Les surfaces globales concernées par des projets photovoltaïques diffèrent entre mairie et opposants. Mais ils s'accordent sur le projet qui était présenté ce lundi soir à l'équipe municipale par les Verso Energy : l'entreprise convoite 15 hectares sur des terres agricoles, aux Martinets, dans le nord de la commune. Sur cette aire, des panneaux photovoltaïques seraient implantés, à trois mètres de haut, espacés de 15 mètres pour permettre le passage d'engins agricoles.
"On sait pertinemment qu'il n'y aura plus de culture là-dessous, explique Cyrille Raya, du collectif d'opposants qui comprend notamment la Confédération paysanne. Il n'y a aucun blé qui rapporte 5 000 € par an et par hectare... Ici, il n'y a pas de plan local d'urbanisme (PLU). Salindres, qui en a un, a pu refuser."
"On n'est pas contre le photovoltaïque, mais pas sur des terres cultivables, poursuit Cyrille Raya. On crée une zone industrielle en pleine campagne..." Le collectif craint aussi le désagrément d'une noria de camions pour l'implantation des panneaux. Et souligne que, "dans le projet, il n'y a pas d'argent prévu pour le démantèlement".
Parmi les manifestants, Félix Schwaninger est particulièrement concerné. Il est propriétaire du Mas Nouvel, domaine touristique fait d'appartements, de gîtes et de détente en plein air. "Je serais directement impacté, explique-t-il. C'est une petite vallée et, quand les gens parlent à deux kilomètres, on les entend." Alors, il redoute d'autant plus le bruit des rotations des installations photovoltaïques, qui suivent le soleil pour plus d'efficacité.
Côté mairie, si le conseil municipal a reçu les porteurs de projet lundi soir, il est également opposé à leur idée. "L'ensemble des conseillers, de l'ancien et du nouveau conseil municipal sont contre l'agrivoltaïsme, explique le maire réélu, Roch Varin d'Ainvelle. Celui-ci est un projet un peu plus spécial que les autres. Il impacte le Mas Nouvel, alors que les autres sont plus dans la campagne."
Car en plus du projet de 15 hectares, le collectif laissait entendre, lundi soir, que la globalité des projets photovoltaïques atteint 129 hectares à Servas, soit 12 % de la surface de la commune. "Je pense que ça diminue chaque année, tempère Roch Varin d'Ainvelle. On en est quand même au sixième investisseur, mais ils déposent des projets d'étude très larges et, à l'arrivée, celui qui demandait 30 hectares n'en fera que 10. Et, de toute façon, le département du Gard a décrété qu'il limitait à 5 mégawattheures les parcs, soit entre 6 et 8 hectares au maximum."
C'est la préfecture qui statuera, au final, sur le permis d'aménager. "Elle me demandera peut-être mon avis, il sera défavorable, mais elle peut passer outre", souligne le maire. Qui maintient son opposition, malgré une réunion qui "s'est très bien passée" avec des "promoteurs qui font leur métier". Pour lui, "la commune est rurale, entre les plaines des Plans et de Salindres. Les nouveaux résidents viennent pour le paysage." Et Roch Varin d'Ainvelle ne souhaite pas l'endommager avec des panneaux trop visibles d'une commune en crête.
"Je crois que les promoteurs veulent prendre rendez-vous avec le collectif, poursuit Roch Varin d'Ainvelle, mais chacun restera sur ses positions…" En attendant, le 1ᵉʳ juillet aura lieu une rencontre syndicale, à la chambre d'agriculture, pour statuer sur l'agrivoltaïsme, d'après la Confédération paysanne. Un sujet qui divise dans les rangs des agriculteurs, même si la Conf' espère embarquer les Jeunes agriculteurs dans leur opposition de principe.