Avec sa carrure de rugbyman, impossible de rater Jérôme Jackel ce mercredi matin au milieu de la place. Venu avec quelques colistiers et des tracts, celui qui a choisi de se maintenir après être arrivé troisième dimanche avec 15,93 % des voix y croit encore. « Les urnes parleront, chacun prendra ses responsabilités », affirme celui qui compte remobiliser les abstentionnistes.
Une dame interrompt notre échange pour faire part de son « cas de conscience » au candidat, face au risque on ne peut plus concret de la victoire de la candidate du Rassemblement national Pascale Bordes dimanche, après un premier tour qui l’a vue arriver largement en tête avec 44,26 % des voix. « Ce qui a fait ce score, c’est la politique de la mairie », lui répond Jérôme Jackel, qui estime que « nous avons 160 voix d’écart avec Jean-Yves Chapelet, c’est lui qui devait se retirer. Alors le cas de conscience, c’est lui qui devrait l’avoir. »
À quelques mètres de lui, on aperçoit Pascale Bordes accompagnée du maire RN de Beaucaire, Nelson Chaudon, réélu dimanche dès le premier tour avec 60,37 % des voix. Il est « là par amitié pour Pascale Bordes, le RN est une grande famille », et estime que « Pascale Bordes n’a pas besoin du maire de Beaucaire pour gagner Bagnols », suite au « réel plébiscite face à un maire sortant ridiculisé. »
À côté, Pascale Bordes, tout sourire, boit du petit lait. Elle juge son accueil au marché par « le nombre de bises » qu’elle a déjà effectuées en milieu de matinée. Elle lance elle aussi un appel aux abstentionnistes « qui auront définitivement perdu tout droit de se plaindre » à l’issue de l’élection, avant de s’en prendre de nouveau à ses adversaires « qui ont tenté le barrage, avec un positionnement du ‘je t’aime, moi non plus’ alors qu’il faut avoir un positionnement et s’y tenir. Qui encore peut avoir confiance au maire sortant ? »
Maire sortant (18,25 % au premier tour), Jean-Yves Chapelet, qui débarque alors pour rejoindre ses colistiers, dont Jean-Christian Rey. Le président de l’Agglomération du Gard Rhodanien se dit « combatif » et martèle que « dimanche, le choix est simple : celui de la compétence ou celui de l’incompétence. Regardez la liste RN, et préparez vos mouchoirs. » Il en garde une petite pour Jérôme Jackel : « je regrette qu’il se soit maintenu, nous retirer, nous on l’a déjà fait », affirme-t-il, rappelant le retrait de Jean-Yves Chapelet et d’Emmanuelle Crépieux aux départementales de 2015, pour faire battre l’extrême droite. « En face à face, je pense qu’on aurait gagné, en triangulaire, nous avons une petite chance », pronostique-t-il.
De son côté, Jean-Yves Chapelet se dit « tranquille » et ne veut « surtout pas dramatiser » l’enjeu de ce dernier marché : « les chiffres sont les chiffres, le combat politique, c’est autre chose. » Il salue « ceux qui se sont retirés et ont encore la volonté de faire obstacle au RN », allusion à Philippe Broche, appelle « à aller voter, il y en a qui ont dû penser que c’était fait alors que ce n’est pas fait » et dit avoir « entendu les messages » envoyés par les électeurs au premier tour, « en matière de sécurité par exemple, et tout ce qu’on a fait à côté n’a pas été suffisant pour couvrir tout ça. »
Bien que pas qualifié pour le second tour avec ses 7,13 % des voix, Michel Cegielski était aussi sur le marché ce mercredi. Après avoir discuté avec Jérôme Jackel et Philippe Broche, sans succès, et avoir attendu en vain le coup de fil de Jean-Yves Chapelet (« il ne m’a jamais appelé alors qu’il aurait pu le faire »), Michel Cegielski donne son positionnement : « au niveau de mes colistiers, chacun fait ce qu’il veut ; quant à moi, je ferai tout pour qu’il n’y ait pas le RN. » Et le candidat défait affirme avoir « des projets pour l’avenir », pourquoi pas monter une association pour « ne pas nous arrêter comme ça. »
Même s’ils sont plus nombreux que d’habitude en ce moment, il n’y a pas que des politiques sur le marché, a fortiori place Tamalou. On y croise aussi cette responsable associative qui craint pour le devenir de sa structure en cas d’avènement d’une mairie RN : « qu’est-ce qu’on va devenir ? », demande-t-elle, encore abasourdie par les résultats de dimanche dernier. À Beaucaire, le basculement au RN en 2014 avait vu des subventions supprimées ou fortement réduites pour la Ligue de l’enseignement, la Mission locale, ou encore des associations oeuvrant pour la politique de la ville. Dans une ville comme Bagnols qui compte plus 350 associations, l’enjeu est de taille.