Ils finissent les dernières préparations des carcasses déjà achetées. Stéphanie et Yann Fievet ont le coeur gros dans leur atelier de l'avenue du Pasteur Rollin. Ils ont même fini par faire partir des caisse de viande à 10€ le kilo. L'activité attend un délibéré du tribunal de commerce pour le 12 mai, qui devrait confirmer le dépôt de bilan.
Yann et Stéphanie Fievet ont lancé leur commerce ambulant en 2019, pensant même ouvrir un commerce en ville, à terme. Mais le Covid fut une première entaille dans la belle histoire de l'entreprise et la possibilité de créer un local s'est amenuisée. Les Délices d'Anduze ont donc continué à tourner les marchés, en attirant une clientèle d'habitués, en glanant chaque année, au passage, des récompenses au concours Gard Gourmand pour la qualité de leur savoir-faire.
Mais les marchés perdent des clients, ont pu constater les Fievet, notamment en raison des difficultés de pouvoir d'achat. Et les hausses de frais d'essence n'arrangent rien, quand le modèle économique repose sur la vente ambulante et, donc, la hausse importante des coûts en raison du prix du gazole.
À cet ensemble se sont ajoutés des rapports exécrables avec les propriétaires. "On a envoyé quatre lettres recommandées pour obtenir des quittances de loyer, et on a n'a jamais eu de retour", affirme Stéphanie Fievet. Du coup, le couple décide de bloquer les loyers. Mais doit finalement se résigner à les verser au bout de trois mois. Les Fievet disent aussi avoir déjà été agressés verbalement.
Pour le propriétaire des locaux, joint par Objectif Gard, les torts sont inversés. Et il accuse le couple Fievet d'avoir endommagé le portail de la cour, d'avoir fait de la vente sur place alors que c'était interdit, et de ne pas avoir fait preuve d'une grande cordialité. Ainsi que d'avoir occupé un espace trop grand dans la cour, alors que d'autres locataires en disposent aussi. "On a eu des dégradations, on a demandé à ce que ce soit réparé. Et on a encore deux loyers impayés", regrette-t-il.
"Et puis, un samedi matin en allant chercher le camion, il n'y avait plus de le groupe froid", poursuit Yann Fievet. Le couple a porté plainte mais dit ne pas avoir eu de nouvelles des gendarmes depuis. Ce jour-là, le maire d'Anduze, Bonifacio Iglesias les accompagne lors du dépôt de plainte. De leur côté, les propriétaires, se sentant mis en cause, sont allés faire leur propre déposition à la gendarmerie.
"Moi, j'y suis allé en tant que soutien à des artisans locaux, explique Bonifacio Iglesias. Pour un problème qui entre dans la problématique des incivilités, même si cette fois-ci, elles paraissent ciblées..." Et puis, une semaine après le vol, "la police municipale nous a appelés et nous a dit 'On a trouvé vos pièces du groupe froid dans le parc des Cordeliers', explique Yann Fievet. Mais comme les pièces avaient pris l'eau, il n'a pas été possible de relever des empreintes.." La cour que loue les Délices d'Anduze donne directement sur le parc.
Les Fievet gardent quand même le moral, les Délices d'Anduze vont pouvoir reprendre leur tournée. Il y a deux semaines, "on avait réinstallé le groupe froid le lundi. Et le mardi soir, j'ai pris un platane à Arpaillargues..." La malchance, la fatigue, l'enchaînement des événements... Yann Fievet se dit que cet accident sonne le glas de l'activité. "On est fatigués, et les problèmes avec les propriétaires nous ont achevé. On a cherché tous les moyens pour s'en sortir". Mais alors qu'il leur restait trois ans de bail, le jugement devrait leur faire cesser l'activité.
"On l'a dit aux clients, qui sont peinés, reprend Stéphanie Fievet. Hier (la semaine dernière, NDLR), les clients de Collias nous ont fait un message groupé de soutien", poursuit Stéphanie Fievet. Pour rebondir, le couple évalue la possibilité d'une reprise de magasin, toujours dans le secteur d'Anduze, et toujours dans la charcuterie. Ils ont lancé une cagnotte en ligne pour y parvenir. Avec l'espoir que leurs clients leur restent fidèles.
La cagnotte en ligne est à retrouver ici