Publié il y a 1 h - Mise à jour le 04.03.2026 - Olivier Lemierre - 7 min  - vu 196 fois

ARLES Le contournement autoroutier a du plomb dans l'aile

La RN113 au niveau d'Arles.

- S.Ma

À l'issue de l'enquête publique réalisée du 17 novembre au 2 janvier dernier, et après étude des différents éléments, le commissaire enquêteur a émis un avis défavorable au projet de contournement autoroutier d'Arles. Un avis négatif dont se félicite Virginie Maris, candidate aux municipales  sur la liste conduite par Jecilla Regad. Elle propose des alternatives pour désengorger le trafic sur la RN113.

L’actualité a quelque peu bousculé la conférence de presse de la liste "Arles populaire, digne et solidaire" qui souhaitait présenter ce mercredi matin sa position sur la mobilité et sur les raisons de son opposition sans faille à la ligne très haute tension (THT) qu’elle soit aérienne ou enterrée. Le dernier thème qui devait être abordé par Virginie Maris, conseillère municipale et 11ème sur la liste conduite par Jecilla Regad, aura retenu toute l’attention du jour. Il s’agit du contournement autoroutier d’Arles sérieusement remis en question par l’avis défavorable rendu par le commissaire enquêteur. La nouvelle est tombée hier et met sérieusement du plomb dans l’aile au projet combattu par de nombreuses associations environnementales et des collectifs de citoyens mobilisés lors de l’enquête publique qui s’est tenue du 17 novembre au 2 janvier dernier.

L’avis est motivé et sans appel : défavorable sur l’information au public ; réservé quant à l’intérêt général ; défavorable sur la nécessité d’expropriation ; très défavorable sur les critères socio-éco et financiers ainsi que sur l’environnement et la santé ; défavorable quant à l’acceptabilité sociale.

Une bonne nouvelle donc, en cette fin de campagne, pour la militante de Changeons d’avenir engagée contre ce projet qui a freiné toute politique de mobilité douce sur la ville. « Certains attendaient le contournement pour tout repenser. Mais cette autoroute n’est pas un projet pour les Arlésiens. D’ailleurs l’utilité publique n’est pas validée. On a perdu 15, 20 ans sur la réflexion sur les mobilités. On a laissé croire que ce projet porté par l’État et le port de Marseille allait résoudre les problèmes arlésiens. Une erreur manifeste », lâche-t-elle.

Des propositions basées sur l’existant

Il faut maintenant travailler sur l’existant, et l’équipe ne manque pas de propositions. Pour faire face aux nuisances sonores, à la pollution générée par le trafic de la RN113, la municipalité n’a pas toutes les cartes en main. Certaines décisions relèvent de l’État comme la liaison A9/A7 qui doit se faire au sud d’Orange, ce qui éviterait le transit de 6 000 camions et 10 000 voitures sur la RN113. « Mais la mairie d’Arles et les collectivités territoriales peuvent soutenir l’aménagement d’une bretelle de jonction ».

Pour éviter le tout camions, le report modal du trafic de marchandises dans la gare de Miramas pourrait également être soutenu, de même qu’une connexion entre la gare de Saint-Martin de Crau et la plateforme logistique. ACCM peut être pro-active sur ce sujet en partenariat avec la SNCF et Réseau Ferré de France. De même Arles bénéficie d’un port fluvial, sous-exploité. « On a fait des aménagement délirants pour le tourisme fluvial ; il ne serait pas stupide de mettre autant d’efforts à développer le transport de marchandises ».

Le trafic sur la RN113 serait également soulagé en évitant, par exemple, de devoir l’emprunter pour aller du quartier de Barriol à celui de Fourchon. Une hérésie incompréhensible selon Virginie Maris. « Barriol est enclavé par défaut de volonté. La ville peut, avec le Département, créer une liaison directe en construisant une passerelle utilisée par les voitures et les bus ».

Enfin le réaménagement complet du rond-point du Vittier, qui enjambe la RN113, permettrait d’éviter le croisement des flux. « Mais toutes ces solutions ont été écartées car certains qui rêvaient d’une solution miracle : le contournement autoroutier. Nous on sait bien qu’il ne faut pas attendre de miracle », conclut l’élue.

Les associations d’opposants ne lâcheront rien

De nombreuses associations opposées au projet (En travers de la route, Naccica, Changeons d’avenir, Agir pour la Crau, France nature environnement, ACCEN) ont fait part de leur satisfaction après avoir pris connaissance de l’avis défavorable du commissaire enquêteur.

« C’est un véritable camouflet. Rien ne va dans ce projet ! Pour couronner le tout, plusieurs collectivités locales ne semblent pas vouloir accompagner le projet. Le Conseil régional n’a même pas adressé son avis alors qu’il est obligatoire. Si le Conseil départemental donne un avis favorable, il émet les mêmes inquiétudes que nous sur les conséquences sur le réseau secondaire et la circulation locale. Mais la vice-présidente du CD13 déléguée aux routes va plus loin et remet en question la nécessité d'une infrastructure lourde et suggère qu'il serait préférable de travailler sur l'existant, plutôt que de réaliser de nouveaux équipements lourds qui seraient à regretter. Aucune de ces deux collectivités ne souhaite participer à la subvention d’équilibre réclamée aux collectivités, dont le montant serait entre 150 et 200M€. La commission d’enquête relève que pour la Maire de Saint-Martin-de-Crau, le projet actuel sacrifie l'intérêt des riverains et le budget des ménages au profit du développement de Fos. Ce que nous dénonçons depuis des années. Le public ne s’y est pas trompé : parmi les 1852 contributions déposées, 68,3% sont défavorables au projet. Seuls 15% des contributions se déclarent favorables sans réserve à sa réalisation. Ce rapport est accablant et vient contredire l’entêtement des pouvoirs publics depuis 25 ans ».

Ce collectif estime qu’il est temps d’arrêter de s’acharner à tenter de faire vivre un projet archaïque et demande à l’État « d’abandonner une bonne fois pour toute ce projet qui n’est ni fait, ni à faire. Nous avons déjà perdu trop de temps. Depuis trente ans ce projet autoroutier empêche toutes alternatives et tous travaux afin d’améliorer les infrastructures existantes. Nous souhaitons qu’une nouvelle page s’ouvre sur l’étude de solutions alternatives ».

Le contournement autoroutier d’Arles est maintenant dans les mains de l’État qui aura sans doute bien du mal à imposer à la population une déclaration d’utilité publique.

Les réactions

Nicolas Koukas, tête de la liste L'Union pour Arles a réagi à la nouvelle hier. "Le commissaire enquêteur a rendu un avis défavorable concernant le projet de contournement autoroutier d’Arles. J’en prends acte avec sérieux et responsabilité. Il appartient désormais à l’État de décider des suites à donner à ce dossier.

Mais je veux être très clair : j’ai pleinement conscience des difficultés majeures que pose aujourd’hui la situation de la Route nationale 113 à Arles. Nuisances sonores, pollution, insécurité, congestion : les riverains subissent depuis trop longtemps un trafic qui n’a cessé d’augmenter sans que des solutions concrètes ne soient mises en œuvre.

La forte mobilisation des habitants le démontre : un sujet d’une telle ampleur ne peut plus être décidé sans les Arlésiennes et les Arlésiens. Depuis le début de cette campagne, et même en conseil municipal, je le dis avec constance : le projet tel qu’il est présenté aujourd’hui n’est pas acceptable en l’état.

Si nous sommes élus, nous organiserons une véritable consultation citoyenne sous la forme d’une convention citoyenne. Il ne s’agira pas simplement de dire “oui” ou “non” à une autoroute, mais de travailler sérieusement sur des solutions alternatives crédibles et durables. Elles existent et doivent être étudiées objectivement.

Cela implique de reprendre l’ensemble des circulations autour d’Arles, sans tabou. Pour le transport de marchandises, le Rhône constitue une alternative majeure, tout comme le rail. Le report modal doit devenir une priorité réelle et non un simple slogan.

Par ailleurs, des mesures immédiates auraient pu être engagées pour atténuer les effets du trafic actuel sur la RN113 : murs antibruit, sécurisation et fermeture de bretelles dangereuses, notamment en haut du boulevard des Lices. Rien de tout cela n’a été fait depuis six ans. On ne peut pas rester immobile en attendant un hypothétique grand projet.

Nous devons aujourd’hui prendre acte de l’avis du commissaire enquêteur, mais surtout ouvrir une nouvelle étape. Mettre toutes les options sur la table, les débattre avec les habitants, les acteurs économiques, les associations, et construire une position collective forte qui sera ensuite portée auprès de l’État.

Ce dossier est trop important pour être traité à huis clos. Il mérite transparence, méthode et courage politique".

De son côté le maire d'Arles, Patrick de Carolis, candidat à sa succession, et longtemps partisan du projet de contournement prend acte de l'avis. « La commission d’enquête publique chargée d’examiner le projet de contournement autoroutier d’Arles a rendu un avis défavorable. Cet avis sera prochainement transmis au ministère des Transports, qui en prendra connaissance parmi l’ensemble des contributions et analyses versées au dossier.

Tout a été dit sur le contournement. Des choses justes.
D’autres qui ne correspondaient pas toujours à la réalité du projet.

Dans ce type de consultation, il faut le rappeler, les avis opposés aux projets sont souvent plus mobilisés et donc surreprésentés. Pour autant, cela ne disqualifie en rien les inquiétudes exprimées. Les grands projets ne peuvent pas se construire contre un territoire. Ils doivent se construire avec lui. Les remarques, les réserves, les critiques doivent être entendues et prises en compte notamment pour la gratuité péages.

Je sais que les Arlésiennes et les Arlésiens font chaque jour l’expérience d’une artère centrale de la RN13 devenue invivable, saturée par un trafic de transit qui n’a rien à y faire. Cette situation pèse sur la qualité de vie, sur la sécurité, sur l’attractivité économique et touristique, et sur la capacité de la ville à se projeter dans l’avenir.

Le contournement est, et reste, une nécessité pour Arles. Sans solution structurelle, la ville continuera de subir une pression croissante qui freine son développement et fragilise son équilibre. Mais ce projet dépasse aussi le seul cadre communal : il s’inscrit dans une vision plus large du schéma des transports à l’échelle régionale et nationale, visant à mieux organiser les flux et à sécuriser les axes structurants.

La balle est désormais dans le camp du ministre. L’État devra se prononcer. Il lui appartient d’assumer ses responsabilités et d’être au rendez-vous de l’histoire pour notre territoire ».

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