Publié il y a 1 h - Mise à jour le 22.03.2026 - Thierry Allard - 4 min  - vu 97 fois

MUNICIPALES 2026 À Bagnols, la large victoire de Pascale Bordes

Pascale Bordes ce soir, à l'annonce de sa victoire à l'hôtel de ville de Bagnols

- Thierry Allard

Après un premier tour qui laissait peu de place au doute, la députée Rassemblement national Pascale Bordes a donc été élue maire de Bagnols ce dimanche soir. Une élection large, puisqu’elle passe les 50 % malgré une triangulaire.

52,89 % des voix : Pascale Bordes a fait encore mieux que dimanche dernier au premier tour de ces municipales (44,26 %) pour devenir la première femme maire de la troisième ville du Gard, qui bascule pour la première fois de son histoire à l’extrême droite. Elle gagne même 700 voix entre les deux tours, preuve que même avec une participation en hausse de 2,4 % entre les deux tours, le match était d’ores et déjà plié. Triangulaire ou pas, d’ailleurs.

« Je ne boude pas mon plaisir d'être élue maire de Bagnols avec un très joli score, et surtout, je tiens quand même à remercier tous les électeurs et les électrices qui ont voté pour moi, tous les électeurs qui se sont déplacés », réagit la nouvelle maire de Bagnols. Qui a un mot pour Jérôme Jackel, dont elle dit « regretter qu’il ne soit pas arrivé en deuxième position » car « il a fait une campagne empreinte de dignité », et ce « à l'inverse du maire sortant et sorti. »

Le maire sortant Jean-Yves Chapelet n’a pas fait le poids, avec 25,02 % des suffrages. Même s’il gagne environ 500 voix entre les deux tours, le retard était impossible à combler pour le sortant, qui s’est contenté de proclamer très brièvement les résultats avant de disparaître et de se murer dans un silence dont, son équipe l’a confirmé, il ne sortira pas ce soir. Le coup est dur pour lui, assurément, mais il vient de loin : les élections précédentes à Bagnols témoignaient toutes d’une montée du RN, et Jean-Yves Chapelet apparaissait fragilisé avant même la tenue du scrutin.

Le maire de Bagnols Jean-Yves Chapelet a été sèchement battu ce soir • Objectif Gard

Et ses adversaires, Pascale Bordes en tête, l’avaient bien compris, en le canonnant sur deux thèmes : la sécurité et la décrépitude du commerce de centre-ville. La place prise par le trafic de stupéfiants à Bagnols, avec des épisodes marquants comme la lettre d’excuses des dealers de la « Gitanie » accompagnée d’une proposition de services aux habitants des Escanaux, ces mêmes dealers grimés en Père Noël, le reportage d’Envoyé Spécial en janvier, toujours sur ce thème, auquel le maire a refusé de participer, ont été dévastateurs. Cruel quand on sait que ce ne sont pas les policiers municipaux, limités dans leurs prérogatives, qui peuvent lutter efficacement contre ce fléau, et que nombreux sont les maires en France à faire face au même problème.

Quant au commerce de centre-ville, malgré des dispositifs lancés ces derniers mois, il ne voit pas le bout du tunnel. Là aussi, Bagnols n’est pas la seule ville de cette taille à connaître ces difficultés, mais ici plus qu’ailleurs, les rideaux baissés ont joué. Et plus globalement, la campagne du maire sortant, qui s’est beaucoup passée sur les réseaux sociaux, plus en tout cas que dans les médias, n’a jamais vraiment imprimé, dans une ville qui fut la plus jeune de France mais qui s’est lovée depuis des années dans la nostalgie, voire la mélancolie. Pour aboutir à une envie de changement qui s’est trouvé pour refuge le vote d’extrême droite, alimentée par une colère latente, notamment contre la redevance incitative mise en place par l’Agglomération du Gard rhodanien, dont le président et ancien maire de Bagnols Jean-Christian Rey figurait en bonne place sur la liste de Jean-Yves Chapelet. Sa défaite ce soir marque la fin d’une époque longue de 18 ans, commencée au Parti socialiste et terminée au centre, voire au centre droit.

Le candidat Jérôme Jackel a voté au bureau numéro 2.
Jérôme Jackel termine troisième • Erwan Robert

Quant au troisième homme de ce second tour, Jérôme Jackel, il améliore son score pour atteindre 22,10 % des suffrages, et gagne lui aussi environ 500 voix entre les deux tours. « Je suis dégoûté, j’ai les boules, j’ai mal à ma ville que le RN l’ait prise », réagit-il à chaud, tout en balayant les accusations d’avoir aidé l’extrême droite : « ce n’est pas vrai, même si on avait fait l’alliance, ça ne passait pas. » Pour lui, cette victoire du RN s’explique par « 18 ans de mauvaise gestion, d’abandon des quartiers qui a donné ce sentiment d’insécurité, de saleté de la ville… Il y a eu un gros ras-le-bol des Bagnolais. » Jérôme Jackel estime aussi que Jean-Yves Chapelet « n’écoute pas les gens, ils nous l’ont dit lors des portes-à-portes, et quand on n’écoute pas, on est sanctionné. » Et pour la suite, Jérôme Jackel ne compte « pas laisser un chèque en blanc au RN », et compte bien siéger dans l’opposition et à l’Agglomération.

La suite, ce sera la démission de Pascale Bordes de l’Assemblée nationale, « dès que les délais de recours seront expirés », probablement dès la semaine prochaine : « je serai pleinement maire de Bagnols », affirme-t-elle. Pour toutefois viser un autre mandat local : « Ce n’est un secret pour personne, j’ai candidaté à la présidence de l’Agglomération », souligne-t-elle, ouvrant le troisième tour de ces municipales.

Et aussi

Le président de l’Agglomération du Gard rhodanien Jean-Christian Rey est sorti du silence dans un communiqué ce soir : « Je suis convaincu que l'opposition d'une commune ne peut pas présider l'agglomération. Cela serait source de trop de conflits et je refuse que l'agglomération soit le théâtre de discordes. Les sujets à mener méritent hauteur et compétence car ils préparent l'avenir de notre territoire. Ainsi je ne suis pas candidat à la présidence de l'agglomération du Gard rhodanien », écrit-il. À l’Agglomération aussi, que Jean-Christian Rey présidait depuis sa création en 2013, une nouvelle ère s’ouvre ce soir.

Thierry Allard

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