La fonction lui va bien. Car de son propre aveu, son truc à lui, c’est plutôt de faire briller ceux pour qui il travaille. "Parler de soi, ce n’est pas si évident", sourit-il avant de se prêter à l’exercice. Homme de l’ombre par nature, Alexandre Aubert, 35 ans, incarne pourtant depuis un an et demi une figure clé dans l’équilibre politique de Saint-Martin-de-Crau. Équilibre d'autant plus précieux qu'il a longtemps été mouvementé.
Une carrière forgée par l’engagement
Son parcours commence tôt, à 14 ans, lorsqu’il intègre les Jeunes Sapeurs-Pompiers d’Auriol. À 18 ans, il devient sapeur-pompier volontaire à la caserne de Roquevaire. Et il l'est encore aujourd'hui, assurant ses gardes en plus de son poste de directeur de cabinet à Saint-Martin-de-Crau. "Je n'ai jamais lâché cet engagement parce que c’est ce qui m’a structuré dans la vie. J’y ai appris beaucoup de choses, et notamment la gestion de crise et les situations complexes", explique-t-il. Vingt ans chez les hommes du feu, forcément ça ne peut que marquer une méthode de travail. "Les pompiers, c'est une très bonne école."
Alexandre Aubert n’est pas un pur produit du sérail politique : avant de s’y aventurer, il a exploré d’autres terrains. L’éducation populaire en premier lieu. Directeur de structures, directeur d'associations, puis formateur pour adultes pour la Ligue de l’enseignement, il accompagne alors des publics en réinsertion professionnelle. Avant de devenir trésorier du comité d'organisation du Congrès national des pompiers de France (qui a eu lieu à Marseille en 2021), puis responsable administratif et financier de l'organisation.
Parallèlement, le Varois (il est originaire de Saint-Zacharie et y réside toujours) est très impliqué dans l'associatif. Pendant quatre ans, il a ainsi été trésorier de l’Union départementale des Sapeurs-Pompiers des Bouches-du-Rhône, a siégé au conseil d’administration de la CAF du Var, et a repris les rênes du Cercle républicain de sa commune. Il a également été trésorier de l’Ordre de Malte, entre autres engagements.
Ce parcours, a priori atypique, a suscité l’intérêt, notamment dans le milieu politique. Au gré des rencontres et des opportunités, Alexandre Aubert intègre finalement la Région Sud à la fin de l'année 2021. À seulement 29 ans, il prend la tête du service représentation et relations publiques, rattaché à la direction du protocole. "Je me suis régalé. On a remis de l’humain, du management, des process. Ce fut une excellente expérience professionnelle", confie-t-il. Il y restera cinq ans. Une période qui a marqué son entrée dans "la lumière de la politique", même s’il reste, par tempérament, dans l’ombre.
Paratonnerre en cas de crise
Tout bascule en fin d'année 2024. Les élections anticipées de Saint-Martin-de-Crau approchent dans un contexte de crise politique majeure. En l'espace de 4 ans, les Saint-Martinois ont alors connu trois maires différents. Alexandre Aubert connaît bien Julien Besançon, l'un des plus proches de la candidate Séverine Dellanegra, aujourd'hui son premier adjoint. C'est ce dernier qui organise la rencontre. Et très rapidement, l'entente se fait. "On vient tous les deux du social. On s'est trouvé des points communs dans nos aventures professionnelles, nos engagements. Ça a été le liant de la relation de confiance", raconte-t-il. Séverine Dellanegra est élue. La proposition tombe. La décision est délicate mais plutôt rapide.
En mars 2025, Alexandre Aubert quitte la Région pour devenir le directeur de cabinet de la nouvelle mairesse de Saint-Martin-de-Crau. Dans une configuration qui n'est pas simple : une équipe municipale jeune, qui doit apprendre à exercer son mandat dans l’urgence, avec une administration réduite et méfiante, habituée aux changements fréquents. "Et tout cela en un an, sachant que six mois plus tard, nous entrions déjà en campagne pour les élections municipales. Chaque jour, nous avons travaillé sans relâche pour prouver aux habitants que cette équipe était capable de gérer une ville et de répondre aux exigences du mandat qui lui avait été confié."
La pression est immense. Mais pour Alexandre Aubert, inconcevable de "rejoindre le navire par temps calme". Ce poste est certes pour lui une première, mais il l'aborde avec un atout majeur : la loyauté et la confiance, qu’il a toujours placées au cœur de ses engagements professionnels. "Nous avions peu de temps pour nous organiser et convaincre les Saint-Martinois. Et en plus, il a fallu gérer des crises." Pas mal de crises, dont l’explosion de la pipeline en juin 2025. C’est dans ces moments-là que son expérience de pompier se met au service de son rôle de "dir'cab", tout comme son expérience dans l’éducation populaire. "Un directeur de cabinet doit savoir être le paratonnerre en cas de crise." Mission accomplie.
"Nous sommes une équipe de terrain"
En mars 2026, Séverine Dellanegra est réélue au premier tour avec 65 % des voix. "Preuve que l’équipe en place a su rassurer et convaincre en peu de temps".
Désormais, le contexte n'est plus le même. "On est toujours dans l'action, mais plus dans l'urgence". Alexandre Aubert a trouvé ses marques à Saint-Martin-de-Crau, au contact des habitants notamment. "Nous sommes une équipe de terrain, et c'est notre plus-value, insiste-t-il. On va à la rencontre de la population, écouter et discuter, être présent sur site." Son rôle ? "C'est bien sûr des rédaction de discours, d'éléments de langage, de l'administratif mais c'est aussi de m'assurer que tout va bien dans l'équipe municipale, d'être le liant, d'accompagner les élus dans leur réalisation de projet... Le directeur de cabinet se doit d'être le garant de la cohérence du projet municipal, et en ce sens j'accompagne la maire dans la mise en œuvre de son projet, je me dois de faciliter son quotidien, d'assurer la relation avec les élus…"
Entre Séverine Dellanegra et lui, Alexandre Aubert parle d'une "confiance absolue". "J’ai trouvé en elle, la politique locale qui me plaît. J’ai trouvé cette conscience de l’humain", conclut-il.