« Il y a du sang partout dans la maison », relate le président du tribunal correctionnel de Nîmes en évoquant les faits reprochés à Cengiz. Âgé d’une quarantaine d’années, le prévenu, de nationalité turque, comparaît assisté d’une interprète, depuis le box des prévenus, pour un vol commis avec violences, le 22 mai 2025. En cette nuit de printemps, Cengiz s’est introduit dans l’appartement nîmois de celui qui deviendra sa victime. « J’ai entendu un drôle de bruit dans ma véranda », explique-t-il aux enquêteurs. Il est allé voir et a eu la surprise de ne pas être seul. Le prévenu s’y trouve également, visiblement sous l’emprise de stupéfiants. L’homme aurait utilisé une chaise pour escalader le portail, avant de pénétrer dans le logement de la victime, âgée de 73 ans.
Repéré, le quadragénaire s’est jeté sur la victime. « Il m’a pris par le cou », explique ce dernier, avant de relater des faits qui font froid dans le dos. « Je me suis débattu », ajoute le septuagénaire, avant de décrire que le prévenu, qu’il n’avait jamais rencontré avant cette horrible nuit, a pris le dessus sur la bagarre et lui a réclamé de l’argent et son téléphone portable. Ne trouvant pas satisfaction, il s’est saisi d’un couteau, trônant dans la cuisine, avant de poignarder sa victime. Huit plaies, dont deux ayant nécessité des sutures. C’est ce qu’a subi la victime sur ses bras et l’une de ses jambes, avant de voir son agresseur s’enfuir en emportant son téléphone portable et le sentiment de sécurité que lui conférait jusqu'alors son logement. Le médecin légiste des Unités médico-légales (UMJ) a fixé à 5 jours l’interruption totale de travail de cette victime.
Un couteau et une casquette
« Je n’ai pas les mots pour me défendre, explique le prévenu par le biais de son interprète. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu ce geste-là. » Malgré tout, une piste se dégage lorsqu’il est interrogé par les enquêteurs : « J’étais en crise, je voulais dormir. » Pourtant, c’est agresser et voler qui ont été ses gestes une fois à l’intérieur du domicile de la victime nîmoise. N’ayant pas tous ses esprits, Cengiz aurait ensuite pris la fuite, laissant sa casquette derrière lui. C’est cet objet qui a permis de le confondre. Près d’un an après les faits, il a donc été placé en garde à vue, avant de comparaître ce mercredi dans le cadre d’une audience de comparution immédiate. Décrivant des faits qui « laissent des traces indélébiles », Arnaud Massip, procureur de la République, a demandé 5 années d’emprisonnement à l’encontre du réfugié politique, dont une année assortie d’un sursis.
« Ce n’est pas un délinquant », lance maître Patricia Perrien, intervenant pour la défense de Cengiz. L'homme n'a été condamné qu'une seule fois, pour une conduite sans permis. Réfutant toute préméditation dans cette scène de violences, elle a par ailleurs souligné que le couteau utilisé est celui de la victime, cuisinier à la retraite. Compte tenu de la gravité des faits, le tribunal a condamné le prévenu à 5 années d’emprisonnement avec décernement d’un mandat de dépôt. Dans un dossier qui aurait pu toucher la barre d’une cour d’assises, la victime, présente à l'audience, s’est approchée de la famille du prévenu, s’excusant d’être à l’origine d'une incarcération qu’il n’a jamais désirée pour son agresseur. Le procès s’est donc conclu sur une scène de tristesse, et sur les larmes d’une jeune femme, démunie face à l'incarcération de son proche.