Olivier Galzi n’en a jamais fait mystère : bien que novice en politique, il vise le Grand Avignon. Et, alors que le sortant Joël Guin avait initialement affirmé qu’il ne briguerait pas à nouveau la présidence de l’Agglomération, il a finalement décidé d’y retourner. Le sortant a ses chances : les élections de 2014 puis de 2020 l’ont prouvé, la majorité municipale avignonnaise ne peut pas remporter la présidence seule. Ainsi, le maire de Villeneuve Jean-Marc Roubaud puis celui de Vedène Joël Guin ont successivement damé le pion à la maire PS d’Avignon Cécile Helle.
Le Gard penche pour Guin
Le même destin attend-t-il Olivier Galzi ? Le nouveau maire d’Avignon a besoin de 36 voix pour avoir la majorité. Avec ses 24 conseillers communautaires avignonnais, il lui faut donc trouver 12 voix. Pas simple, tant la cote de popularité de Joël Guin est grande chez les élus sortants des 16 communes de l’Agglomération, tous reconduits sauf à Avignon. « Je peux comprendre qu’Olivier Galzi veuille la présidence, mais je resterai fidèle à Joël Guin, affirme la maire de Roquemaure Nathalie Nury, dont la commune a deux sièges. Il a beaucoup fait pour Roquemaure, et pour l’ensemble du territoire. »
Un sentiment largement partagé rive droite du Rhône : « Il a beaucoup fait pour le territoire, nous avons bien travaillé ensemble pendant six ans, malgré toute la sympathie que j’ai pour Olivier Galzi, j’ai tendance à penser qu’il n’y a pas besoin de changer de président », estime le maire de Saze (un siège) Yvan Bourelly. « Joël Guin a bien travaillé, il est difficile de voter contre lui », abonde la première adjointe de Rochefort-du-Gard (3 sièges), Josy Manya. Même si Olivier Galzi, qui a rencontré les maires, s’est montré séduisant : « Il m’a dit que j’aurais tout ce que je voulais si j’allais avec lui, nous glisse-t-on côté Gard. Mais j’ai déjà tout ce que je veux avec Joël Guin ! » Difficile donc de faire monter les enchères…
Une tendance se dégage également : le souhait que les deux candidats s’entendent. « Nous souhaitons qu’il n’y ait qu’un seul candidat, confirme le maire des Angles (3 sièges) Paul Mély. Ce sont deux candidats du même bord politique. » Maire des Angles qui se dit « embarrassé entre la loyauté pour Joël Guin, qui a fait un mandat en traitant toutes les communes de manière égalitaire, et le maire d’Avignon qui emmènerait peut-être un dynamisme plus important, mais avec des inconnues, on ne sait pas s’il tiendra toutes ses promesses. » Alors, comme un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, « aujourd’hui j’irais plutôt vers Joël Guin », finit-il par dire, tout en affirmant que si finalement c’était Olivier Galzi, il travaillerait avec lui sans problème.
La maire de Villeneuve Pascale Bories est sur la même ligne, estimant que malgré « la majorité relative avec la ville-centre » lors du mandat sortant, « le président Guin a su fédérer l'ensemble des communes pour renforcer les équilibres territoriaux, accompagner les communes notamment sur les projets structurants d'assainissement et pluviaux, dans la transition écologique et l'attractivité du territoire. » Elle estime aussi que « le projet de territoire 'Horizon 2030' voté par l'ensemble des communes doit être entendu par le nouveau maire d’Avignon », et voit dans les récentes déclarations d’Olivier Galzi sur ce plan « une bonne chose », tout en affirmant avoir « exprimé aux deux candidats qu'une entente était nécessaire pour l'intérêt et l'avenir de notre territoire commun. »
Même son de cloche du côté de la maire de Pujaut, Sandrine Soulier, qui a même proposé une solution aux deux candidats : « Que Joël Guin débute, avant que M. Galzi lui succède en cours de mandat, ce qui lui permettrait de prendre ses fonctions d’élu, car il ne l’a jamais été. » Une chose apparaît : « Le Gard votera uni, et beaucoup préfèrent Guin », glisse une source bien informée, tout en précisant que le choix des communes gardoises n’est pas arrêté.
Un « pacte de Faust »
D’après nos informations, le son de cloche est également le même du côté des élus vauclusiens. Dans ces conditions, où Olivier Galzi pourrait-il puiser ses voix ? La réponse, toujours selon nos informations, se situe chez les élus RN. « Pas mal d’élus, côté Gard et côté Vaucluse, sont très remontés contre Olivier Galzi à cause de ça », nous glisse une élue. « Galzi s’est affiché avec le RN, a mangé avec Souque (le maire RN de Morières, NDLR), ça a mis le bordel, affirme notre source bien informée. Pour beaucoup de maires, qui se sont battus contre le RN et qui vont se retrouver avec du RN face à eux pour les prochaines élections, ça passe moyen. » S'il lui garantirait un socle de voix, le RN aurait donc aussi tendance à braquer un certain nombre d’élus. « C’est un pacte de Faust », résume notre source. Faust qui, on le rappelle, a vendu son âme au diable.
Reprenons : le RN est à la tête de deux communes vauclusiennes de l’Agglomération, Le Pontet (5 sièges) et Morières (2 sièges), et a un élu communautaire de Vedène. Si on ajoute à cela que les élus RN sortants gardent une dent contre Joël Guin, qu’ils accusent de les avoir évincés de l’exécutif sortant, le parti d’extrême droite ne comptant aucune vice-présidence, l’hypothèse d’une sorte d’alliance de circonstance, plus opportuniste qu’autre chose, tient donc debout. Du reste, l'opposante RN avignonnaise Anne-Sophie Rigault, élue à l’Agglo comme deux de ses colistiers, a fait passer le message pas vraiment subliminal lors du conseil d’installation du nouveau maire d’Avignon qu’il ne pourrait pas se passer du RN. « Les Avignonnais n’ont pas choisi leur nouveau maire par conviction, mais par un vote utile, qui n’est rien d’autre qu’un vote d’éviction, a-t-elle lancé à Olivier Galzi. Tout votre mandat va se dérouler sous l’ombre de ce choix que vous ne pourrez ignorer et qui appelle chacun d’entre vous à une grande humilité. »
À quelques voix près ?
On pourrait donc s’orienter vers une élection opposant le nouveau maire d’Avignon et les élus RN du territoire, au président sortant réunissant toutes les autres voix. Ce qui donnerait, à condition qu’aucune voix ne manque d’un côté ou de l’autre, 35 voix pour Olivier Galzi, à savoir les 24 élus de la majorité avignonnaise, les 3 élus RN d’Avignon, les 5 du Pontet, les 2 de Morières et l’élu de Vedène, et donc 38 pour Joël Guin. Bref, difficile de voir scrutin plus incertain, surtout qu’une abstention est vite arrivée, et qu’on n’est jamais à l’abri d’une surprise.
Surtout qu’après l’élection, il s’agira de gouverner. « Galzi a besoin du RN pour être élu, mais il n’en aura pas besoin pour diriger par la suite », veut croire un maire gardois. Il est cependant difficile d’envisager le RN exclu une nouvelle fois de l’exécutif éventuel d’Olivier Galzi, comme de Joël Guin : l’éviction des maires RN était due en grande partie à la gauche avignonnaise de l’époque, qui n’a désormais plus que 7 sièges dans la nouvelle assemblée. 7 sièges qui devraient revenir à Joël Guin, lui qui a été aperçu lors de la campagne à un des meetings de la tête de liste de gauche aux municipales avignonnaises, David Fournier, du reste.
Une élection incertaine, mais à forts enjeux : « Il faut relancer la LEO (la liaison est-ouest, au point mort depuis des années, qui comporte notamment un nouveau pont sur le Rhône, ndlr), il y a aussi le sujet de l’eau, on ne peut plus investir car nous n’avons pas augmenté le prix de l’eau depuis 2018 sur une volonté de la ville d’Avignon, mais il nous faut faire face à des obligations », rappelle Paul Mély. Le sujet des transports, notamment de l’extension du tramway, est aussi sur la table. Ce sera pour après le 8 avril.