À l’issue du congrès annuel des Vignerons indépendants, organisé cette année dans le Gard, la fédération gardoise des Vins IGP tient à saluer la qualité de l’événement, tant par la richesse des échanges que par l’engagement des organisateurs et des participants. Denis Verdier, président de cette fédération, prend la parole : « Ce congrès a démontré la capacité des Vignerons indépendants à porter haut la défense de notre profession et à créer un espace de travail constructif et inspirant. »
Visiblement, les vignerons ne demandent pas des promesses, ils demandent des solutions réalistes, rapides et efficaces et ont besoin d’avancer avec une vision plus claire pour leur avenir… Dans un communiqué de presse, la fédération évoque son inquiétude sur la situation conjoncturelle avec l’arrachage et un dispositif repoussé trop tardivement.
« La décision de repousser la mise en œuvre du dispositif d’arrachage à fin décembre 2026 constituerait pour la filière un signal très préoccupant. En effet, la viticulture traverse une crise historique. Le report de la mise en œuvre du dispositif d’arrachage à fin décembre 2026 compromet un objectif pourtant essentiel : réduire dès ces vendanges les volumes produits afin de favoriser l’équilibre de l’offre et la demande et contribuer enfin à des prix qui couvrent les charges d’exploitation. En différant cette mesure, on prive les exploitations d’un outil indispensable pour enrayer la dégradation économique en cours. Au lieu d’apporter une réponse immédiate à l’urgence, cette décision laisse les vignerons affronter un marché déjà saturé. Il faut par ailleurs noter que le report des vignes engagées aujourd’hui à l’arrachage et souvent abandonnées accentue le risque sanitaire pour le vignoble en proximité. »
Concernant la distillation, les prix d’achat sont jugés inacceptables. « La mesure de distillation, au prix annoncé bien en deçà des coûts de production, ne permettra en rien d’absorber les stocks, ni de stabiliser les trésoreries déjà fragilisées. Mettre en place une distillation de crise à un tel prix, c’est envoyer un mauvais message aux marchés et officialiser les prix cassés. Une telle mesure, en l’état, ne peut pas remplir son rôle. Au contraire, elle risque de fragiliser davantage les exploitations au moment où elles ont besoin d’un soutien clair, lisible et efficace. Nous appelons donc la ministre de l’Agriculture à réviser sans délai les modalités des deux dispositifs, avancer la mise en œuvre de l’arrachage, et revoir les niveaux de prix pour la distillation afin qu’ils soient à la hauteur de la crise actuelle. »
Il s’agit aussi de mettre en œuvre une vision partagée pour l’avenir. « La filière a besoin d’une vision sur le long terme, au-delà des indispensables mesures sociales et économiques permettant d’accompagner les mutations en cours. La profession dans l’unité a élaboré « un plan de filière » pour préparer l‘avenir avec notamment l’ambition de reconquérir des parts de marchés, en particulier à l’export. On parle aussi de rendre de la compétitivité aux entreprises par la simplification administrative en revisitant notamment le carcan des normes diverses. Il faut encourager l’innovation et l’adaptation aux marchés et investir sur la recherche pour faire progresser la profession. Sur toutes les propositions qui ont été rendues publiques il y a quelque temps, le sentiment général est qu’on n’avance pas suffisamment vite. On serait bien inspiré de mettre en œuvre ces mesures qui sont indispensables au maintien et au développement de la viticulture française et qui se retrouvent en détail dans le plan de filière. »
Le Modef, à travers son porte-parole local Xavier Fabre, reprend : « Une fois de plus, la mise en scène est la même : autour de la ministre, les mêmes visages, les mêmes responsables syndicaux, les mêmes décideurs installés depuis des années — parfois des décennies. Et une fois de plus, aucune remise en question, aucune ouverture, aucun renouvellement. Pendant ce temps, la viticulture gardoise et languedocienne s’enfonce. Crise après crise, les exploitations disparaissent, les revenus s’effondrent, et l’avenir de toute une filière est compromis. Ce constat n’est pas une fatalité : il est le résultat direct de choix politiques et syndicaux répétés, portés par ceux-là mêmes qui prétendent aujourd’hui encore parler au nom de tous. En refusant délibérément d’ouvrir la discussion à l’ensemble des organisations syndicales, en excluant des acteurs porteurs d’alternatives, la ministre fait le choix du verrouillage et du mépris. Ce refus du pluralisme est une faute politique majeure. Ceux qui entourent la ministre sur la photo ne sont pas des observateurs neutres : ils sont coresponsables de la situation actuelle. Les maintenir comme interlocuteurs exclusifs, c’est acter la continuité de l’échec. Le Modef Gardois dénonce avec force cette confiscation du dialogue. Nous portons des propositions nouvelles, concrètes qui visent à redonner un avenir viable, digne et durable à la viticulture. Refuser de les entendre, c’est refuser toute perspective de sortie de crise. Madame la ministre, en écartant volontairement des voix alternatives, vous commettez une erreur grave aux conséquences lourdes pour toute la filière. Ce choix vous engage pleinement. Mais chacun le sait : les responsables de passage échappent trop souvent aux conséquences de leurs décisions. Les viticulteurs, eux, n’ont pas ce luxe. Ce sont eux qui paient — et paieront encore — le prix de cette politique de l’aveuglement. Le Modef Gardois continuera, malgré tout, à défendre une autre voie. »