Élections d’accoutumée discrètes, les sénatoriales du 27 septembre devraient attirer tous les regards. Dans notre département, le résultat des municipales a modifié le profil des grands électeurs, principalement des élus municipaux et leurs délégués. Avec la victoire à Nîmes, la gauche peut espérer décrocher un deuxième siège de sénateur. Elle n’est pas la seule : faisant tomber Bagnols et Vauvert, le RN aspire à faire élire un sénateur, ce qui serait historique dans l’histoire politique du Gard.
Un scénario à la Fournier ?
C’est dans ce contexte que Denis Bouad, 73 ans, a annoncé, lundi en réunion de majorité au Conseil départemental, qu’il ne serait pas candidat à un second mandat. « Nous avons été surpris de sa décision… », réagit un élu départemental de la majorité. La surprise ne s’arrête pas là. L’annonce du sortant s’est accompagnée d’une confusion. Qui pour lui succéder ? Le socialiste n’a adoubé personne, même si certains de ses proches se verraient bien le remplacer au palais du Luxembourg, comme le président du Pays d’Uzès, Fabrice Verdier.
« On a un peu l’impression que c’est après moi le déluge… On n’est pas loin du scénario de la droite nîmoise avec Jean-Paul Fournier, lâche un maire de gauche inquiet. Il ne faudrait pas que l’on perde le seul sénateur de gauche qu’il nous reste ! » En plus de Fabrice Verdier, un autre socialiste a déposé sa candidature : Alexandre Pissas, 75 ans, qui fait du Sénat son bâton de maréchal. Maire de Tresques et conseiller départemental du canton de Bagnols, il avait été investi par les militants socialistes en 2020... Sauf que la direction nationale lui a finalement préféré Denis Bouad.
La « responsabilité » du PS
Un troisième candidat « homme » n’est pas exclu : le maire de Bellegarde, Juan Martinez. Problème, il ne remplit pas toutes les conditions, comme les trois années de cotisations consécutives requises par le PS pour candidater, et vient, de surcroît, de perdre la présidence de la Communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence. Évoquant la circulaire « 1 437 » de la direction nationale du PS, Denis Bouad ouvre un peu plus le spectre des candidatures : « Lorsqu’un sénateur sortant décide de ne pas se représenter, la candidature proposée doit être féminine. »
Plusieurs noms sont évoqués : Françoise Laurent-Perrigot, présidente du Conseil départemental. « Retourner au Sénat ? Elle n’en a pas vraiment envie », pense l’un de ses proches. La conseillère régionale Katy Guyot ? « Elle est amie avec Fabrice Verdier. C’est elle qui lui a présenté sa femme. Elle n’ira pas contre lui ! », poursuit notre source. Nathalie Nury, élue départementale et maire de Roquemaure ? Elle n'est pas encartée au PS. Maryse Giannacini, maire de Fons et conseillère départementale ? Peut-être… Mais l'édile « a un peu d’influence avec la défaite de son binôme, Marc Larroque, à la tête de l’intercommunalité ».
Dans cette affaire, la responsabilité du PS est d’autant plus grande que le parti doit s’accorder avec ses partenaires, comme le PCF et les écologistes. Des conditions pour maximiser les chances de la gauche d'obtenir deux sénateurs. Dans l’hypothèse où Denis Bouad repartait, le PCF avait déjà proposé la candidature de Cathy Chaulet, conseillère départementale du canton de Rousson et nouvelle maire de Saint-Privat-de-Champclos. Les listes pour les sénatoriales devant être paritaires, le changement de casting socialiste aurait donc une incidence sur celui des communistes.
Invité dans le Club Objectif Gard, ce mardi, le maire de Nîmes, Vincent Bouget, explique : « Ce n’est pas aux autres formations de désigner les candidats des autres partis(...) La personnalité du candidat, et sa reconnaissance chez les élus, notamment chez les maires, comptent. » Un propos partagé par un autre membre du Parti communiste qui complète : « Pour éviter les candidatures sauvages, il faut une personnalité rassembleuse. Les directions des partis doivent rapidement se réunir. On pourrait même réfléchir, de manière plus large, à une répartition des forces à l’approche des Législatives. »
Les socialistes voteront le 21 mai
Au PS, charge aux 500 militants socialistes de départager les candidats le 21 mai lors d’un vote interne. « On sait qu’à ce jeu-là, c’est Alexandre Pissas qui a le plus de cartes », relève un ex-militant socialiste. Le passé l’a montré : le vote des militants n’est pas l’onction suprême. « Dans le Gard, il y a deux faiseurs de roi », poursuit notre source. En l’occurrence, des « faiseuses » : Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, et la députée européenne Chloé Ridel. Proche du secrétaire national Olivier Faure, la Gardoise est notamment chargée de rédiger le projet socialiste pour la présidentielle 2027. Quel(le) candidat(e) soutiendra-t-elle ? Dans le Gard, l’histoire de l’investiture de 2020 pourrait bien se répéter…