La séance a été ouverte par le président sortant de l’Agglomération, Jean-Christian Rey. L’unique président qu’a connu cette intercommunalité depuis sa création en 2013 a donc fait ses adieux en se disant « fier du travail accompli » et en citant Sénèque, « on ne s’appuie que sur ce qui résiste ». Ce qu’on peut rétrospectivement comprendre comme un message aux 77 élus de l’Agglomération : résister à la poussée du Rassemblement national, le parti d’extrême droite qui a triomphé à Bagnols aux municipales, entraînant la chute du maire sortant Jean-Yves Chapelet et dans son sillage, de Jean-Christian Rey.
Conduite par le doyen d’âge de l’assemblée, le maire de Saint-André-de-Roquepertuis Jakie Bougault, l’élection opposait trois candidats : le maire de Saint-Paulet-de-Caisson et vice-président sortant Christophe Serre, qui avait les faveurs de Jean-Christian Rey, Pascale Bordes et l’opposant bagnolais Jérôme Jackel. Avec un objectif : réunir les 39 voix nécessaires à la majorité absolue pour l’emporter dès le premier tour. Pas une mince affaire, surtout que Christophe Serre avait enregistré le ralliement ce week-end du maire de Pont-Saint-Esprit Valère Segal.
Pascale Bordes offensive, Jérôme Jackel déroule son programme
Pascale Bordes sera la première à venir au pupitre pour convaincre les élus communautaires. Dans un discours offensif, la maire de Bagnols dénoncera « le bilan catastrophique pour notre territoire » de Jean-Christian Rey et de Christophe Serre, bilan « qui n’a vu sortir de terre aucun projet structurant en dépit de centaines de millions d’euros d’argent public dépensés », « 800 000 euros d’études (un chiffre contesté par la majorité sortante, ndlr) pour qu’aucun bassin de natation ne soit sorti de terre » ou encore « le triste épisode du Centre d’excellence culturelle Scène campagne ».
Sur ce dossier, qu’elle a abordé pour s’en prendre à Christophe Serre, qui l’avait initié il y a une quinzaine d’années, la maire de Bagnols reviendra sur l’affaire Interface et sur l’abandon du projet. Un dossier vieux de dix ans, commenté maintes et maintes fois, du reste. Pascale Bordes affirmera que « voter pour Christophe Serre, c’est choisir la continuité, un changement de façade. » « De mon côté, je vous propose une rupture totale », reprendra la maire de Bagnols, avant de revenir sur « le déficit chronique de démocratie » dont souffrirait l’Agglomération, comme « d’un système de l’entre-soi » auquel elle propose de « mettre un terme », pour « une vraie démocratie. »
Puis place à Jérôme Jackel, qui se dira « pas ici pour entretenir les divisions », mais pour « proposer un vrai projet collectif. » Un projet « d’une intercommunalité qui redevient un outil au service des communes », avec « une gouvernance partagée et tournante. » Puis le bagnolais a développé son programme, avec notamment « des régies agricoles locales », la création d’un « pôle médical intercommunal moderne », le déploiement d’une « police intercommunale », la construction d’un « complexe nautique », ou encore « revoir la gestion des déchets ». « L’Agglomération doit être un véritable appui pour les communes, surtout les plus petites », lancera-t-il ensuite, promettant d’être « le président de tous ».
Christophe Serre « dans la continuité »
Christophe Serre s’est exprimé en dernier, non sans remercier ironiquement ses adversaires « pour leurs amabilités, notamment sur les réseaux sociaux » à son endroit, avant de dire s’avancer « avec humilité et confiance » face à ses homologues. Et « une conviction : notre Agglomération est plus forte quand elle est rassemblée autour d’un projet clair, une méthode de travail dans le respect des communes », affirmera Christophe Serre, revendiquant s’inscrire « dans la continuité du travail mené depuis la création » de l’Agglomération. Une intercommunalité « qui n’a pas besoin de divisions, mais de sérénité et de résultats ».
Puis le maire de Saint-Paulet-de-Caisson se présentera comme « maire, comme vous, d’une commune ni la plus grande, ni la plus visible, je sais que chaque commune compte, quelle que soit sa taille. La ruralité n’est pas un poids, mais une richesse. » Quant aux villes, « leur rôle moteur est indispensable, mais il doit s’exercer dans un esprit partenarial, pas de centralisation. » Évoquant le projet de territoire voté par la précédente assemblée, « notre boussole, qui nous oblige à tenir le cap », avant de proposer « une méthode fondée sur la concertation, la co-construction avec l’ensemble des maires, des élus et de la population. Un projet est d’autant plus fort qu’il est construit ensemble. »
Puis le candidat énumèrera les grands dossiers à venir, de la « préservation des terres agricoles » à la promotion d’une « industrie créatrice d’emploi, respectueuse de son environnement », « la lutte contre la désertification médicale », la mobilité ou encore la réduction des inégalités par le biais de la politique de la ville. Le tout avec une Agglomération « aux finances saines, peu endettée, à la capacité d’investissement préservée », qui va permettre d’investir, notamment sur le centre aquatique, « c’est le moment », avance Christophe Serre, mais aussi « les crèches, les zones économiques », le projet mémoriel du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise ou encore « le soutien aux communes grâce aux fonds de concours. »
Puis Christophe Serre, après avoir dit vouloir « rassembler pour agir, et agir pour être utile », annoncera qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession, tant à Saint-Paulet qu’à l’Agglomération, dans sept ans. « Je ne serai pas dans une logique de réélection, je serai totalement libre de dire, de décider, d’agir pour le seul intérêt de notre territoire. »
Le RN 8 fois battu
Place au vote, à bulletin secret. Christophe Serre sera élu avec 44 voix, obtenant donc la majorité absolue dès le premier tour, devant Pascale Bordes (27 voix) et Jérôme Jackel (3 voix). Deux bulletins blancs et un bulletin nul complètent le résultat. Après avoir remercié les élus pour leurs suffrages, Christophe Serre reprendra la parole pour évoquer les projets en cours, de l’arrivée de l’entreprise MGH sur la friche de l’Ardoise au choix de la startup Hexana d’installer son premier petit réacteur modulaire à Marcoule, l’étude pour l’irrigation des terres agricoles, la future crèche de Tavel, la création de la maison des internes en médecine ou encore le futur pacte financier et fiscal, « qui devra concilier responsabilité, capacité d’investissement et dynamique du territoire ». Et de conclure : « Je sais pouvoir compter sur vous, quel que soit votre choix, et vous pouvez compter sur moi, quel que soit votre choix. »
Il a ensuite fallu élire quinze vice-présidents, selon le même mode, scrutin à bulletin secret. Quinze scrutins successifs. Pascale Bordes s’est présentée aux sept premiers, sans être élue. Soit, en comptant l’élection à la présidence, huit défaites en une soirée. Bagnols, ville centre de l’Agglomération qui représente 19 000 de ses 75 000 habitants, est donc exclue de l’exécutif de l’intercommunalité, et plus isolée que jamais sur son propre territoire.
Le nouvel exécutif de l’Agglomération
Christophe Serre (Saint-Paulet-de-Caisson, président), Sylvie Barrieu-Vignal (Saint-Laurent-des-Arbres, 1ère vice-présidente déléguée à l’aménagement du territoire), Valère Segal (Pont-Saint-Esprit, 2e vice-président délégué à la santé et à l’accès aux soins), Brigitte Vandemeulebroucke (Carsan, 3e vice-présidente déléguée à l’enfance et à la jeunesse), Guy Aubanel (Saint-Laurent-de-Carnols, 4e vice-président aux ressources financières), Sébastien Bayart (Codolet, 5e vice-président délégué au développement économique et à l’innovation), Benoît Trichot (Montclus, 6e vice-président délégué au tourisme et au rayonnement du territoire), Gérald Missour (Saint-Nazaire, 7e vice-président délégué au moyens généraux et à la coopération entre les communes), Olivier Jouve (Saint-Geniès-de-Comolas, 8e vice-président, délégué à la ressource en eau et à sa distribution), Elian Petitjean (Saint-Michel-d’Euzet, 9e vice-président, délégué aux marchés publics et aux travaux), Laurent Nadal (Cavillargues, 10e vice-président délégué aux déchets et à l’économie circulaire), David Biallet (Laudun-l’Ardoise, 11e vice-président délégué aux mobilités et aux risques naturels), Bernard Ducros (Orsan, 12e vice-président délégué aux réseaux et à la gestion des eaux usées), Alexandre Pissas (Tresques, 13e vice-président délégué aux relations institutionnelles), Patrick Palisse (Le Pin, 14e vice-président délégué à la transition énergétique et écologique), Cédric Clemente (Lirac, 15 vice-président délégué à l’environnement, à l’agriculture et à la biodiversité).