« Je me battrai jusqu’au bout pour mes brebis ». Julien Chieze n’est pas de ceux qui renoncent. Le berger-éleveur basé à Saint-Chaptes, mais domicilié à Saint-Génies-de-Malgoires, a la passion de son métier. Toutefois les temps sont durs et chers. Il faut s’accrocher pour continuer à avancer face aux vents mauvais. Le Nîmois part de zéro en 2023 quand il s’installe avec 13 brebis. Quinze jours plus tard, il rencontre son premier coup dur avec le vol, en plein jour, de trois agnelles. « J’ai porté plainte mais ça n’a rien donné. Au début, je laissais toujours quelqu’un sur le terrain. J’élevais mon fils tout seul car sa mère est décédée. C’était beaucoup de stress » explique Julien.
Toutefois, ce n’est pas suffisant pour lui faire regretter d’avoir changé de vie : « J’étais fonctionnaire au CHU de Caremeau et j’ai fait une grosse dépression ». Julien part alors se ressourcer en Cévennes, d'où il revient dix ans plus tard avec l’amour des brebis. Le berger-éleveur sait relativiser les embûches professionnelles. Pourtant, il ne compte pas les heures et ne retire aucun revenu de son activité. « Nous vivons à six sur le salaire de ma compagne ». Les frais sont aussi nombreux puisqu’il faut subvenir à la santé des brebis : « Le produit contre les tiques, c’est 200€ le litre, le lait c’est 90€ pour un agneau et les prises de sang pour le troupeau c’est 400€ ».
Pas le droit aux aides
À cela il faut rajouter des frais de matériel, de vétérinaire, de tonte, de gasoil, la location du terrain de la bergerie et bien d’autres dépenses. Sans compter que la troupeau s'agrandit. « Je n’ai pas droit aux aides car j’ai plus de 40 ans et je ne veux pas faire des crédits. J’ai monté un dossier DNA (NDLR dotation nouvel agriculteur) délivré par la Région, il y a un an et demi, mais il doit encore passer en commission. Ensuite c’est presque un an d’attente pour toucher le montant ». Le temps administratif n’étant pas celui de la bergerie qui abrite une soixantaine de brebis et une trentaine d’agneaux, Julien a besoin d’un petit coup de pouce.
Alors, il met en place un système de parrainage d’agnelle. Le parrain choisit le nom de l’ovin et il peut venir le voir grandir. Idem pour les agneaux que l'on peut nourrir au biberon. Le quadragénaire est un homme de son temps et régulièrement il partage son quotidien sur sa page Facebook « Berger, ma passion ma vie » qui compte 2 700 abonnés. C’est par ce biais que la situation de Julien a attiré l’attention d’âmes généreuses.
À commencer par Annabelle Frabre qui a mise en place une cagnotte en ligne. « Je parraine une agnelle pour mon fils qui a huit ans. Dès que l’on peut, on y va pour donner le biberon. On essaye d’aider comme on peut. Pour les enfants, c’est génial », souligne la jeune femme qui habite à Gajan. Du côté de Codognan, c’est Virginie, la gérante du shop Pop’'OlivTattoo qui se mobilise en lançant une tombola : « Les causes animales sont importantes pour moi. J'ai connu Julien et sa compagne car je les ai tatoués, un couple gentil, bosseur et sincèrement méritant. Je suis admirative de leur travail. J'ai réussi à vendre 61 tickets à 5€ et ce serait bien que les ventes explosent ». À gagner : un tatouage d'une valeur de 500€, un tatouage d'une valeur de 100€ et cinq cartes tattoos flash d'une valeur de 70€. Le tirage aura lieu le 5 avril, le jour de Pâques.
« Le troupeau, c’est mon antidépresseur »
Face à ces initiatives, Julien est admiratif et pudique : « Ce sont des belles personnes ». Le Gardois fait donc face et il trouve dans les animaux de quoi lui remonter le moral : « Le troupeau, c’est mon antidépresseur ». Au mois de juin, c’est une nouvelle aventure qui attend Julien puisque le troupeau connaitra sa première transhumance. Les brebis quitteront Saint-Chaptes pour rejoindre les pentes de l’Aigoual. Une sorte de retour aux sources dans les belles Cévennes, là où tout a commencé pour le berger-éleveur de la Gardonnenque.