho à Talavante. On s’est sentis immédiatement bien mieux devant l’animal. Chaque instant est devenu un plaisir à l’entraînement, c’est que nous voulions. Tomas est un très bon professeur ! Il m’apporte énormément.

Vous avancez selon une cadence rythmée, pas de sprint, plutôt un marathon, c’est rare, pourquoi ?

J’ai vécu beaucoup d’années de doutes, de réflexion. J’ai 18 ans, pendant deux ans, je me suis demandé pourquoi pas moi ! Tomas m’a dit d’attendre, de faire les choses bien. Il m’a parlé de Bellegarde à la fin de l’été dernier. Le premier novillo que je tue à la Paluna s’est bien passé. Idem pour un essai devant deux novillos de Margé. Tomas était content, on peut enfin sortir en public et de façon concrète, en costume de lumières !

N’avez-vous pas trop la pression en ce début de temporada décisive ?

Ça fait trois mois que je suis au courant, je vis entre pression et entraînement, mais j’aborde ça de manière professionnelle. Je ne suis pas là pour faire de la figuration. Je veux montrer que je suis prêt à faire l’effort, qu’importe la bête qui sortira ce jour-là, je vais montrer ce que je suis. Je m’entraîne à être prêt à prendre la cornada, même si c’est mon premier jour en costume. À Madrid comme dans une arène portative, je veux faire les choses bien et remporter le trophée.

Vous débuterez avec des compagnons de cartel expérimentés. Est-ce un handicap ?

Le manque d’expérience ? Je ne connais pas mes compañeros, mais j’ai regardé quelques vidéos d’eux et je les respecte. Moi, je suis là pour tout couper et tant mieux s’ils font la même chose. Je pense que c’est ce qui peut me faire gagner le trophée.

Vous ne serez sans doute pas seul à Bellegarde !

Mes amis et ma famille seront sûrement là, j’ai confiance en eux, ils seront une partie du public ! Je serai vraiment là pour moi et pour montrer ce que je vaux, mais aussi pour convaincre. Mon toreo peut m’amener au plus haut niveau.

Et la suite, est-elle déjà prévue ?

Pour le reste de la saison, c’est Tomas qui décidera, je lui fais une entière confiance. J’entends que quelques arènes pourraient m’ouvrir leurs portes, mais rien n’est officiel, on verra ! En tant que Biterrois, mon rêve est de toréer à Béziers… Mais aussi dans toutes les autres arènes.

Et ailleurs ?

Les arènes, on doit savoir s’y adapter. C’est cohérent de se mettre à genoux à Pampelune et d’essayer de jouer une bataille à Madrid comme il est important de montrer des détails et d’être pur à Séville. Pour autant, on doit rester fidèle à son concept. Si le mien plaît, il peut plaire partout, mais on verra lesquelles sont conquises. Mexico, Bogota... Tout me fait rêver, mais on ne cite pas tout !

Cette première course se fera devant du bétail français, apprécié. Est-ce une bonne chose ?

En novillada sans picadors, on ne peut pas regarder le fer, qu’importe le novillo on doit se donner à fond. Tous les toros sont toréables, dans chaque ganaderia on peut trouver du bon. Un encaste ne me fait pas plus rêver qu’un autre, je veux juste tomber sur un toro qui serve et qui puisse me permettre de montrer. Je n’ai pas encore toréé une vingtaine de toros mais j’espère y arriver bientôt !

Un dernier mot ?

Venez me voir pour voir ce que je vaux, c’est toujours mieux que de m’écouter parler ou de me lire !

Entrée générale fixée à 20 euros, réservations plus classiques par téléphone au 04 66 01 12 15 ou par mail à betis7705(a)hotmail.fr

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
propos recueillis par Anthony Maurin

Actualités

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio