Publié il y a 49 min - Mise à jour le 21.05.2026 - Rose Macauley - 3 min  - vu 189 fois

AU PALAIS Elle envoie sa fille laver le dos de son beau-père

Luc s'est expliqué sur les faits, à deux pas de la victime, assise sur le banc des parties civiles. 

- R.M.

Dans l’intimité d’une douche ou dans la voiture, cet homme aurait infligé des sévices sexuels à sa belle-fille de moins de 15 ans. Sa mère n'y serait pas étrangère. Vingt-quatre ans après, il est jugé à Nîmes.

« J’ai caressé sa poitrine deux secondes ». C’est tout ce que va reconnaître Luc, debout derrière la barre du tribunal correctionnel de Nîmes, dos à une salle presque vide, huis clos partiel oblige. Prévenu pour des faits d’agressions sexuelles sur sa belle-fille de moins de 15 ans, le quinquagénaire reconnaît à demi-mots avoir commis une « bêtise », minimisant les faits qui lui sont reprochés. C’est grâce à la dénonciation de la demi-sœur de la victime que l’histoire a été révélée au grand jour. La fillette, alors âgée de 11 à 15 ans, aurait été la victime de son beau-père, sous les yeux de sa mère. Cette dernière aurait encouragé sa fille à apporter des verres d’eau à son beau-père, directement dans sa chambre, ou encore à prendre sa douche avec lui et à lui frotter le dos. Le tout « pour le tester », selon ses dires, recueillis par les enquêteurs. Pourtant, assise sur le banc réservé au public, la mère de famille, séparée du prévenu depuis, n’a pas été inquiétée dans cette affaire.

Interrogée par les forces de l’ordre, cette dernière explique avoir toujours eu des doutes sur d’éventuelles pulsions sexuelles de son compagnon, notamment concernant les enfants. Une fois l’omerta rompue, la jeune fille, mineure au moment des faits, a fait état de plusieurs scènes d’agression sexuelle subies dans son enfance. Et même durant les années qui ont suivi. Caresses au niveau de la poitrine et de la culotte ou encore cours de conduite transformés en séance de papouilles non désirées, l’homme aurait également imposé à la fillette de lui toucher le sexe, notamment lors de leurs douches collectives, initiées par la mère de l’enfant. Reconnaissant simplement la caresse sur les seins de la victime, alors âgée de moins de 15 ans, Luc soutient ne jamais avoir eu d’« attirance sexuelle » pour sa belle-fille.

Un jeu, mais pas pour tout le monde

Pourtant, les soupçons ne datent pas d’hier. Interrogés par les comportements douteux de leur père, ses deux fils ont rompu les liens avec lui, par peur pour leurs enfants respectifs. D’autant que ces comportements suspects ne sont pas limités à des attouchements. La fillette dénonce également avoir été la victime de deux viols, l’un à ses 13 ans, lors d’un énième cours de conduite, et l’autre entre ses 15 et ses 17 ans. Malgré tout, le quinquagénaire n’est poursuivi que pour les faits d’atteintes sexuelles s’étant produits entre 1998 et 2002, soit avant les 15 ans de sa belle-fille. Les gestes qu’il reconnaît, il les décrit comme entrant dans une logique de « jeu » entre eux. Les autres, il les dément formellement, face aux enquêteurs. Des allégations qu’il réitère à la barre. Pourtant, depuis les faits, il aurait tenté d’aider la jeune femme, notamment en lui offrant une voiture. Un geste perçu par la famille comme une tentative d’acheter son silence.

« Pour elle, ce n’était pas un jeu, mais l’intégrité de son corps », lance Nathalie Welté, procureure de la République. Confrontée à une enfance empreinte de violences sexuelles, elle a ensuite subi une vie d’adulte sous les coups de compagnons violents. Mère à un jeune âge, ses enfants ont également été placés en foyer. Pour ajouter du choquant à l’absurde, la représentante du parquet a souligné que le prévenu, en plus d’être son beau-père, a reconnu la victime. Faisant de lui son père aux yeux de la loi. « C’est parole contre parole », lance maître Jérôme Arnal, faisant référence à la célèbre affaire d’Outreau. De son côté, maître Laura Fabres, intervenant pour les parties civiles, a souligné l’extrême gravité des faits reprochés au prévenu, avant de demander 1 500 € au titre de provision, dans l’attente d’une expertise psychologique de la victime, particulièrement affectée depuis son enfance, par ce qu’elle dénonce. 600 € ont également été demandés par le conseil de la victime au titre de ses frais de défense.

Le tribunal, présidé par Anne-Carine David, a mis la décision en délibéré. Elle sera rendue le 26 mai prochain. Vingt-quatre ans après les faits, la victime va devoir attendre encore quelques jours avant de tenter de tirer un trait sur ce passé plus que difficile.

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