Publié il y a 1 h - Mise à jour le 16.06.2026 - François Desmeures - 3 min  - vu 56 fois

GANGES "Maternité à défendre" tente de forcer le destin pour la nouvelle clinique

Lors de la manifestation pour les 50 ans de la loi Veil et la réouverture de la maternité, le 18 janvier 2025 à Ganges

- François Desmeures

Alors que la nouvelle polyclinique de Ganges sort de terre, et qu'elle doit toujours accuellir une maternité, le collectif Maternité à défendre a sorti un rapport qui retrace les épisodes depuis la fermeture du service - ou plutôt sa "suspension" selon le terme officiel - en décembre 2022. Le collectif dénonce, au passage, le manque d'entrain de Cap Santé à trouver du personnel nécessaire à la maternité, de l'argent public donné en l'absence de certitude sur la réalité d'une maternité et souhaite que les élus s'approprient le sujet autant que ce qu'il le fait.

Lors de la manifestation pour les 50 ans de la loi Veil et la réouverture de la maternité, le 18 janvier 2025 à Ganges • François Desmeures

Impossible de manquer le chantier de la future polyclinique, à l'entrée de Ganges, côté Saint-Hippolyte-du-Fort. La nouvelle structure, qui doit ouvrir fin 2027, avance vite depuis les premiers terrassements de novembre. Et, comme le confirmait le président de Cap Santé Lamine Gharbi, propriétaire de la clinique, à Objectif Gard, en janvier 2025 (relire ici), ou comme le confirme le collectif qui a consulté les plans, une maternité est bien prévue dans les locaux. Ce qui ouvre droit à une aide publique à la construction de 11 millions d'euros, soit un tiers du budget de la polyclinique, selon le collectif Maternité à défendre (quand Lamine Gharbi parlait plutôt d'un quart). Mais pour l'instant, cette future maternité est une coquille vide car aucun praticien n'a été embauché par la clinique, selon le collectif. Avec les gynécologues-obstétriciens, pédiatres et anesthésistes, au moins douze personnes sont nécessaires pour faire tourner le service. 

Un centre périnatal de proximité a bien ouvert, signalé seulement depuis fin 2025 sur le site internet de la clinique, selon le rapport du collectif. Avec une sage-femme et un gynécologue, qui gardent un lien avec les sage-femmes du secteur installées en libéral. Sous la pression du collectif, la possibilité de prescrire des IVG médicamenteuses s'est récemment ajoutée. Pour autant, Isabelle Boisson, du collectif, dénonce une situation "chaotique" générant "beaucoup de stress et d'angoisse"

Le chantier de la nouvelle polyclinique de Ganges, le 19 mai dernier • François Desmeures

Il y a la recrudescence des accouchements à domicile, pas forcément dans des conditions voulues ou optimlaes, et les accouchements en urgence, sur le trajet, avec ou sans pompier selon les cas, même si leur nombre reste très difficile à recenser, souvent du fait de la discrétion des familles ou de l'absence de réponses des mairies du territoire concerné par la clinique. La majorité des accouchements se finit heureusement bien, à Montpellier, Nîmes ou Alès. Mais il y a aussi le cas d'un couple refusé à l'hôpital de Montpellier dans un premier temps, et qui a bien fait d'attendre sur le parking plutôt que de rentrer chez lui... "Une soignante du Vigan nous a quand même dit qu'il y a eu une obligation faite aux urgencs de Ganges de prendre en charge ceux qui ne peuvent pas se déplacer", avance Isabelle Boisson. 

Côté IVG, la possibilité médicamenteuse ouverte depuis peu s'accompagne d'une contrainte absurde : "Il faut résider à moins d'une heure d'un centre hospitalier pour se voir délivrer le médicament", détaille Priscilla Manzanares, du collectif Maternité à défendre. Le collectif a d'ailleurs dû négocier car, auparavant, les femmes "ne pouvaient pas être à plus d'une demi-heure. Mais il y a encore une zone blanche dans les communautés de communes qui dépendent de la clinique de Ganges." Dans le haut de la vallée Borgne avec Saint-André et Les Plantiers, mais aussi à Dourbies, Val d'Aigoual, Avèze, Bréau-Mars, Rogues ou Montdardier, les femmes n'ont, de fait, pas accès à une IVG médicamenteuse.

"Au début, on était invité dans les comités de suivi, poursuit Priscilla Manzanares. Mais depuis que le chantier a commencé, plus rien. On n'a plus de réponse. On a dû menacer de s'adresser à la CADA (commission d'accès aux documents administratifs) pour obtenir des pièces qui doivent être publiques." Le collectif a ainsi fait le constat que la future maternité n'intégrait pas de "salle nature. Les labels obtenus, Maternys et IHAB (initiative hôpital ami des bébés), sont aussi liés à la présence de cette salle nature", pense Isabelle Boisson. 

De g. à d. : Isabelle Boisson, Rémy Menviel, Priscilla Manzanares et Emmanuel Grieu • François Desmeures

Alors que les maires de Mandagout et Colognac, Emmanuel Grieu et Rémy Menviel, viennent soutenir la présentation du rapport du collectif, Priscilla Manzanares note que "les élus ont largement apporté leur soutien à la réouverture. Mais, parfois, cela s'est limité à une banderole. Depuis les élections, on s'est concentré sur les nouvelles équipes municipales. On a fait une liste aux élus sur les leviers à activer, envers les partenaires et à l'intention des habitants. La population reste largement convaincue du besoin d'une maternité." 

Le collectif joint aussi l'action positive au constat. "On a décidé de faire nous-mêmes, entame Isabelle Boisson. On va mettre des annonces de recrutement au nom du collectif." D'autant que celui-ci dit avoir constaté qu'aucune annonce d'offre d'emploi ne figure sur le site de Cap Santé pour la clinique de Ganges. Seules deux offres sont apparues sur la page Facebook en octobre 2025 "mais toujours rien sur le site du groupe en avril 2026", selon le rapport. "On va essayer de joindre des organismes de formation pour diffuser l'annonce, poursuit Isabelle Boisson. C'est une bouée qu'on lance..." 

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