Il n’y aura donc pas d’union sacrée face à l'extrême droite à Bagnols. Dimanche soir, même pas une heure après avoir proclamé les résultats du premier tour sur les escaliers de l’hôtel de ville, Jean-Yves Chapelet lançait un appel par communiqué : « Je veux rassembler, où que vous vous trouviez, et vous appeler à vous unir à nous pour le progrès et l’avenir. » Dans le même temps, Jérôme Jackel (troisième avec 15,93 % des voix) disait « attendre les appels » des autres candidats face au RN, Philippe Broche (quatrième avec 14,43 %) ouvrait la porte à une réflexion avec ses colistiers et Michel Cegielski (7,13 %), le seul pas en mesure de se qualifier pour le second tour, était lui aussi ouvert à cette éventualité.
Deux jours plus tard, on a désormais la certitude qu’ils seront trois sur la ligne de départ de ce second tour. Si Philippe Broche s’est retiré sans toutefois donner de consigne de vote, mais en précisant que Jean-Yves Chapelet ne l’avait pas contacté, Jérôme Jackel a quant à lui choisi de continuer, estimant représenter « une alternative crédible, citoyenne et transpartisane. Pour toutes celles et ceux qui refusent à la fois le Rassemblement national et la gestion actuelle, une autre voie existe. » Et il argue des « 2 634 voix pour les listes Jackel, Broche et Cegielski, contre 1 282 voix pour le maire sortant. »
L’impossible union
Insuffisant pour espérer l’emporter, toutefois, vu que Pascale Bordes a réuni 3 109 voix au premier tour et ne devrait pas en perdre en route. À première vue, il aurait donc fallu que les quatre listes qui se présentaient face à elle s’unissent pour espérer quelque chose, et encore sans certitude, la politique n’étant pas des mathématiques. Un tel scénario de fusion des listes Chapelet, Jackel, Broche et Cegielski était toutefois hautement improbable, les relations du maire sortant avec ses trois concurrents étant exécrables : des échanges houleux quasiment à chaque conseil municipal avec Jérôme Jackel, un soutien à Éric Giraudier face à Philippe Broche lors des dernières élections à la CCI Gard et une séparation dans la douleur avec l’ancien adjoint Michel Cegielski.
Trois adversaires qui le lui ont bien rendu : « Pendant la campagne, ils ont tous passé leur temps à s’attaquer à la personne du candidat, pas à ses idées, un peu à son bilan », estime un proche de Jean-Yves Chapelet. Parallèlement, le maire sortant, régulièrement tourné en dérision sur les réseaux sociaux par des visuels réalisés par intelligence artificielle, a même fini par déposer plainte suite à la publication d’une image représentant sa tête sur un punching-ball, frappée par Jérôme Jackel et Pascale Bordes, tout en disant « regretter que les personnes représentées n’aient pas immédiatement condamné cette publication, et que son administrateur l’ait laissée prospérer sur son groupe Facebook. » L’administrateur visé par le maire sortant n’est autre que Jérôme Jackel.
Ajoutons à cela le fait que « le programme de Jackel n’a rien à voir avec celui de Chapelet, il est aux antipodes, souligne notre source. Quant à celui de Broche, sa solution pour revitaliser la ville, c’est de faire venir Mireille Mathieu et des thés dansants… »
L’improbable « remontada »
Reste que maintenant, on voit mal comment Pascale Bordes, qui a raillé dès dimanche soir les « castors qui vont ressortir pour faire un pseudo-barrage républicain », pourrait perdre ce second tour, dans une ville longtemps abonnée à l’alternance, administrée depuis 18 ans par Jean-Christian Rey, puis Jean-Yves Chapelet. « Jackel prendra ses responsabilités », nous glisse-t-on dans l’entourage de Jean-Yves Chapelet. Dans un communiqué ce mardi, le maire sortant a estimé que « dans une situation où il n’y a que deux issues possibles, tout autre choix est un choix qui permet au Rassemblement national d’emporter notre ville. »
Jérôme Jackel n’est évidemment pas de cet avis et affirme avoir « dans la liste de Broche et dans celle de Cegielski, des gens qui vont appeler à voter pour (lui). » Surtout, « je vais mobiliser les abstentionnistes, parmi les 45 %, je sais où en chercher 10-15 %, et on va le faire. » Il rappelle aussi que Pascale Bordes a fait moins de voix au premier tour des municipales qu’aux législatives de 2024, la candidate RN avait réuni 3 549 voix au premier tour et 3 935 au second tour à Bagnols. Avec toutefois une participation plus haute de 5 %.
Autour de Jean-Yves Chapelet, on veut croire en une « remontada » : « Il nous faut un report exceptionnel des voix de Broche et de Cegielski et un bond entre 5 et 10 points de participation. » Improbable mais pas impossible d'envisager, après avoir perdu 4-0 au match aller, une victoire ric-rac dans les arrêts de jeu au match retour.