L’enfer. C’est le seul mot qui puisse caractériser ce qu’a vécu Hugo*, au pied du bâtiment Q de la résidence de la Citadelle, à Bagnols-sur-Cèze. Pendant de longues heures, le jeune homme a été torturé par plusieurs connaissances, sur fond de trafic de stupéfiants. Postés au niveau du point de deal de la Citadelle, de nombreux sévices lui ont été imposés, qu’ils soient « sexuels, physiques et moraux », selon les dires d’Arnaud Massip, procureur de la République. C’est grâce au courage du jeune homme que l’affaire a été révélée au grand jour. Le 31 janvier 2025, il s’est présenté au commissariat de Bagnols-sur-Cèze pour dénoncer les violences et les viols dont il décrit avoir été victime la veille, entre 16 h et le petit matin.
Son récit est glaçant. Jobeur sur le point de deal de la Citadelle, il aurait été accusé par ses « patrons » d’avoir détourné de l’argent issu de ventes de stupéfiants dans le secteur. Il aurait été pris à partie par deux jeunes hommes appartenant au réseau, désireux de lui infliger une « correction ». Ne se limitant pas à des violences, « que l’on voit régulièrement dans ce genre de dossiers », selon le président à l’audience, lui et son comparse, mineur, lui ont enfoncé un bâton d’une vingtaine de centimètres dans l’anus, l’ont obligé à boire de l’urine fraîche et à avaler un mégot de cigarette. Ajoutant de l’horreur à l’horreur, il lui aurait aussi imposé de se pénétrer l’anus digitalement, avant de lui demander de lécher son doigt ensanglanté.
Business is business
À l’énoncé des faits qui ont été infligés à ce jeune homme, la salle d’audience du tribunal correctionnel de Nîmes se fait muette. Debout dans le box, Enzo, le prévenu, reconnaît les faits. « J’ai été obligé aussi. Soit je lui faisais ça, soit je me faisais frapper », lance le jeune homme, âgé de 18 ans et quelques mois ce soir-là. Reconnaissant être à l’origine des faits, d’abord criminalisés, Enzo réfute, face au tribunal correctionnel, avoir été présent lorsque la victime a été forcée à rentrer dans une bouche d’égout sous la menace d’y être enfermé pour la nuit. Malgré ces horreurs, le business, c’est le business. À l’arrivée d’un client, les violences s’arrêtent avant de reprendre de plus belle une fois la vente effectuée.
Le comble de l’absurde : se trouvant sur un point de deal bien connu des forces de l’ordre, ils ont été contrôlés par la police pendant cette soirée de l’horreur. Mais rien. Procédant simplement à un contrôle d’identité, les fonctionnaires n’ont rien remarqué de suspect, malgré les prétendus regards lancés par la victime pour tenter de se sortir de cette situation horrifique. Une fois repartis, les violences se sont poursuivies, jusqu'à tard dans la nuit. Examiné par un médecin légiste, le jeune homme a été soumis à une ITT de 5 jours. S’estimant toujours soumis à un préjudice important, il demande 40 000 € de dommages et intérêts. Enzo comparaît pour des violences, dans un dossier qui aurait pu se retrouver devant la cour d’assises si les faits de viol avaient été retenus. D’autant que, selon le psychiatre qui l’a examiné, les faits font écho à « une expression pulsionnelle sadique ». Un élément que le ministère public n’a pas manqué de souligner, avant de requérir « la peine maximale », soit 7 ans d’emprisonnement à l’encontre d’Enzo. Le mineur, également prévenu, est convoqué devant le tribunal pour enfants le 9 juin prochain.
« Je suis influençable »
Bien que peu condamné par la justice, le jeune majeur est connu des services de police. Il a régulièrement été mis en cause dans des affaires, notamment liées au trafic de stupéfiants et à des violences. D’autant que depuis son placement en détention provisoire dans le cadre du dossier, il n’a pas fait vœu de sagesse. Il a écopé d’une multitude de comptes rendus d’incidents, lui valant une trentaine de jours de placement à l’isolement depuis son incarcération. Sa justification : « Je suis influençable. » Debout, aux côtés de son client, maître Rémy Nougier a rappelé l’enfance difficile d’Enzo. Abandonné par sa mère aux mains d’un père violent et délinquant, le conseil lance : « Le retrouver ici, c’était presque une évidence », demandant au tribunal de ne pas faire de ce dossier un exemple. Dénonçant une expertise psychiatrique « à charge », il ajoute : « Il n’est pas fini, il n’a juste pas eu de chance dans sa vie ».
À l’issue des débats, et sans grande surprise, le prévenu a été condamné à 7 ans d’emprisonnement assortis d’une période de sûreté des deux tiers. Concrètement, Enzo ne pourra demander un aménagement ou une liberté conditionnelle qu’après 3 ans d’emprisonnement ferme. Une nouvelle qu’il a apprise le visage fermé, quelques minutes après avoir exprimé ses regrets face à la juridiction. Lui est également imposée une interdiction du Gard, pendant 5 ans, une interdiction d’exercer toute activité avec des mineurs, pour la même période, et l’obligation de réparer le préjudice moral de la victime, à hauteur de 10 000 €. « Le tribunal vous déclare coupable de faits très graves », conclut le président, avant de lui rappeler son droit de faire appel.
*Le prénom de la victime a été modifié dans le but de préserver son anonymat.