Publié il y a 1 h - Mise à jour le 22.06.2026 - Abdel Samari - 2 min  - vu 79 fois

ÉDITORIAL Narcotrafic : le temps de la cohérence

Drogue
Photo d'illustration DR

Si le narcotrafic est devenu une menace nationale, la lutte contre ce fléau peut-elle continuer à ignorer la question de la consommation ?

Face à l'explosion du trafic de stupéfiants et à la montée des violences qui l'accompagnent, les gouvernements successifs ont multiplié les mesures contre le narcotrafic. La loi du 13 juin 2025 contre la criminalité organisée a notamment renforcé l'arsenal judiciaire et créé le Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), opérationnel depuis 2026. L'objectif est aussi de frapper les trafiquants au portefeuille en renforçant la lutte contre le blanchiment d'argent et la saisie des avoirs criminels. Avant cela, les opérations de démantèlement des points de deal avaient déjà été intensifiées, avec des résultats parfois mitigés. Une ligne de fermeté s'est néanmoins imposée. Aujourd'hui, à quelques mois de l'élection présidentielle, le Premier ministre souhaite ouvrir un nouveau front : celui des consommateurs. Car le narcotrafic ne se limite plus aux grandes métropoles. Il touche désormais l'ensemble du territoire. Selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), six Français sur dix estiment qu'un trafic existe près de chez eux. Les chiffres sont éloquents : près de 200 000 personnes seraient impliquées dans ces réseaux, dont 10 000 mineurs. En 2024, 367 assassinats ou tentatives d'assassinat liés au narcotrafic ont été recensés. Sur le plan sanitaire, l'OFDT dénombre 1,4 million d'usagers réguliers de cannabis et près d'un million de personnes ayant consommé de la cocaïne au moins une fois en 2023. Cette dernière a entraîné plus de 10 000 hospitalisations et 130 décès en 2024. Sébastien Lecornu veut donc marquer une rupture. La dépénalisation n'étant pas à l'ordre du jour, il a imposé des dépistages salivaires inopinés et obligatoires aux membres des cabinets ministériels, aux hauts fonctionnaires et aux agents occupant des postes sensibles. Selon plusieurs médias, cette mesure pourrait être étendue à certains secteurs privés, notamment les transports et le bâtiment. Cette culture du dépistage ne manquera pas de soulever des questions juridiques et des débats sur les libertés individuelles. Mais une question demeure : peut-on réellement lutter contre le narcotrafic sans s'interroger sur la responsabilité des consommateurs ?

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