C’est une petite cabine bleue qui culmine à environ cinq mètres de hauteur. On y accède par un escalier en colimaçon en fer et de la même couleur que la mer. Dans ce minuscule espace, il y a des documents sur lesquels sont notés de précieux numéros de téléphone, une paire de jumelles et divers modes de communication. Mais on y trouve surtout des commandes qui actionnent de gigantesques structures métalliques. Ce lieu, c’est le bureau de Jean-Claude Balderelli depuis 2020. « J’aime le contact avec les pêcheurs et les plaisanciers. Ça se passe très bien avec les jeunes pêcheurs, ils sont très respectueux. Les Graulens me connaissent tous, ils nous voient sur le pont et ils ne peuvent pas nous louper », concède l’affable Gardois.
« Entre deux ouvertures, il peut y avoir une urgence »
Ce Nîmois de naissance, qui se revendique Vauverdois, est aujourd’hui Graulen et son poste est essentiel pour le port de pêche et la circulation routière entre les deux rives du Grau-du-Roi. C’est lui qui fait bouger les deux ponts mobiles de la ville. « À 2h45, il faut ouvrir pour les chalutiers qui partent pêcher en mer. Puis à 7h45, on ouvre le pont levant pour faire passer les bateaux qui viennent d’Aigues-Mortes. Ensuite, à 8h, c’est au tour du pont tournant pour les bateaux qui partent en mer. Ce sont les premières ouvertures. » De nombreuses autres ont lieu toute la journée mais rien n’est improvisé et les horaires sont établis à l’avance selon la période de l’année.
Toutefois, il faut être aussi là pour les nombreux imprévus maritimes : « Entre deux ouvertures, il peut y avoir une urgence comme avec un chalutier victime d’une avarie ou alors les gendarmes maritimes qui veulent passer. Puis il y a le retour des Chalu entre 15h et 18h et on aimerait bien qu’ils se regroupent », explique le pontier Graulen. Dans sa cabine, Jean-Claude reste au contact des chalutiers partis en mer. Les échanges se font par l’intermédiaire d’une radio VHF marine (canal 73), par les téléphones portables et par une application qui permet de tracer les bateaux.
« Des plaisanciers forcent le passage et avec les automobilistes, il y a parfois des coups de gueule »
Le métier de pontier au Grau-du-Roi est loin d’être un métier de tout repos. « Des plaisanciers forcent le passage et on est à la limite de la catastrophe. Puis le pont tombe souvent en panne et c’est alors tout le Grau-du-Roi qui est bloqué. Avec les automobilistes, il y a parfois des coups de gueule parce qu’ils ne s’arrêtent pas et ils forcent le passage malgré la signalisation. Quand il y a des manifestations et beaucoup de monde, on a le renfort de la police municipale pour couper la circulation. Il faut faire un peu d’entretien et vérifier s’il n’y a pas trop d’incivilité. Ça demande beaucoup de responsabilité. »
Jean-Claude aime parler de son métier, sa ville et aussi de football. « Je suis supporter de Nîmes Olympique et je me souviens de l’époque à Jean-Bouin. J’ai joué à Vauvert et je suis le neveu de René Girard, mais je n’étais pas aussi bon que lui », sourit Jean-Claude. Si la gestion de l’entretien des deux ponts est à la charge de la Région Occitanie, les mouvements des structures sont assurés par les services municipaux et Jean-Claude n’est pas seul à œuvrer dans sa cabine : « On fait les trois-huit avec Serge et Yves. Quand il y a un de nous qui est malade ou en congé, il y a Daniel en remplacement. »
La retraite en 2028
Cette figure de la ville du Grau-du-Roi continuera à surveiller et actionner les deux ponts jusqu’au jour de sa retraite en 2028. Alors en franchissant les structures qui lient les deux rives graulennes, n’oubliez pas que là-haut, dans la cabine bleue, il y a un homme qui veille sur vous.
Le pont tournant
Le "pont tournant" situé en centre-ville, reliant le Vidourle au chenal maritime fréquenté par les plaisanciers et les unités chalutières. Partie intégrante des infrastructures du port de pêche, il est propriété de la Région Occitanie depuis 2017. La municipalité prend en charge sa surveillance, sa manœuvre et son entretien courant dans le cadre d'une concession.
Le pont levant
Le "pont levant" situé sur la route départementale 62B permettant l’accès du canal du Rhône à Sète au Vidourle et au chenal maritime du Grau-du-Roi, fréquenté uniquement par les bateaux de plaisance respectant un certain tirant d’eau. Il est propriété du conseil départemental, au titre de sa compétence relative à la voirie départementale, et a en charge sa surveillance, son entretien et sa maintenance. La municipalité prend en charge sa manœuvre dans le cadre d'une convention, et la communauté de communes contribue financièrement à celle-ci.