Alès-Cévennes
Publié il y a 15 jours - Mise à jour le 18.01.2023 - Propos recueillis par François Desmeures - 5 min  - vu 954 fois

FAIT DU JOUR Michel Ruas, maire de Saint-Jean-du-Gard, à propos de la Borie : "Notre souci, à nous, ce sont les impôts locaux"

Michel Ruas, maire de Saint-Jean-du-Gard

- (photo François Desmeures)

Ce lundi 16 janvier, le conseil municipal de Saint-Jean-du-Gard a fait adopter un voeu qui retire à la Safer le mandat de vente (relire ici). Dans un entretien, le maire de Saint-Jean-du-Gard, Michel Ruas, en avance les raisons et réaffirme son intention de vendre rapidement la ferme de la Borie, au plus offrant désormais, puisque la Safer a vu son mandat retiré. Il dément aussi toute confusion entre les squatteurs et ceux qui portent le projet agricole, ainsi que toute volonté de vengeance personnelle. 

En remettant la Borie sur le marché, Michel Ruas espère retrouver un acheteur à 600 000 €, voire plus • (photo François Desmeures)

Objectif Gard : Avez-vous enfin reçu les détails de la décision du comité technique de la Safer qui attribue la Borie ?

Michel Ruas :  On a abordé le problème hier (lundi, NDLR) en conseil municipal. On a eu un rapport que je qualifierais d'assez succinct de la Safer, qui disait "on accepte globalement de le vendre aux acheteurs parisiens, sous deux réserves : qu'ils maintiennent en place le locataire existant et qu'ils créent un bail pour l'agricole". Nous, on était assez satisfaits de ça. Sauf que les acheteurs disent "Nous, le bail agricole, pourquoi pas ? Mais maintenir le locataire, on n'est pas d'accord". Partant de ça, on a eu un débat hier en conseil municipal, on a abordé tous les problèmes. Globalement - et c'est même l'opposition qui nous en a fait la proposition - on s'est dit que, peut-être, on devrait se retirer de la Safer parce que rien ne va. L'opposition souhaite que Terre de Liens achète la totalité. Nous, sur le principe, nous n'avons aucune opposition à rien. Ce qu'on veut, c'est l'argent : 600 000 €. On pense, d'ailleurs, que ça vaut davantage. Le conseil municipal a donc penché pour ce que disait l'opposition : on le retire à la Safer et on le remet en vente avec des agences immobilières. 

Vous le vendrez au plus offrant, du coup ?

Oui, c'est ce qui va nous intéresser. Je pense que ça vaut davantage. Hier, dans le public, on entendait "Ouais, mais à 40 000 € près" (1). Nous, ce sont les impôts des Saint-Jeannais qui comptent. 

Pour vous, l'estimation des Domaines, de 380 000 €, est donc caduque ?

Bien sûr. Vous trouverez un acheteur à 700 000 € demain ! On a déjà eu un acheteur à 600 000, on va voir...

"Voyez dans quel état ils ont mis l'agriculture sur la Borie" 

Des critiques se sont élevées, de la part d'acteurs agricoles, pour dénoncer le fait que vous soldiez des terrains agricoles à d'autres. Qu'en pensez-vous ? 

J'en pense que, parmi les acquéreurs potentiels et les lettres que nous avons reçues de la part de Terre de Liens, Patrick Pasanau et Delphine Maillard (qui sont là-bas depuis vingt ans) sont vus comme des agriculteurs. Regardez les photos des terrains il y a 20 ans et aujourd'hui (2). Et on nous dit "il faut y mettre des agriculteurs". Voyez dans quel état ils ont mis l'agriculture sur la Borie... J'avoue que je ne suis pas très convaincu par leur compétence ni par leur volonté. 

La mairie est toujours en procès avec eux ?

On est en procès parce qu'on considère qu'ils nous doivent 50 000 € de loyer, à la louche. Et puis, sur le jugement qui nous a autorisés à expulser les squatteurs de la Borie et Pasanau, il était dit que ce serait à frais partagés. Donc, ils nous doivent la moitié des frais et il faut savoir qu'on en a eu pour 170 000 € environ. Parce qu'il a fallu arracher les yourtes, il a fallu retirer des tas de conneries qu'il y avait à droite et gauche. 

Le projet résidentiel des acheteurs parisiens, plutôt orienté tourisme, avait votre faveur ?

Le projet nous paraissait très intéressant. 

Parce que vous manquez d'offres de logements de tourisme ?

On ne manque pas de ça. Mais l'un d'entre eux est kiné - et ça nous intéresse parce qu'on en manque à Saint-Jean - et il voulait faire de la thalasso pour les chevaux. Ce qui nous paraissait super intéressant et super motivant pour Saint-Jean, c'était un grand plus. 

Mais si vous aviez confié la propriété à la Safer, c'était bien pour conserver les terrains à vocation agricole ?

Exactement et les terres agricoles, ça ne leur posait pas de problèmes, ils étaient prêts à trouver un arrangement. Mais, par contre, ils ont dit "le squatteur, on n'en veut pas".

Vous avez déjà notifié votre décision à la Safer ?

Non, elle ne date que d'hier soir. On va attendre que la préfète nous acquitte de notre délibération et on leur écrira. 

Donc, ce devrait être après l'examen des recours déposés...

Peu importe. Si on laisse mûrir les recours, on y est pour deux ans. C'est terminé, ce n'est plus eux. Qu'il y ait recours ou pas recours, on s'en fout, on leur a retiré le dossier. 

"Garder des ruines et des ronces, ça ne m'intéresse pas"

Imaginons que Terre de Liens et les co-acteurs arrivent avec 700 000 € à mettre, même si ça paraît hypothétique. Que faites-vous ?

Vis-à-vis de Terre de Liens, on n'a aucun problème et on serait très contents s'ils arrivaient avec 700 000 €. Mais on va être très vigilants sur le devenir des terres parce qu'il n'est pas question que ça reste des ronces. Donc, on va leur demander éventuellement des engagements - je ne sais pas encore comment - qui stipulent que, dans un an, tel espace doit être nettoyé ; dans deux ans, tel autre ; et ainsi de suite. Parce que si c'est pour garder des ruines et des ronces, ça ne m'intéresse pas. 

Le propriétaire serait de toute façon tenu aux obligations légales de débroussaillement...

Oui et non mais après il faut la faire respecter... Pourquoi on ne l'a pas fait respecter à l'époque ? Vous pouvez envoyer les gendarmes, si les gens vous font des bras d'honneur... Vous n'allez pas envoyer la force publique, tous les ans, pour aller nettoyer les abords de la maison. 

Certains membres de la Confédération paysanne ou des acteurs du projet Terre de Liens vous reprochent de confondre les actuels agriculteurs et les anciens squatteurs et de chercher à vous venger...

On ne veut se venger de rien du tout. Notre souci, à nous, ce sont les impôts locaux. On vient d'acheter un terrain, certes budgétisé, mais on ne crache pas sur 600 000 € ou plus de revenus extérieurs, dont on peut avoir besoin pour le fonctionnement. Ou pour les choses à faire : refaire la gendarmerie, refaire l'école, changer la gare des cars, réaménager les rives du Gardon, réaménager la déviation... 600 000 ou 700 000 € qui nous tombent du ciel, on est preneurs. On a fait l'effort de ne pas augmenter les impôts depuis qu'on est en place, on souhaite aller dans ce sens et continuer à faire des économies... Toute manne est bonne à prendre. 

(1) Le projet partagé entre Terre de Liens et une SCI mettait 40 000 € de moins sur la table, au départ. Aujourd'hui, les acteurs disent pouvoir s'aligner sur le prix de 600 000 €, une somme qui serait réunie aux environs de juin et pour laquelle des particuliers peuvent souscrire. 

(2) Le maire oppose alors les terrains enherbés de l'époque sur les quatre hectares de terrains agricoles avec les broussailles qui résultent, aujourd'hui, du manque d'entretien sur ces mêmes terrains. Patrick Pasanau expliquait, fin décembre, avoir fait de l'apiculture et de la production maraîchère mais ne plus être sur place à temps plein à l'heure actuelle, alors que le volet judidiciaire n'est pas achevé avec la commune. 

Propos recueillis par François Desmeures

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